Un référendum en Kanaky avec le Coronavirus en toile de fond

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/mydjslcc

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Deux ans après un premier référendum qui avait vu un "non" à l'indépendance, la Nouvelle-Calédonie opère un nouveau référendum, dimanche 4 octobre, conformément aux accords de Nouméa de 1998, modélisant le processus de décolonisation de l'île. Mais le contexte du Coronavirus peut troubler les résultats et les perspectives en cas de "oui" à l'indépendance.

Et c'est reparti pour un tour! Dimanche 4 octobre, les habitant(e)s de Nouvelle-Calédonie (nom colonial de la Kanaky) sont appelé(e)s à voter pour ou contre l'indépendance de cet archipel situé dans l'Océanie, à environ 17.000 kilomètres de Paris, près de deux ans après un premier référendum, le 4 novembre 2018, où le "non" l'avait emporté avec 56,4% des voix contre 43,6% pour le "oui", avec une participation supérieure à 80%. Une proximité des dates de référendum rentrant dans le cadre de l'accord de Nouméa en 1998, indiquant qu'à partir de 2018, une série de trois référendums est prévue si les deux premiers d'entre eux se concluent par le "non". Donc, en cas de "non" le 4 octobre, un troisième référendum verrait le jour à l'horizon 2022.

Référendum sous Coronavirus

Le précédent référendum avait souligné combien la division ethnique, liée au racisme institutionnel made in France, avec la particularité d'avoir fait de la Kanaky une colonie-prison, car plusieurs descendant(e)s de colons, appelés les Caldoches, sont issu(e)s de familles de bagnard(e)s, dont des Communard(e)s ayant été condamné(e)s au bagne de Nouméa après la répression contre la Commune de Paris en 1871. Et de l'autre côté, les Kanaks sont la communauté la plus importante de l'archipel, sans pour autant être majoritaire, et continuellement mise de côté en matière d'activité économique et de positionnement social, en dépit d'une certaine reconnaissance de leur existence et de leur lutte indépendantiste (cf lien n°1). Ce qui fait que les Caldoches sont généralement partisan(e)s du maintien de la Kanaky Nouvelle-Calédonie dans le giron de Paris et les Kanaks fortement attaché(e)s à vouloir l'indépendance. De quoi avoir l'impression d'un surplace où ces deux camps ont du mal à aspirer vers un même but. Toujours est-il que Paris ne verrait pas d'un mauvais œil un nouveau refus de l'indépendance car économiquement et symboliquement, l'archipel joue un rôle avec ses réserves de nickel puis contribue, comme d'autres territoires d'outre-mer issus de la colonisation hexagonale, à ce que la France soit le deuxième pays ayant la zone économique exclusive la plus étendue au monde, derrière les États-Unis (cf lien n°2). Un "oui" à l'indépendance serait un camouflet pour Paris, même si ça peut être digéré en maintenant la Kanaky sous dépendance soit économique, soit géopolitique, à l'instar des anciennes colonies françaises en Afrique et du cadre de la Françafrique.

Néanmoins, une incertitude plane sur ce référendum et c'est celle du Coronavirus. La pandémie pourrait bien jouer les trouble-fêtes sur ce vote, à travers l'abstention. Après tout, les élections municipales ont été marquées par une abstention record durant l'année. Et il serait surprenant que le référendum du 4 octobre ne voit pas une abstention massive sur l'archipel. Et dans ce cas, le résultat du référendum perdra forcément de sa légitimité, que ce soit pour l'indépendance ou non. Et puis au cas où ce serait le "oui" qui serait majoritaire, il faudrait établir le processus de transfert plein et entier de souveraineté entre Paris et Nouméa avec le souci de garantir des conditions sanitaires convenables, ainsi qu'une pleine utilisation des structures économiques déjà présentes. À voir si les forces indépendantistes ont suffisamment anticipé ce genre de problématiques pour ne pas que cette indépendance devienne fictive en cas de victoire.

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