Le vent de la grève souffle de plus en plus

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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En-dehors de la grève des cheminots, plusieurs professions, dans le secteur public et dans le secteur privé, suivent la même méthode, montrant combien la politique du gouvernement suit une logique libérale, bien aidée par une presse ouvertement antisyndicale. De quoi renforcer la motivation des grévistes dans l'ensemble du pays.

Il flotte un vent de grève en ce printemps 2018. Ce vent porté principalement par les cheminots de la SNCF en grève (perlée) depuis le 3 avril, en raison de la bataille du rail lancée par le gouvernement depuis fin février et la publication du rapport Spinetta, dans une logique de mise en concurrence du transport ferroviaire en France inscrite dans le cadre de directives européennes - merci l'UE libérale! -, tend à faire des émules et des connexions avec d'autres grèves. Comme par exemple celle des salariés de Carrefour, vu que la direction de l'entreprise souhaite appliquer un plan de départ volontaire impliquant 2.400 postes. Cette dernière, face à la mobilisation syndicale importante, tente d'amadouer en proposant un bon d'achat de 150 euros, comme l'indique le Huffington Post (cf lien n°1). Ou encore celle d'Air France, prévue pour le 10 avril, où les salariés comptent poursuivre jusqu'à l'obtention d'une augmentation de 6% des salaires pour tous (cf lien n°2).

Mépris de classe

Ces divers mouvements font état d'un climat d'exaspération générale envers le pouvoir, et tout particulièrement le président Emmanuel Macron, dont la ligne libérale sert des intérêts de classe particuliers, en jouant le procédé usuel de diviser les dominés entre eux, pour faire plaisir à la classe dominante. C'est ainsi que Macron usa de cette méthode pour affirmer que les cheminots seraient des privilégiés auprès des agriculteurs et que ce serait le statut des cheminots qui ferait gonfler le budget et la dette de l'entreprise publique, alors que c'est marginal en vérité selon Guillaume Pépy, le président de la SNCF, ou encore que le budget consacré à la santé augmenterait sans que les professionnels de l'hôpital public en voient nullement la couleur, bien au contraire, comme le montre cet échange entre le président des riches et une salariée du CHU de Rouen.

Symptomatique d'un mépris de classe habituel de la part de Macron. Mais si ce n'était encore que lui. Le pouvoir peut compter sur une presse mainstream qui affiche également son mépris de classe à travers un discours inscrit dans la grande tradition antisyndicale en France, clamant que les syndicalistes, notamment ceux de la SNCF, sont des preneurs d'otages, tout en ne leur donnant pas la parole dans leurs reportages. Bref, une bonne propagande que le pure player Le Média a compilé à travers la vidéo suivante:

Un soutien croissant

Si l'effet recherché par le discours dominant est de casser toute solidarité avec les grévistes, il tend de plus en plus à être inefficace - et tant mieux! -. Pour preuve, une cagnotte de solidarité avec les cheminots grévistes a été mise en place le 23 mars, au lendemain de la manifestation du 22 mars, et en ce lundi 9 avril, elle a recueilli plus de 550.000 euros. Signe que des usagers soutiennent le mouvement. Bien que les sondages - pour ce qu'ils valent - montrent encore une minorité de soutiens envers les cheminots, ces derniers tendent à montrer une dynamique favorable à un soutien des grévistes ces derniers jours. À croire que la bascule pourrait bientôt se faire.

Par ailleurs, d'autres mouvements tendent à se développer dans le pays. Les dockers agitent la menace de grèves à Dunkerque, au Havre, à Marseille, à Saint-Malo. Les étudiants bloquent de plus en plus de facs, au prix de la répression par des milices d'extrême-droite sous une certaine complicité de l'administration de l'établissement comme à Montpellier par exemple. Ou encore les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ayant droit à une évacuation manu militari de la part du ministère de l'Intérieur, ce lundi 9 avril, avec un contrôle des images et de la présence des journalistes dans les alentours. Le fruit du totalitarisme est mûr!

Pousser des ailes

De quoi faire pousser des ailes aux syndicats, pour qui c'est une occasion de convaincre les dominés de leur utilité, puis pour les pousser à se syndiquer, tant le taux de syndicalisation reste historiquement faible en France. Mais aussi la gauche radicale, comme le Parti communiste, la France insoumise et le Nouveau parti anticapitaliste, pour qui c'est un moment où il n'y a pas d'enjeu électoral et par conséquent aucune raison de jouer des querelles partisanes, ni aux bisbilles avec les syndicats. Et ce d'autant plus que le pouvoir ne compte rien lâcher dans ses objectifs de casse du service public, de casse des syndicats, à l'instar de ce que fit Margaret Thatcher en Grande-Bretagne dans les années 1980. C'est dire la référence vieillotte du gouvernement actuel.

Puis si ces grèves se rassemblent sur une grève générale - grand rêve depuis mai 1968 -, cela confirmerait combien le capitalisme est en péril et qu'il faut lui tordre le cou.

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