Une indépendance de la Kanaky remise à plus tard

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Le résultat du référendum en Kanaky (ou Nouvelle-Calédonie) donne le "non" à l'indépendance vainqueur, avec une majorité plus faible que prévue. La participation très élevée montre combien les calédonien(ne)s pouvant voter ont tenu à le faire. Mais de nouveaux référendums, prévus dans l'accord de Nouméa en 1998, pourraient voir venir et la question de l'indépendance reste pleine et entière, avec des indépendantistes qui devront peaufiner leur stratégie pour arriver à leur souhait ultime.

Ce n'est pas aujourd'hui que la Kanaky sera indépendante. C'est ce qu'ont décidé les électeurs appelés à voter, ce dimanche 4 novembre 2018. 56,4% des suffrages exprimés ont glissé leur bulletin pour le "non" à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie - nom colonial de la Kanaky -, contre 43,6% des voix pour le "oui". Le tout avec un taux de participation supérieur à 80% (80,63% précisément), signe de l'intérêt qu'ont porté les calédonien(ne)s pour ce référendum. Après, il faut soulever une particularité. Seul(e)s les habitant(e)s de l'archipel situé à environ 17.000 kilomètres de Paris y vivant depuis 20 ans et plus, soit avant l'accord de Nouméa en 1998, étaient habilité(e)s à se prononcer sur le statut de la collectivité territoriale.

Une division assez nette

Les quelques sondages effectués avant le référendum laissaient entendre que le "non" serait à plus de 60% des suffrages exprimés. Et vu le résultat officiel, ça signifie combien les sondages se sont quand même trompés, d'une part; et d'autre part, que les indépendantistes, notamment autour du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), sont parvenus à attirer plus d'électeurs que ce que certaines personnes pouvaient anticiper. En clair, il s'agit d'une victoire à la Pyrrhus des loyalistes, notamment les caldoches - descendants de colons du 19e siècle -, favorables au maintien de la Kanaky dans la France. Pourtant, selon certain(e)s indépendantistes kanaks qui défendaient la non-participation au référendum, les dés étaient pipés en faveur du "non" en raison de l'inscription de personnes non-kanaks dans les listes électorales, la non-inscription de kanaks dans les listes électorales, puis les moyens mis en place par les communes pour permettre le vote.

Toujours est-il qu'il y a une division assez nette du vote. Au niveau géographique, la province Sud, concentrant près des 3/4 de la population totale de la Kanaky, selon l'Institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie, a voté massivement le maintien dans la France; tandis que la province Nord et les îles Loyauté, contenant un peu plus du 1/4 de la population totale et la majorité des communes de l'ensemble de l'archipel, ont vu un vote massif pour l'indépendance (cf lien). Au niveau ethnique, pigmentaire, les caldoches, plus les descendants d'immigrés asiatiques, vivant dans le Sud, ont majoritairement voté "non", tandis que les kanaks, davantage présents dans le Nord et les îles Loyauté, ont quasiment tous voté "oui".

Nouveaux référendums?

Si le résultat a de quoi ravir, au fond, le président Emmanuel Macron, il sait pertinemment que le processus de décolonisation, d'indépendance de la Kanaky est loin d'être terminé. L'accord de Nouméa en 1998 avait prévu qu'en cas de "non" au référendum de 2018, un, voire deux nouveaux référendums peuvent être prévus en 2020 ou 2022. Reste à savoir l'attitude des loyalistes après ce résultat. Tout laisse à penser qu'ils ne voudront pas d'un nouveau référendum dans deux ans, mais cela pourrait dépendre de la nouvelle élection du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, prévue pour 2019. Et il n'est pas impossible que les indépendantistes soient en mesure d'obtenir une majorité, vu que la dynamique leur a été favorable.

Cela dit, les indépendantistes, tant du FLNKS que du Parti travailliste, relais politique de l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités, devront tirer un bilan de l'échec à convaincre les électeurs à s'orienter vers l'indépendance et à développer de nouvelles stratégies politiques en conséquence. Et la question économique et sociale sera primordiale, couplée avec le racisme institutionnel, vu que les kanaks sont davantage mis de côté dans l'accès aux études supérieures, au travail, à la direction d'entreprises, au logement, aux responsabilités politiques, etc. En premier lieu, l'industrie du nickel est le premier pourvoyeur d'emplois de l'archipel, contenant 1/4 des réserves mondiales de ce minerai. Du coup, plusieurs questions se posent pour les indépendantistes kanaks: En cas d'indépendance, la Kanaky ne risquerait-elle pas d'être trop dépendante du nickel? Comment diversifier l'économie locale? Comment compenser les subventions publiques venant de l'Hexagone? Quel(s) partenariat une Kanaky indépendante développerait-elle avec la France? Quelle serait la monnaie et sa possibilité de convertibilité ou non avec des devises internationales (euro, dollar, yen, yuan, etc.)? Quelle politique commerciale mènerait cette Kanaky indépendante avec des pays voisins (Vanuatu, Fidji, Papouasie Nouvelle-Guinée, Australie, Nouvelle-Zélande), voire avec des pays plus éloignés (Japon, Chine, États-Unis)? Si à ce genre de questions, les indépendantistes apportent des réponses, ou éléments de réponse, qui s'inscrivent dans une trajectoire de long terme, alors ils pourraient convaincre davantage d'électeurs, mais aussi des pays comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, pour l'instant réticents à l'idée de voir une Kanaky indépendante de la France.

En clair, il s'agit d'une manche de perdue. Mais le match continue.

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