Les gilets jaunes sont-ils en mode "pause"?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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La mobilisation des gilets jaunes, samedi 15 décembre, semble marquer le pas. Du coup, certains mass media fanfaronnent, proclamant l'essoufflement du mouvement et le pouvoir pourrait s'estimer en sortir vainqueur. Mais l'impact de la fusillade de Strasbourg n'est pas à négliger non plus, tant les injonctions gouvernementales ont été pesantes sur les esprits.

"Le mouvement s'essouffle" aiment se répéter en chœur les mass media quand toute série de manifestations semblerait marquer le pas. Et les gilets jaunes ne font exception à la règle. Suite à la journée de mobilisation nationale, samedi 15 décembre, ces mass media jurent que moins de monde s'est mobilisé, notamment à Paris sur les Champs-Élysées, appuyés en cela par les données issues du ministère de l'Intérieur, permettant à l'ensemble du gouvernement d'appeler à l'arrêt du jeu, comme si le match était terminé. Or, si ça semblait moins nombreux sur les Champs-Élysées, les gilets jaunes qui ont pu se rendre à Paris, quand ils n'ont pas été empêchés par les forces de l'ordre social, se sont disséminés dans plusieurs endroits de la capitale, notamment sur la place de l'Opéra et la place de la République, se retrouvant nassés par les CRS et les gendarmes, d'ailleurs.

Ombre du terrorisme

Si cette mobilisation fut moins nombreuse que les précédentes, selon le ministère de l'Intérieur, comment peut-elle s'expliquer? Deux hypothèses sont sur la table: d'abord les répercussions de l'allocution du président Emmanuel Macron du 10 décembre dernier; ou bien l'impact de la fusillade de Strasbourg, le 11 décembre dernier. Les mass media et les journalistes ou éditorialistes qui courent les plateaux télés ou les ondes radiophoniques jurent que c'est la première hypothèse qui a joué, parlant d'un "virage social" de la part de Macron avec une hausse du Smic basée sur la prime d'activité, la défiscalisation et désocialisation des heures supplémentaires, l'annulation de la hausse de CSG pour les revenus à moins de 2.000 euros/mois, etc. Si on est sérieux, contrairement à ces journalistes/éditorialistes de salon, ces mesures qui devront être supportées par la collectivité, ne permettront pas un gain de pouvoir d'achat à terme, voire même une baisse du niveau des futures retraites en raison des exonérations de cotisations sociales, notamment au niveau des employeurs. Moralité pour le pouvoir, "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

Mais les gilets jaunes s'en sont bien rendus compte de l'entourloupe présidentielle et comptaient bien participer à l'acte 5, le 15 décembre. Mais l'élan de certains fut stoppé par l'ombre du terrorisme, suite à la fusillade à Strasbourg, dans le marché de noël de la ville. Et la question terroriste reprit la priorité sur la contestation sociale, avec le fait aggravant que des gilets jaunes soupçonnent le pouvoir d'être derrière cette fusillade, afin de discréditer leur mouvement. Des propos qui valent aux gilets jaunes d'être accusés de complotisme par le gouvernement et les mass media, qui relaient bien volontiers la parole des autorités afin de dire que c'est de la faute des gilets jaunes et de leurs soutiens, en raison de la mobilisation tous azimuts des forces de l'ordre social en France. D'ailleurs, plusieurs ministres ont exhorté les gilets jaunes à ne pas manifester le 15 décembre. À croire que la peur d'une nouvelle attaque terroriste a pris le dessus sur la détermination sociale.

Structuration progressive?

Est-ce que les gilets jaunes comptent marquer une pause, en raison de l'approche de noël? C'est ce qui pourrait bien se dessiner aux yeux de certains d'entre eux, avant d'en remettre une couche en janvier, une fois les fêtes passées. Mais d'autres réfléchissent sur l'idée de former une liste pour les élections européennes du mois de mai prochain. Jean-François Barnaba, un des gilets jaunes les plus médiatisés, indique dans une interview au site Regards que des gilets jaunes réfléchissent à l'idée "d'investir le champ institutionnel", à se structurer dans ce sens pour porter au plus haut niveau des institutions de la Ve République les revendications de leurs camarades, permettant peut-être de clarifier les positions d'un mouvement vu comme fourre-tout citoyenniste depuis ses débuts, en novembre dernier.

RIC: fausse bonne idée dans la Ve République?

Et parmi les revendications des gilets jaunes, il y en a une qui a le vent en poupe en ce moment, c'est le Référendum d'initiative citoyenne (RIC). Késaco? Comme son nom l'indique, il est porté par des citoyen(ne)s et se développe de la manière suivante: si une pétition en ligne recueille plus de 700.000 signatures, elle fera force de proposition de loi et dans l'année qui suit, elle devra être amendée par l'Assemblée nationale et soumise au vote de tou(te)s les citoyen(ne)s par référendum (cf lien). Cette proposition est issue du travail mené depuis plusieurs années par le juriste et blogueur Étienne Chouard, pour qui l'absence de démocratie et de protection des citoyen(ne)s face aux abus de pouvoir en France est flagrante que ce dispositif permettrait de repolitiser, de redémocratiser l'ensemble de la société, qui affiche une défiance accrue à l'égard de la classe politique avec la montée de l'abstention depuis plusieurs décennies, illustrant ce que le politologue Daniel Gaxie appelle le "cens caché", i.e les prolétaires qui ne se sentent pas écouté(e)s, pas représenté(e)s, au détriment des bourgeois(es), fortement incité(e)s à influer sur les actions gouvernementales. D'ailleurs, des forces politiques comme la France insoumise veulent soumettre le RIC en proposition de loi et le gouvernement serait tenté d'y prêter attention durant la série de tables rondes qu'il compte organiser dans les prochaines semaines.

Est-ce que le RIC peut-être la solution magique pour régler cette a-démocratie qu'est la Ve République? Pas si sûr. D'abord, il faudra que cette proposition soit votée et acceptée par l'Assemblée nationale et le Sénat. Ensuite, qu'elle ait l'aval du Conseil constitutionnel car il s'agit quand même d'une modification non négligeable de la Constitution qui nous régit depuis 1958. Enfin, est assez naïf de croire que le pouvoir accepterait de donner davantage d'importance au peuple, dans le cadre de la Ve République. En effet, il faut se rappeler comment sont nées les différentes républiques que la France a connues. La Ière République naquit en septembre 1792, une fois le roi Louis XVI détrôné par les sans-culottes. La IIe République fut proclamée après le renversement de la monarchie de Louis-Philippe, en février 1848. La IIIe République sortit de terre après l'effondrement du Second Empire de Napoléon III, humilié par la Prusse à Sedan, en septembre 1870. La IVe République fut appliquée en 1946, suite aux cicatrices de la Seconde guerre mondiale, l'Occupation et la collaboration du régime de Vichy. Enfin, cette Ve République fut instaurée dans le contexte de la guerre d'Algérie, où les généraux firent un putsch à Alger, appelant au retour de Charles de Gaulle au pouvoir. Ce qui signifie que jusqu'à présent, toute république est née dans un moment de violence extrême. Mais la particularité de notre république sexagénaire est qu'elle n'a été pas été préparée par une Constituante, contrairement à celles qui l'ont précédé. Mais par un petit cercle de politiciens, partisans de de Gaulle comme Michel Debré, la taillant sur mesure pour "l'homme de l'appel du 18 juin".

Si les gilets jaunes tiennent absolument à ce qu'il y ait le RIC, mieux vaut pour eux de continuer à lutter et d'en venir à défendre une VIe République, où une Constituante composée de citoyen(ne)s pourrait y être influente. Là, dans le cadre de la Ve République, cette proposition ressemble, hélas, à un vœu pieux. Puis pas sûr qu'en cas d'acceptation et de résultats de RIC, ce soit pleinement respecté par le pouvoir en place, quel qu'il soit. Le référendum de 2005 sur la construction européenne nous le rappelle volontiers.

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