Un pouvoir mensonger et répressif

Publié le par JoSeseSeko

Photo: JoSeseSeko

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Les discussions autour de ce qui s'est passé du côté de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière le 1er mai et la fausse nouvelle gouvernementale doivent pousser à accroitre la réflexion sur les violences policières, tant elles sont manifestes et, pour le moment, largement impunies.

Ce n'est pas un scoop de parler de violences policières et de fausses nouvelles de la part du pouvoir actuel. Mais à vouloir jouer dans le registre "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont", ça se voit trop facilement. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, s'illustre à la suite de la journée de manifestation du 1er mai, lançant une fake news - pour reprendre cet anglicisme idiot - sur l'intrusion de manifestant(e)s dans le service réanimation de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, parlant de personnes qui voulaient "attaquer", "saccager" le bâtiment et qu'il fallait donc une intervention policière. Dans un premier temps, les mass media et leur éditorialistes grassement payé(e)s et esprits zélés auprès du pouvoir - d'aucun(e)s diraient chien(ne)s de garde -, ont relayé cette propagande gouvernementale sans sourciller, s'appuyant du reste sur les propos de la direction de l'hôpital; mais cette version a été démontée en règle par les témoignages du personnel de la Pitié-Salpêtrière, de plusieurs manifestant(e)s et de plusieurs vidéos, regroupées notamment par le journaliste David Dufresne, dont je salue le travail, qui montrent des manifestant(e)s cherchant en fait à se réfugier dans l'hôpital après avoir subi des charges de flics et du gaz lacrymogène à de multiples reprises. Dans un pays dit démocratique, Castaner aurait été viré sur-le-champ. Mais comme la France est une a-démocratie, ça ne viendrait pas à l'esprit d'Emmanuel Macron ou d'Édouard Philippe de faire sauter un fusible bien utile, en dépit de son incompétence notoire.

Violence policière tous azimuts...

Déjà, que ce soit dit; vouloir se réfugier dans un hôpital, et notamment dans un service de réanimation, c'est mettre en danger autrui. Je l'écris à celles et ceux - et j'en connais de manière intime pour certain(e)s - qui s'offusquent de ça, tant ils ont été sensibles au discours gouvernemental. Mais ces personnes-là ne se demandent pas, possiblement par aliénation, pourquoi ça s'est déroulé ainsi. Or, c'est quand même essentiel et ça remettrait en cause la stratégie répressive des forces de l'ordre (social). Le cortège de tête de la manifestation a été stoppé par les CRS justement au niveau de l'hôpital. Pourquoi avoir empêché le cortège d'aller au bout de son parcours, à savoir la place d'Italie? Et pourquoi l'avoir stoppé au niveau de la Pitié-Salpêtrière, alors que lors du 1er mai 2018, le cortège fut arrêté plus en aval, à l'angle entre le boulevard de l'Hôpital et le boulevard Saint-Marcel? Éléments de réponse ou hypothèses: c'est pour compresser les manifestant(e)s en les nassant puis pousser à une logique d'excitation mutuelle envers les black blocs présents dans le cortège, sachant que certains d'entre eux avaient ciblé le commissariat de police du 13e arrondissement plus tôt dans la journée.

Cette histoire est une tentative ratée de masquer la violence policière tous azimuts, appuyée par un pouvoir qui se sent fragile. Plusieurs vidéos de coups de matraques, d'interpellations ont circulé sur les réseaux sociaux depuis le 1er mai, montrant combien les flics se défoulent sur les manifestant(e)s, comme par exemple un CRS s'en prenant à un retraité ou un membre de la BAC mettant sa matraque dans le pantalon d'un manifestant interpellé. Cette dernière image n'étant pas sans rappeler le viol de Théo Luhaka à Aulnay-sous-Bois en février 2017 par des policiers, affaire toujours en cours.

... et impunie

Ce qui est le pire dans ces cas de figure, c'est que ces violences policières manifestes ont de grandes probabilités d'être impunies. Pourquoi? Déjà, parce que les policiers n'ont pas forcément de matricule, donc l'anonymat peut jouer son rôle à plein pour s'en prendre à des manifestant(e)s et à des journalistes. Selon le décompte fait par Dufresne, 85 journalistes ont été blessés par les forces de l'ordre depuis le début du mouvement des gilets jaunes; sans compter les interpellations comme celles de Gaspard Glanz le 20 avril dernier. Ensuite, le rôle de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), en principe dévolu à enquêter sur des violences commises par des policiers, tend à être perçu comme un tampon permettant de couvrir des violences policières aux yeux des manifestants. Enfin, la justice n'est pas tellement prompte à vouloir faire des procès à des policiers, et encore moins à les condamner. Ce qui donne un écho à cette phrase de Michel Foucault: "la justice est au service de la police".

Parallèlement, c'est plus prompt à vouloir condamner les manifestant(e)s. Il n'y a qu'à voir le nombre de gilets jaunes condamnés à de la prison - ferme ou avec sursis - ou à des amendes. Signe qu'il y a un biais si on porte un uniforme ou pas. Un exemple? Christophe Dettinger et Didier Andrieux. Du côté de Dettinger, il a été condamné en février dernier à de la prison, avec un régime de semi-liberté, pour avoir boxé deux gendarmes lors de l'acte 8 des gilets jaunes (5 janvier 2019) à Paris. Le même jour, à Toulon, Andrieux, commandant de la police de la ville, a boxé plusieurs manifestants et ne fait seulement l'objet que d'une enquête de l'IGPN et aucune condamnation n'a donc été portée à son encontre. Peut-être parce que ce policier a été décoré de la légion d'honneur quatre jours auparavant.

Bref, en remixant Jean de La Fontaine, selon que vous soyez flic ou manifestant, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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