Privatiser les bijoux de famille, c'est servir le Capital

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/aleskcap

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Le projet de loi Pacte, dans lequel serait comprises les privatisations d'Aéroports de Paris, de la Française des jeux et Engie, devrait être entériné par l'Assemblée nationale, vu que le Sénat a émis une opposition à ce sujet. Et comme il s'agit d'entreprises profitables, c'est du non-sens économique de la part d'un pouvoir qui suit une idéologie capitaliste, libérale, crétine.

"Je ne reviendrais pas sur la privatisation d'ADP". Par ces mots, prononcés ce jeudi 28 février au salon de l'Agriculture, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire entérine le projet gouvernemental de privatiser des bijoux de famille comme Aéroports de Paris (ADP), la Française des jeux (FDJ) et Engie. Et ce, en dépit d'une opposition du Sénat, composé majoritairement par le parti Les Républicains (droite), qui aurait mené ce genre de chose s'il était au pouvoir soit dit en passant et dont Le Maire en était encore membre avant d'entrer au gouvernement en 2017 (cf lien n°1). Et tout porte à croire que ces privatisations seront entérinées par l'Assemblée nationale, dont les députés, majoritairement des godillots macronistes, voteront sans réfléchir car l'esprit critique n'est pas leur fort chez eux.

Non-sens économique

Ce qui est crétin de la part du pouvoir, c'est que cette opération est tout simplement du non-sens économique. Pourquoi? D'abord, il s'agit d'entreprises publiques en excellente situation financière. ADP, la FDJ et Engie génèrent 700 à 800 millions d'euros de profits par an, selon France culture (cf lien n°2). Et l'État espère récupérer 15 milliards d'euros sur ces privatisations, dont 5 serviraient pour le remboursement de la dette publique, qui est de... 2.300 milliards d'euros. C'est peanuts! Les 10 restants iraient à un fonds d'investissement qui fournirait 250 millions d'euros annuels à l'État. Soit 2 à 3 fois moins - minimum - que les recettes des trois entreprises publiques que le pouvoir cherche à privatiser.

D'ailleurs, qui gagnerait le jackpot? Des entreprises et des banques où sont positionnés des proches ou soutiens d'Emmanuel Macron, comme cela est souligné dans cet article de France culture déjà cité. N'est-ce pas là un conflit d'intérêts qui se mettrait à jour, dans l'indifférence générale? C'est bien possible. En outre, si ça se trouve, ces proches de Macron et les entreprises - financières ou non - qui les emploient, ont peut-être des titres de la dette publique française et vu sa propension à augmenter si ces privatisations se réalisent, cela ne fera qu'illustrer ce qu'un de mes profs de fac en économie racontait en amphi: "la dette, c'est de la redistribution à l'envers". En tout cas, ça prouve que l'État est au service du Capital, que la classe sociale bourgeoise ne peut qu'être ravie d'avoir porté Macron au pouvoir pour que ses intérêts, à elle, soient pleinement satisfaits.

Ceci illustre aussi combien la pensée économique est cadenassée par un libéralisme pour les nuls, et que toute expression critique est dénigrée systématiquement. Néanmoins, des économistes hétérodoxes n'entendent pas se laisser faire, tels le collectif les Économistes atterrés. L'un d'entre eux, David Cayla, a lancé une pétition contre la privatisation d'ADP, avec la blogueuse Coralie Delaume, au nom de l'intérêt stratégique des aéroports, qui font office de frontière en pratique, puis par retour de l'expérience désastreuse de la privatisation de l'aéroport de Toulouse à un consortium chinois en 2015, quand Macron était ministre de l'Économie, qui l'a revendu trois ans plus tard pour en faire une plus-value.

Mais faut croire que par idéologie aliénante, le pouvoir est prêt à faire n'importe quoi!

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