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Scénario de hung parliament au Royaume-Uni

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Paul Childs/Reuters

Photo: Paul Childs/Reuters

Selon les estimations des urnes, le Parti conservateur de Theresa May n'a pas réussi à garder sa majorité. Le Parti travailliste de Jeremy Corbyn affiche une progression notable en nombre de sièges. Un scénario de hung parliament, où il y a absence de majorité, va peut-être pousser à de nouvelles élections.

Pari perdu pour Theresa May. Les estimations des urnes semblent indiquer que la Première ministre, qui a provoqué ces élections anticipées afin d'avoir une majorité à sa guise pour faire un "hard Brexit", devra avouer qu'elle a échoué dans sa tentative, bien que le Parti conservateur reste le plus important à la chambre des Communes, avec 318 sièges. Mais elle partait avec 330 députés sur 650, soit la majorité absolue. Ce qui fait qu'à l'heure actuelle, c'est un hung parliament, un parlement sans majorité qui est à l'œuvre au Royaume-Uni.

Progression du Labour

S'il y a un véritable gagnant, c'est le Parti travailliste et son leader, Jeremy Corbyn. Alors qu'il était considéré comme à la rue, le leader socialiste n'a rien lâché, a tenu à défendre un "soft Brexit", mais surtout, a axé sa campagne sur l'économie, en attaquant le programme de son adversaire sur la question de plans d'austérité, notamment du côté du National health service, et en faisant des propositions de réforme fiscale et de nationalisations de secteurs tels le transport ferroviaire ou l'énergie. Une stratégie qui n'a certes pas offert une voie royale pour Corbyn, mais qui a permis au Labour de passer de 230 sièges en 2015 à 261 aujourd'hui. Soit 31 sièges de gagnés et surtout, faire mieux que Gordon Brown, ancien Premier ministre, en 2010 (258 sièges). Signe que le virage à gauche entrepris par le Labour depuis deux ans, avec Corbyn à sa tête, non sans difficultés internes, semble montrer que la page de la droitisation du parti, initiée par Tony Blair dans les années 1990, a été tournée par les électeurs, notamment les prolétaires, qui veulent une politique de justice sociale, de réduction des inégalités économiques.

Tensions chez les Tories

Même si les Tories sont largement en tête, ils ont perdu la majorité qu'ils avaient acquises en 2015. Il faudrait parler de victoire à la Pyrrhus pour May mais vu que son parti a perdu plus d'une dizaine de sièges, ça peut être considéré comme une défaite pour la Première ministre. Et comme les autres partis ne sont pas disposés à vouloir mener un gouvernement de coalition avec elle, May devra espérer la tenue de nouvelles élections, si elle reste leader des Tories, car le ministre des Affaires étrangères et ancien maire de Londres, Boris Johnson, entend prendre le leadership. Ce qui promet une série de tensions chez les conservateurs dans les prochaines semaines. Et même en cas de nouvelles élections, rien ne dit que les Tories retrouveront du poil de la bête, même s'ils ont réussi, tout comme les travaillistes, à phagocyter le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip), qui a vu son nombre de voix chuter en deux ans.

Recul des indépendantistes écossais

Un autre élément à prendre en compte dans le résultat de ces élections est le recul manifeste des indépendantistes du Parti national écossais (SNP). Il y a deux, le SNP de Nicola Sturgeon était, avec les conservateurs, l'autre grand vainqueur des élections car sur les 59 sièges dévolus à l'Écosse dans la Chambre des Communes, 56 avaient été gagnés par ce parti, bousculant le Labour car l'Écosse est traditionnellement un bastion travailliste, tout comme le Lancashire, le Merseyside, le Grand Manchester ou le Northumberland par exemple. Aujourd'hui, le SNP compte 35 députés car les travaillistes ont repris du terrain en Écosse. Ce qui peut être fort problématique pour Sturgeon, qui souhaite organiser un nouveau référendum sur l'indépendance de l'Écosse, après celui de 2014, cette fois sur fond de Brexit car l'Écosse est la région qui avait le plus voté pour le maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne l'an dernier.

En tout cas, comme l'indique l'éditorialiste Robert Peston dans un tweet: "nous sommes entrés dans une période d'instabilité chronique".

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