La logique vorace, énergivore, du capitalisme

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/CC demo

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En ce jour où l'Union européenne excède la capacité de la planète Terre lui permettant de consommer sur l'année, et quelques semaines après les terribles passages de cyclones dans le Mozambique, l'occasion est bonne pour rappeler combien le mode de production capitaliste est un cancer pour la planète et que des luttes peuvent s'articuler les unes des autres.

"L'UE vivra à crédit". Cette formule résume l'étude des Organisations non gouvernementales WWF et Global Footprint Network sur les 28 (bientôt 27 si le Royaume-Uni se décide à sortir) pays membres de l'Union européenne (UE) sur le "jour de dépassement", à savoir qu'au-delà, l'UE consommera davantage que ce que la planète Terre peut lui fournir. Et cette étude indique que c'est à partir de ce vendredi 10 mai 2019 que l'UE aura dépassé la capacité de la Terre à lui fournir ce qu'elle consomme. Par conséquent, pour une zone économique correspondant à 7% de la population mondiale, mais dont la consommation équivaut à 20% de la biocapacité de la planète bleue, il faudrait 2,8 Terres pour fournir à l'UE tout ce dont elle a besoin en matière de consommation sur une année selon cette étude (cf liens n°1, n°2).

Exposition différenciée

N'en déplaise aux climatosceptiques obtus, généralement des capitalistes convaincus, dont certains dirigent des pays importants (Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil par exemple), ce genre d'études montre combien le changement climatique s'observe statistiquement, avec un rôle central de l'implication humaine, et que la question de la limitation de ses effets, qui est nécessaire, n'est pas suffisante tant tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Je peux rappeler l'exemple de l'ouragan Irma ravageant les Caraïbes en septembre 2017, et où les secours portaient davantage sur des touristes et des riches (blancs) que sur des pauvres (noirs), vite accusés de faire dans le pillage par ailleurs; ou encore les passages des cyclones Idai et Kenneth semant la destruction au Mozambique en mars et avril derniers (cf liens n°3, n°4), avec plusieurs centaines de morts au total pour ce pays d'Afrique australe, et comme un symbole, la ville de Beira (500.000 habitants), qui a été littéralement inondée, dans une indifférence générale tant les esprits, y compris en Afrique, s'affairaient à donner de leur temps et de leur argent pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Bref, comme l'écrivait George Orwell: "Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres".

D'ailleurs, en parlant de Notre-Dame, et donc de l'Église catholique, il est bon de se souvenir de l'encyclique Laudato si' du pape François en 2015 et de sa signification. Présentée comme une encyclique écolo, elle est en fait une version moderne de l'encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII en 1891, relative à la question de l'exploitation des prolétaires. C'est-à-dire, prendre les capitalistes par les bons sentiments et les appeler à être mesurés dans l'exploitation des prolétaires et des ressources, car dans le cas contraire, ce serait faire de la compression et pousser à de l'explosion, incitant ainsi les dominés à se détourner de l'Église catholique, toujours importante dans les pays pauvres, pour se laisser convaincre aux idées socialistes, communistes, anarchistes, écologistes, écosocialistes, etc. Bref, l'Église tient, de manière subtile, à garder sa clientèle aliénée - si j'ose dire - tout en maintenant son alliance "nouvelle et éternelle" avec le Capital.

Une écologie décoloniale (et écosocialiste)

Tout cela implique une nécessité de développer une alternative au capitalisme vorace, énergivore et fondamentalement inégalitaire, vu les répercussions différentes de ses effets sur les classes sociales, où les questions relatives au sexisme et au racisme institutionnels s'y imbriquent, n'en déplaise aux universalistes Tartuffes dont l'aveuglement les rend complices de l'ordre social actuel. L'une des pistes de construction de cette dite alternative peut être une "écologie décoloniale", comme le propose le philosophe Malcom Ferdinand dans un entretien pour le site Le Comptoir (cf lien n°5), où il met en relation l'écologie et l'histoire coloniale, esclavagiste, à travers l'exemple du chlordécone, produit chimique polluant l'ensemble de la Martinique dont la population est essentiellement composée de descendant(e)s de personnes mises en esclavage. Pour lui, l'écologie décoloniale doit associer "la préservation des équilibres écosystémiques de la Terre à la remise en cause des inégalités et injustices héritées de la constitution coloniale du monde", avec des mouvements sociaux qui "mettent en œuvre une écologie qui ne se contente pas de préserver l’environnement ou de critiquer les pollutions, mais qui s’attaque aux structures mêmes de ces problèmes environnementaux", héritées de la période coloniale.

Au fond, cette écologie décoloniale prônée par Ferdinand se veut écosocialiste car les structures coloniales, esclavagistes, ont servi de pierres pour l'édifice du capitalisme, comme Karl Marx, C.L.R James ou Eric Williams l'avaient souligné en leur temps; puis combien la logique productiviste, consumériste, structurant au sein du capitalisme depuis le 20e siècle et étendue sur l'ensemble du globe, ne peut plus être supportée par la planète Terre, les phénomènes climatiques extrêmes (cyclones, typhons, ouragans, sècheresses, etc.) servant de retour de boomerang.

En tout cas, ça justifie le questionnement sur le dépassement du capitalisme, considéré comme en péril par ailleurs.

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