Une surenchère sécuritaire, autoritariste

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Les annonces du Premier ministre (renvoi du préfet de police, bouclage des Champs-Élysées, amendes pour participation à des manifestations interdites renforcées, etc.) montrent combien le pouvoir ne cherche pas d'issue politique mais tient à faire dans la violence institutionnelle pour faire peur aux gilets jaunes, aux dominés en général. Une stratégie qui a pourtant montré ses limites depuis quatre mois.

Pourquoi vouloir apaiser les relations sociales quand on peut réprimer à tous crins? C'est ce qui a du se dire entre le président Emmanuel Macron, le Premier ministre Édouard Philippe, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et la ministre de la Justice Nicole Belloubet lundi 18 mars, pour trouver une réplique à la journée de mobilisation des Gilets jaunes en convergence avec la marche du siècle et la marche des solidarités, samedi 16 mars, mais dont l'attention médiatique était surtout centrée sur les dégradations d'enseignes et de restaurants sur l'avenue des Champs-Élysées. Les images du Fouquet's brûlant ont fait pousser des cris d'orfraie aux bien-pensants digne des hurlements des Versaillais de 1871 quand ils apprirent que la Commune de Paris décréta la destruction de la colonne Vendôme.

Répression comme mot d'ordre

Face à ces images qui ont instillé de la peur chez les bourgeois, qui ont porté Macron au pouvoir et qui, en retour, mène une politique de classe confirmant ainsi le "cens caché" de cette a-démocratie française, ou cette démocrature hexagonale - c'est selon -, le pouvoir ne pouvait que réagir (cf lien). Mais quel mot d'ordre suivre? C'est celui de la répression qui a été privilégié, avec un bouclage des Champs-Élysées afin d'en interdire l'accès - tout comme la place Pey-Berland à Bordeaux et la place du Capitole à Toulouse -, une augmentation des amendes pour présence dans des manifs interdites, un renforcement des moyens des forces de l'ordre social pour interpeller, réprimer le mouvement des gilets jaunes et les "casseurs" - sauf des flics infiltrés, sans doute -, ou encore le remplacement du préfet de police de Paris, Michel Delpuech, par le préfet de la Gironde, Didier Lallement, qui s'était récemment distingué en défendant des policiers qui s'en étaient pris au député de la France insoumise Loïc Prud'homme.

Ne pas avouer de faiblesses

Ce renforcement sécuritaire, qui s'inscrit dans le contexte de la loi anti-casseurs, dont on attend l'avis du Conseil Constitutionnel, montre combien le pouvoir refuse une sortie politique car ce serait, à ses yeux, un aveu de faiblesse envers son électorat bourgeois à qui il doit rendre service de manière exclusive, illustrant le fait que l'État est redevenu un agent au service du Capital depuis plus de 30 ans. Or, si Macron et le gouvernement ont dû formuler des annonces mi-décembre sur le pouvoir d'achat en mode poudre de perlimpinpin, c'était suite à une violence de certains gilets jaunes début décembre qui était en conséquence d'une répression exponentielle des forces de l'ordre social.

L'enfermement du pouvoir dans une surenchère, une spirale répressive peut difficilement être productif. Il aurait pu le penser en raison de la réduction de la mobilisation des gilets jaunes constatée ces dernières semaines. Mais en fait, c'est davantage l'effet du grand débat national qui a joué. Cependant, le round 18 du 16 mars montre combien le grand débat national et les violences policières constatées depuis quatre mois n'ont pas altéré la détermination des gilets jaunes. Au contraire, ça a même radicalisé les esprits, dans le sens où ça veut prendre les problèmes à la racine. Et pour citer Karl Marx, "la racine de l'homme, c'est l'homme lui-même". En vérité, le pouvoir devra indiquer de nouvelles concessions politiques, économiques, sociales ou au minimum un compromis, car dans le cas contraire, il ne fera qu'alimenter la révolte qu'il appelle émeute, par sophisme débile, illustrant cette phrase de Nelson Mandela qui sied bien à la situation française: "C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence".

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