Un jour sombre pour le Brésil

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Jeso Carneiro

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L'élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil confirme d'une part la montée des nationalismes un peu partout, au bénéfice de la classe bourgeoise, soucieuse du maintien du capitalisme, puis du reflux de la gauche latino-américaine, qui était pourtant une source d'inspiration pour nombre de personnes inscrites dans une pensée socialiste, voire communiste.

Le miracle n'a pas eu lieu. Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral (PSL), qui était sorti largement en tête lors du premier tour de l'élection présidentielle le 7 octobre dernier, a transformé son essai au second tour, avec 55,13% des voix, contre 44,87% pour son adversaire, Fernando Haddad, candidat du Parti des travailleurs (PT). Le tout avec une abstention légèrement plus élevée qu'au premier tour (21,3% contre 20,33%). De quoi s'attendre à ce que les quatre prochaines années soient dures pour nombre de brésilien(ne)s, notamment les afro-descendant(e)s vivant dans les favelas, cibles de choix pour la police et l'armée, avec un futur président qui ne cache pas sa négrophobie, prouvant à quel point le racisme institutionnel est profond dans un pays qui hier encore était considéré comme un exemple de société métissée, où le racisme aurait été battu (cf lien). Mais les amérindiens vivant dans l'Amazonie seront également dans le collimateur du futur pouvoir à Brasilia, vu la politique de déforestation que Bolsonaro aurait la ferme intention de mener, envoyant un bras d'honneur à l'accord de Paris sur le climat, de quoi rendre encore plus pessimiste sur la limitation du réchauffement climatique. Mais les capitalistes n'en ont cure de cette problématique, malgré un pape François et son encyclique Laudato Si', ce Rerum Novarum du 21e siècle, publiée en 2015. De même qu'au niveau économique, une série de privatisations est à prévoir, ainsi qu'une volonté de mise au pas des membres du Mouvement des travailleurs sans terre, qui réclame une réforme agraire depuis des années.

Répétition de l'histoire?

Cette élection confirme une tendance bien nauséabonde qui est la suivante: depuis la crise financière de 2008, la plus grave crise du capitalisme depuis celle de 1929, une vague libérale-conservatrice de plus en plus autoritariste s'affirme et va jusqu'à prendre le pouvoir. Dans le continent européen, la Hongrie, la Pologne ou encore l'Italie ont des gouvernements où les positions politiques sont à droite, voire à l'extrême-droite. Ce qui ne gêne pas forcément les affairistes vu que le logiciel capitaliste libéral est ancré chez ces politiciens qui s'affichent populistes - mot à la mode en ce moment -, mais certaines têtes pensantes dans les instances européennes acceptent mal cette situation. D'où des discordes, comme dernièrement avec l'Italie au sujet du budget présenté par le gouvernement de coalition de Giuseppe Conte, refusé par la Commission européenne. En Asie, le conservatisme est également à l'œuvre avec Narendra Modi, Premier ministre en Inde depuis 2014; pareillement au Japon avec Shinzo Abe, au poste de Premier ministre depuis 2012, avec de multiples réélections. Aux Amériques, il y a les États-Unis avec l'élection de Donald Trump en 2016, mais sur la partie Sud du continent, on peut noter l'élection de Mauricio Macri (Argentine) en 2015, ou plus récemment, Iván Duque, élu président de la Colombie en juin dernier, dont l'un de ses objectifs est de casser l'accord de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie trouvé en 2016, et leur transformation en parti politique.

Est-ce une période unique en son genre? Pas tout à fait. Après la crise de 1929, des pouvoirs conservateurs, appuyés par des libéraux, se mirent en place, notamment en Allemagne avec Adolf Hitler à partir de 1933 par exemple - point Godwin, check! -, en Espagne avec Franco, après la guerre civile espagnole en 1939, ou le nationalisme renforcé au Japon, notamment pour attaquer la Chine à partir de 1931 et l'invasion de la Mandchourie. Au niveau économique, les pays développés se mirent à appliquer du protectionnisme, afin de restructurer une économie exsangue, s'assurant par ce biais-là, quelque part, une domination coloniale - aujourd'hui néocoloniale - sur un continent comme l'Afrique. Le racisme s'exprimait volontiers dans la presse, et plus précisément envers les juifs, rendus responsables de tous les maux de la Terre et suspects d'exporter le modèle soviétique, qui se voulait communiste - complot judéo-bolchevique -. Et l'attentat contre une synagogue à Pittsburgh (États-Unis), samedi 27 octobre, montre combien l'antisémitisme perdure en Occident. Aujourd'hui, ce sont plutôt les musulmans, car des terroristes se réclamant de l'islam commettent des attentats, les femmes portant le voile seraient de facto soumises et les personnes, notamment à gauche, qui auraient une position nuancée par rapport aux musulmans, sont jugées islamo-gauchistes, complices de l'islamisme. Pas de quoi se dire qu'il s'agit d'une farce, pour répondre en écho à cette phrase de Karl Marx: "Hegel fait remarquer quelque part que, dans l'histoire universelle, les grands faits et les grands personnages se produisent, pour ainsi dire, deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce".

Une démolition de la gauche

Étant donné les multiples déclarations de Bolsonaro à l'égard de l'opposition de gauche durant la campagne présidentielle, la plus violente de l'histoire du Brésil depuis la fin de la dictature militaire en 1985, dont le futur président, ancien militaire, ne cache pas sa nostalgie, les temps promettent d'être horribles pour la gauche brésilienne, avec soit un emprisonnement systématique, sans motif, soit l'exil, soit l'assassinat, comme celui de Marielle Franco en mars dernier à Rio de Janeiro. En tout cas, il n'est pas idiot de penser qu'il y a une entreprise de démolition de la gauche brésilienne, commencée avec le coup d'État institutionnel de l'été 2016, destituant Dilma Rousseff, présidente issue du PT, dans le contexte du scandale Petrobas, où des pots-de-vin en provenance de cadres de la compagnie pétrolière nationale auraient été versés à des politiciens de tous bords. D'ailleurs, le prédécesseur de Rousseff, Luiz Lula da Silva, fut condamné durant l'été à 12 ans de prison pour corruption dans le cadre de cette affaire Petrobas, alors qu'il comptait mener la campagne électorale pour le PT et était bien parti pour redevenir président de la république fédérale brésilienne.

Cette défaite du PT marque aussi son échec sur la question de l'insécurité - même si le record, 64.000 meurtres commis en 2017, est durant le gouvernement de Michel Temer, qui initia le Coup d'État contre Rousseff -, dont plusieurs électeurs lui en ont fait le reproche, accusant le parti de laxisme à cet égard. De même que l'économie brésilienne a pâti de la crise de 2008 et le PT, alors au pouvoir avec Lula ou Rousseff, n'a pu efficacement contrecarrer la conjoncture, en dépit d'un programme social qui a marqué un recul des inégalités dans le pays.

Dieu que les temps virent dans l'obscurité.

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