Indécision sur le Brexit

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Cryptocurrency News

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Les revirements des dernières semaines font que le Brexit est repoussé, mais reste à savoir si un accord avec l’Union européenne pourrait être accepté par la Chambre des Communes, sachant que Theresa May met son poste de Première ministre en jeu. Pas dit que ça ouvrira la voie à une solution.

Tant à Londres qu’à Bruxelles, le Brexit rend les nerfs à vif. Ce vendredi 29 mars 2019 devait correspondre à la mise en application de la sortie du Royaume-Uni (RU) de l’Union européenne (UE), décidée par référendum le 23 juin 2016. Cette sortie négociée avec l’UE, dans le cadre de l’article 50 du Traité de Lisbonne, n’est pas prête à aboutir car l’accord que Theresa May, Première ministre britannique, avait trouvé avec les instances européennes a été largement refusé à deux reprises par la Chambre des Communes, en janvier puis au début du mois de mars. Néanmoins, ce vendredi, May soumet une troisième fois cet accord sur la sortie d’Albion de l’UE, en jouant son va-tout avec l’intention de démissionner si les députés votent cette fois-ci pour l’accord trouvé avec l’UE (cf lien).

Confusion générale ?

Encore faut-il que son parti, le Parti conservateur, accepte cette tactique politique. Certains Tories, partisans d’un hard Brexit, y verraient une occasion de mettre une personne plus proche de leurs positions sur le Brexit pour la suite des événements car en cas d’acceptation, le Brexit deviendrait effectif le 22 mai prochain, soit quatre jours avant les élections européens. Dans le cas contraire, il faudra renégocier avec les 27 membres de l’UE et trouver une solution d’ici le 12 avril. Passé ce délai, il faudrait envisager une sortie sans accord du RU.

Mais d’autres scénarios alternatifs ont été mis sur la table, notamment de la part du Parti travailliste et de son leader, Jeremy Corbyn. Mais que ce soit l’idée d’un deuxième référendum, un accord sur une union douanière, une proposition de sortie par le Labour, etc. toutes les alternatives ont été rejetées à la Chambre des Communes, mercredi 27 mars. C’est dire si la confusion semble être générale. En réalité, ce qui bloque, ce sont les partis régionaux tels le Parti unioniste démocrate (DUP) et le Parti national écossais (SNP). Les nord-irlandais du DUP refusent les propositions travaillistes car ils sont partisans d’un hard Brexit, tout en voulant un accord avec l’UE, notamment sur la question de la frontière avec la république d’Irlande car si le Brexit se fait avec un rétablissement des frontières en Irlande, des tensions pourraient ressurgir du côté de Belfast, avec l’idée d’une réunification de l’Irlande sous la bannière de la république irlandaise. Un cauchemar pour les unionistes du DUP. Quant aux écossais du SNP, représentant une faction pro-européenne et indépendantiste, l’idée d’une sortie de l’UE ne les satisfait pas et si ça devait se faire, ils retenteraient un référendum sur l’indépendance de l’Écosse, après l’échec de celui de 2014.

Nouvelles élections anticipées ?

Mais il demeure un scénario qui pourrait débloquer la situation, c’est celui de nouvelles élections anticipées. La situation dans laquelle se retrouve May est issue de sa propre initiative en provoquant des élections anticipées en juin 2017, qui ont une victoire à la Pyrrhus des Tories car ils ont perdu la majorité parlementaire qu’ils avaient acquise deux ans plus tôt et ont dû s’entendre avec le DUP pour former une majorité à la Chambre des Communes. Par conséquent, même si elle démissionnait du 10 Downing Street, qui dit que la personne qui la succèdera ne serait pas contrainte à devoir convoquer des élections anticipées ? Ce scénario pourrait paraître favorable à Corbyn et aux travaillistes. Mais le Labour est également fragilisé car son leader tergiverse sur la ligne à tenir par rapport au Brexit alors qu’il était connu pour avoir tenu des positions eurosceptiques avant d’être porté à la tête du parti en 2015. Même le principal parti d’opposition ne serait pas certain d’y gagner au change, même si, a priori, la voie du Brexit que prendrait Corbyn s’il devint Premier ministre serait différente de celle prônée par les Conservateurs, notamment sur les questions économiques, sociales, environnementales et territoriales, avec cette épineuse question de l’Irlande du Nord.

À l’usure

Quelque part, un sentiment de fatigue plane dans les esprits par rapport au Brexit. D’abord au Royaume-Uni, où les partisans du maintien dans l’UE ont repris du poil de la bête ces dernières semaines et veulent afficher un rapport de force pour un second référendum qui annulerait le précédent. Ensuite, au sein du continent européen, où ça s’exaspère sur les discussions et les refus des députés britanniques de l’accord entre le gouvernement british et les instances européennes. Cela étant, il s’agit d’une guerre d’usure, d’une guerre psychologique que provoque cet article 50 du traité de Lisbonne autorisant un délai pour une sortie négociée d’un pays membre de l’UE.

Et ce qui en ressort de cette histoire, c’est qu’il est illusoire qu’un pays puisse quitter l’UE de manière honorable car les autres pays lui feront payer très cher ce choix, surtout si ce fut décidé par référendum. Là, les autres dirigeants européens montrent les crocs envers Londres par méchanceté, mais aussi pour démontrer auprès de leurs propres pays que de vouloir sortir de l’UE via l’article 50 est une folie absolue, que ce serait tendre le bâton pour se faire battre. Ce faisant, ils démontrent, une fois encore, combien la construction européenne est a-démocratique, orientée vers le capitalisme libéral au niveau économique puis vers le conservatisme politique.

P.S: pour résumer en musique, rien de tel qu'un morceau punk du groupe The Clash, "Should I stay or should I go"

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