Sauf renforts syndicaux, le temps joue contre les gilets jaunes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

Tandis que la mobilisation semble stagner, la répression policière, au service du pouvoir et de l'ordre économique et social, ne fait pas dans le manque de zèle. Le mouvement semble rentrer dans le dur et le gouvernement pourrait bien finir par avoir la peau des gilets jaunes à l'usure, sauf si les syndicats éliminent leurs dernières réserves avec l'appel à la grève du 5 février.

Force est de constater, que ce soit à travers les chiffres du ministère de l'Intérieur - 58.600 - ou des gilets jaunes eux-mêmes - 115.954 - pour le douzième acte de mobilisation, la tendance semble être à la baisse, vu que le samedi précédent, les chiffres étaient supérieurs. Il serait bien tentant de dire que ce serait le fameux essoufflement, dont rabâchent les mass media et leurs journalistes de plateau (ou éditorialistes) grassement payés, pour mieux discréditer les gilets jaunes, et l'ensemble des mouvements sociaux en général, quitte à prendre le risque d'instiller profondément une défiance du journalisme et que ce soient des journalistes de terrain, souvent mal payés, qui prennent des coups.

Police milice

Et comme d'habitude, des violences policières ont été recensées, notamment à Paris. Pourtant, le cortège parisien est allé jusqu'à la place de la République dans le calme, suivant un trajet assez classique des manifestations sociales dans la capitale, i.e les quartiers est, anciennement prolos devenus bobos, alors que durant les premières semaines, c'était les quartiers typiquement bourgeois de Paris, notamment les Champs-Élysées, qui faisaient office de lieu de rassemblement. Toujours est-il que l'ambiance était calme, une tension moindre que la semaine dernière, mais une fois à la place de la République, l'atmosphère avait vite changé. Il faut dire que les black blocs et antifascistes s'étaient mis en tête et sont allés chercher les flics, dans une logique d'excitation mutuelle fort habituelle depuis le printemps 2016. Et bien entendu, la police milice y a mis le paquet, avec le canon à eau, les tirs de flashball et les envois de gaz ou grenade lacrymogènes. Façon à eux de saluer le cortège parisien, qui était mené par des personnes blessées par les forces de l'ordre social durant le mouvement des gilets jaunes, notamment Jérôme Rodrigues, éborgné sur la place de la Bastille la semaine dernière.

Fatalement, plusieurs blessés sont à relever parmi les manifestants, et encore, ça aurait pu être pire car comme le métro n'était pas tout à fait fermé, plusieurs personnes qui n'avaient rien à voir avec la manifestation se retrouvaient prises dans la nasse organisée par les forces de l'ordre et exposées au gaz lacrymogène, sauf si une âme charitable des boutiques sur la place ouvrait ses portes pour secourir des gilets jaunes et leur permettre d'attendre en sécurité que la situation se détende.

Maintenant, il serait bon de dire ceci: la manifestation était autorisée jusqu'à 17h. Les affrontements ont commencé peu avant 15h30, durant plus de deux heures. Il y a clairement une volonté hiérarchique, institutionnelle, de foutre la merde, au service de l'ordre social, sans sommation, avec des charges de CRS ou de membres de la BAC et des interpellations au pif. Malheur à celui qui se fait chopper alors qu'il n'a rien fait. Puis un flashball est si vite arrivé au niveau de la tête...

Aux syndicats de jouer

Vu la répression qui est pesante, servant de moyen pour un pouvoir aux abois de faire tenir tranquille les citoyen(ne)s qui ont de la sympathie pour ce fourre-tout qu'est les gilets jaunes, le moment d'une croisée des chemins semble être arrivé. Et du côté des gilets jaunes, la question de pousser à la grève générale s'est posée. Elle a été fixée au 5 février. Mais maintenant, ce qui peut en faire un succès ou un échec, c'est l'implication des syndicats. Or, depuis le début, les gilets jaunes ont affiché un refus de récupération de la part des syndicats, comme de la part des partis politiques. Et les syndicats, à quelques exceptions près (SUD), ont affiché à plusieurs reprises leurs réticences envers les gilets jaunes. Que ce soit de la part de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), menée par Laurent Berger, ce n'est pas une surprise. Par contre, du côté de la Confédération générale du travail (CGT) avec Philippe Martinez comme secrétaire confédéral, il y a de quoi être plus circonspect.

En réalité, le mouvement des gilets jaunes montre l'impuissance syndicale, qui leur vaut d'être régulièrement dénigrés par les mass media qui ne cachent pas leur esprit antisyndical primaire, voire primitif. Cette impuissance syndicale, observée par le taux de syndicalisation des travailleurs en France, l'un des plus faibles, sinon le plus faible parmi les pays développés, s'explique de plusieurs façons: l'émiettement car plusieurs syndicats sont issus de scissions, tels Force ouvrière (FO), scission de la CGT en 1947 ou la CFDT, scission de la Confédération française des travailleurs chrétiens en 1964 par exemple; la bureaucratisation qui fait que les directions confédérales sont totalement coupées de leur base syndiquée sur les luttes qui se passent dans les entreprises; une dépendance accrue envers l'État, y compris au niveau financier, qui les incite davantage à trouver un compromis dans le cadre du capitalisme, au lieu de chercher à le renverser, vu que l'ensemble des syndicats se revendique de la Charte d'Amiens de 1906, initiée par une CGT alors marquée par l'anarcho-syndicalisme; sans compter des affaires sur les logements des cadres syndicaux, comme Thierry Lepaon, prédécesseur de Martinez à la tête de la CGT en 2014, ou le fichage de militants chez FO quand Pascal Pavageau en était le secrétaire général, en 2018.

Bref, les syndicats ont une occasion de redorer leur blason en se mettant au soutien des gilets jaunes à partir du 5 février. Ils sont une clé sur la continuité ou l'assèchement du mouvement.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article