Dévoiler le corps pour voiler l'esprit?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/communicationdecathlon

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La polémique autour de la marque Decathlon, proposant un hijab running, dont la commercialisation est suspendue, illustre combien le racisme est ancré en France, puis est une occasion pour le pouvoir de relever la tête dans un contexte où il est malmené par les gilets jaunes.

Le pouvoir peut pousser un ouf de soulagement! En effet, lundi 25 et mardi 26 février, la question de la commercialisation d'un voile pour des femmes de confession musulmane pratiquant du sport, par la marque française Decathlon, a été omniprésente sur les réseaux sociaux. Les esprits se sont longuement écharpés et la marque a recensé des menaces physiques sur les réseaux sociaux et dans les magasins. Ce qui l'a conduit à annoncer, dans la soirée, la suspension de la commercialisation de son produit (cf lien n°1).

Obsession du voile

Une chose est sûre, c'est que le voile islamique déchaîne les passions, en faisant fi de la raison et du cadre légal qu'est la loi de 1905 relative à la laïcité. C'était déjà le cas lors de la polémique sur le burkini à l'été 2016, avec des arrêtés municipaux dénoncés par le Conseil d'État du reste. Puis ça rassemble les paternalistes de droite, profondément catholiques voyant volontiers les français de confession musulmane comme une menace pour la civilisation occidentale - oubliant le fait que la civilisation occidentale est vue comme une menace pour la planète, vu l'expansion de son modèle économique qu'est le capitalisme -, et les fraternalistes de gauche, qui se disent tolérants, laïques, mais qui sont des laïcistes qui se défoulent sur les femmes - au nom de leur émancipation, bien entendu - comme naguère ils étaient décrits comme "bouffeurs de curés".

L'argument régulièrement cité est que le voile est un instrument d'oppression de la femme musulmane, contraire aux valeurs de la République, citant les cas de l'Arabie Saoudite et de l'Iran, dans une logique féministe. En réponse, des féministes comme Rokhaya Diallo leur rappellent que des féministes iraniennes qui luttent contre le port obligatoire du voile dans leur pays s'offusquent de voir en France des femmes se faire interdire de porter le voile dont elles ont fait le choix (cf lien n°2). Ce qui permet de rappeler que la liberté, dans un pays comme la France, est fonction du capital (économique, social, culturel, symbolique) que l'on possède. Si vous me permettez cette provocation, cher(e)s lecteurs/lectrices, dans une logique complètement inverse (dévoiler le corps des femmes musulmanes), la France suit l'Iran dans l'idée d'imposer un mode vestimentaire aux femmes de confession musulmane. Avec néanmoins deux différences: d'abord, les femmes de confession musulmane sont minoritaires - tout comme l'ensemble des français(es) de confession musulmane -, et que la logique universaliste qui se dégage en France est une tartufferie de l'esprit qui donne ceci: "Couvrez ce racisme que je ne saurais voir". La palme revenant au journaliste de Libération Jean Quatremer qui a lancé un tweet trahissant l'orientalisme de sa pensée, avec une forte impression de manque sexuel - queutard? -. Et comme il n'est pas du genre à accepter l'esprit critique, il bloque les personnes ayant retweeté son tweet, signe d'un mâle, blanc, bien positionné socialement, soit le profil type des membres de la ligue du LOL qui se voilent l'esprit, si vous me le permettez.

Encore heureux qu'il y a quelques voix de bon sens qui existent, même si elles ont été vaines, y compris au sein de la majorité présidentielle (cf lien n°3). Elles ont le mérite de rappeler que la laïcité, détournée par les paternalistes et les fraternalistes, repose sur la neutralité de l'État et de ses agents, et non sur la sphère privée. Mais faut croire que la raison a abandonné l'Hexagone ces dernières années.

Sortir la tête de l'eau

Toujours est-il que c'est du pain béni pour le pouvoir, qui peut espérer sortir la tête de l'eau dans cette histoire. En effet, plusieurs ministres et membres de la majorité ont saisi l'occasion pour se donner bonne conscience et éviter les sujets qui fâchent. Et ils sont nombreux! En premier lieu, le mouvement des gilets jaunes, qui emmerde le pouvoir depuis trois mois en dépit de la répression orchestrée, qui est inédite depuis Mai 68 d'ailleurs. Ensuite, l'affaire Benalla, qui a fourni des éléments incroyables ces dernières semaines avec les accointances entre Alexandre Benalla, son comparse Vincent Crase et un oligarque russe, les passeports diplomatiques de l'ancien chargé de mission à l'Élysée ou encore, le viol du contrôle judiciaire des deux compères fin juillet, quelques jours après leur mise en examen. Ce qui a poussé la justice à les mettre en détention provisoire, mardi 19 février, même si cette détention a été stoppée par une remise en liberté une semaine plus tard (cf lien n°4). Ou encore la politique économique, avec le maintien du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE), qui avait été lancé sous le mandat de François Hollande, avec un certain... Emmanuel Macron dans le cabinet de l'Élysée, avant de devenir ministre de l'Économie en 2014 puis président de la République (bourgeoise) depuis 2017. Les 20 milliards d'euros annuels de dépenses publiques du CICE n'ont pas été véritablement contrôlés et les économistes hétérodoxes ont souligné depuis longtemps que le CICE n'a que très marginalement aidé à la création d'emplois, voire n'a pas freiné les destructions (cf lien n°5). Ce qui permet de dire que le CICE a servi aux entreprises, sachant que ce sont les plus grandes qui ont eu la plus grosse part, de rémunérer davantage les actionnaires par cette ristourne sur les cotisations sociales de la part du pouvoir.

Bref, pendant ce temps-là, business as usual pour l'État, redevenu depuis les années 1980, serviteur du capital.

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