L'heure de la Kanaky a-t-elle sonné?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Naked Facts

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Le référendum sur l'indépendance (ou non) de la Kanaky (Nouvelle-Calédonie), prévu dimanche 4 novembre, décèle des enjeux bien plus importants qu'il n'y paraît pour la France, soucieuse de garder cet archipel dans son giron depuis 1853, notamment pour l'exploitation des mines de nickel, sans forcément se poser la question du cadre de vie des habitants. Et tout particulièrement la communauté kanak.

Est-ce que le 4 novembre 2018 marquera la fin d'une ère pour la Kanaky? C'est ce qu'espèrent nombre d'indépendantistes kanaks qui sont mobilisés pour le "oui" à l'indépendance de la Kanaky, connue sous le nom colonial de Nouvelle-Calédonie depuis son acquisition par la France de Napoléon III en 1853, afin d'acter un processus de décolonisation entamé à partir de la fin des années 1980 avec les accords de Matignon de 1988, quand Michel Rocard était Premier ministre, puis les accords de Nouméa en 1998, du temps où c'était Lionel Jospin le locataire de l'hôtel Matignon.

Indépendantistes divisés

Cette indépendance est désirée par de nombreux membres de la communauté kanak, estimant que les liens avec la France ne sont pas concrets, avec des difficultés d'accès au travail, au logement, à l'enseignement supérieur, ainsi qu'une occultation de l'histoire de la colonisation de la Kanaky dans les programmes scolaires. Sans compter la distance avec l'Hexagone (17.000 kilomètres) qui ne facilite pas les choses, aux yeux de plusieurs kanaks, ne les incitant pas à se sentir français à part entière (cf vidéo).

Cela étant, si les mouvements indépendantistes comme le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), principal parti indépendantiste, ou le Parti travailliste, qui se veut plus à gauche que le FNLKS, défendent l'indépendance par rapport à la France, leur approche du référendum montre des divisions. D'un côté, le FNLKS appelle à la mobilisation maximale au vote dimanche, et dans le sens du "oui" à l'indépendance, le Parti travailliste, qui est le relais politique de l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE), appelle aux citoyens à ne pas participer au référendum du 4 novembre, considérant que la structure électorale serait défavorable aux kanaks, avec plusieurs milliers de kanaks non-inscrits sur les listes électorales, tandis que des calédoniens non issus de la communauté kanak ont été inscrits sur les listes électorales. En outre, l'USTKE estime qu'il n'y a pas eu de bilan de l'accord de Nouméa de 1998 et que dans ces conditions, les dés sont pipés sur ce référendum de 2018 (cf vidéo).

Enjeu stratégique

Pour l'instant, les sondages donnent une forte majorité pour le "non" à l'indépendance. Ce qui n'enterre pas définitivement la question de l'indépendance de la Kanaky car en cas de victoire du "non", un nouveau référendum verrait le jour en 2020, voire en 2022 en cas de récidive, tel qu'il est prévu dans l'accord de Nouméa (cf lien n°1). En cas de victoire du "non", il faudrait s'attendre à un renforcement des compétences de la collectivité d'outre-mer, en matière de pouvoir législatif, de politique locale, comme l'indiquent les articles 76 et 77 de la Constitution de 1958, relatifs à la Nouvelle-Calédonie.

En fait, la Kanaky relève un enjeu stratégique pour la France qu'est le nickel. Ce métal, utilisé de diverses manières (cordes de guitare, aimants, casques de sapeurs-pompiers, pièces de monnaie, etc.) est présent dans l'archipel, correspondant même à une forte majorité des exportations de produits calédoniens. De quoi donner de la motivation aux indépendantistes en matière de développement économique, mais aussi soulever des inquiétudes car l'industrie minière, forcément très dépendante des cours des matières premières, pourrait empêcher toute diversification de l'économie de la Kanaky en cas d'indépendance (ou pas, d'ailleurs). Sans compter les subventions publiques qui ne sont pas négligeables selon le patronat local et qu'en cas d'indépendance "brutale", cette absence de recettes pourrait être problématique (cf lien n°2). L'archipel offre aussi des possibilités stratégiques à travers la zone économique exclusive, où la France pourrait y développer un pan de son économie de la mer, et se poser en championne de la lutte contre le réchauffement climatique, où la Kanaky est directement menacée avec ses barrières de corail par exemple (cf lien n°3). Mais vu que l'Hexagone ne respecte pas elle-même l'accord sur le climat signé à... Paris, en 2015, faut pas trop compter là-dessus, tant l'hypocrisie capitaliste, personnifiée par le président Emmanuel Macron, est prédominante.

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