Une Union européenne droitisée à fond?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Si la droite conservatrice traditionnelle connaît un fléchissement, c'est au profit du centre-droit et (surtout) de l'extrême-droite, qui monte dans plusieurs pays de l'Union européenne, avec une gauche qui recule en général, excepté le cas particulier des écologistes.

À droite toute (voire extrême)! C'est ce qui tend à ressortir des résultats des élections européennes, du jeudi 23 au dimanche 26 mai. En-dehors du cas français, déjà évoqué ici, il en ressort quand même une pente extrême pour ces élections. Il faut dire que lors des précédentes européennes (2014), les partis d'extrême-droite comptaient près d'une quarantaine d'élus au Parlement européen (37). Désormais, les estimations porteraient à 115 élus sur 751 issus de cette partie de l'échiquier politique. Soit une multiplication par trois! Certes, les deux principaux groupes parlementaires, que sont les conservateurs du Parti populaire européen et les Sociaux-démocrates restent devant, mais l'extrême-droite est devenue la troisième force politique au Parlement européen (cf lien n°1).

Recul des partis traditionnels

Cette montée de l'extrême-droite témoigne du recul des partis traditionnels. En France, cela est visible pour LR et le PS, mais c'est également le cas en Allemagne, où la CDU-CSU n'obtient que 28,9% des voix et 29 sièges, contre 35,36% des voix et 34 sièges en 2014; mais surtout la chute vertigineuse du Parti social-démocrate, passant de 27,27% des voix et 27 députés en 2014, à 15,8% des voix et 16 eurodéputés aujourd'hui. Même phénomène au Royaume-Uni, où le Parti conservateur au pouvoir ne fait que 8,71% des voix et 4 sièges, contre 23,05% des voix et 19 élus il y a cinq ans. Pas étonnant que vendredi 24 mai, la Première ministre Theresa May, chargée de trouver un accord sur le Brexit, voté par référendum le 23 juin 2016, ait annoncé sa démission qui sera effective le 7 juin prochain (cf lien n°2).

Cependant, ce recul des partis traditionnel n'est pas forcément observable partout. En Espagne, par exemple, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se renforce même par rapport à il y a cinq ans, confirmant ainsi sa victoire lors des élections législatives anticipées du 28 avril dernier. Dans les pays d'Europe de l'Est, les partis conservateurs ou nationalistes engrangent un grand nombre de voix, où la gauche ne peut espérer y avoir des élus en raison de l'histoire - domination du Parti communiste au 20e siècle au nom de la "dictature du prolétariat" jusqu'à la fin du bloc soviétique - puis de l'immigration extra-européenne qui illustre le racisme institutionnel sur le vieux continent.

Coalition avec les libéraux et les verts?

Toujours est-il que les conservateurs et les sociaux-démocrates ont perdu des plumes et qu'il faudra quand même composer une majorité au Parlement européen. Qui jouera les faiseurs de roi? Les libéraux, centristes et euro-béats capitalistes ou les écologistes europhiles et sensibles au capitalisme "vert"? Telle est la question. Après tout, en-dehors de l'extrême-droite, le centre et les écolos sont les forces politiques qui sont montées en puissance pour ces élections. En France, comme en Allemagne, c'est manifeste pour les verts, même si, traditionnellement, ces élections sont celles qui réussissent le mieux à cette force politique. Ce biais positif est renforcé avec les manifestations sur le climat qui se déroulent du côté de la jeunesse ces derniers mois, exposant la logique vorace du capitalisme, sachant que l'Union européenne a déjà consommé ce que la planète peut lui fournir en une année depuis le 10 mai dernier. Puis, de part et d'autre du Rhin, ça se veut ouvert à "l'économie de marché", sous-entendu favorable au capitalisme vert. De quoi trouver un terrain d'entente avec des sociaux-démocrates, des libéraux, voire même des conservateurs.

Quand aux libéraux, bien que porteurs d'une pensée archaïque qui cause des crises, comme celle de 2008 dont le côté néfaste pèse encore sur les structures économiques et sociales, ils ont également le vent en poupe. De 67 députés en 2014, ils passent à 109 cinq ans plus tard, aidés en cela par les votes en France, au Royaume-Uni, en Tchéquie, en Slovaquie, au Danemark, en Espagne ou encore en Roumanie. Et la construction européenne, telle qu'elle est, les arrange car ils en sont historiquement les promoteurs. En tout cas, eux et les écolos vont être dragués de toutes parts (cf lien n°3).

Une gauche radicale dans les cordes

La gauche radicale européenne y a perdu des plumes en ces élections. Bien que dans le cas de la Grèce, le parti Syriza demeure vainqueur après avoir accepté depuis l'été 2015 un plan d'austérité drastique, les autres partis de gauche radicale font grise mine. En Allemagne, Die Linke connait un nouveau recul avec 5,5% des voix et 6 sièges contre 7,4% des voix et 7 sièges il y a cinq ans. En Espagne, Podemos ne fait que stabiliser son nombre de sièges (6), subissant le retour en force du PSOE. Pareillement au Portugal, où la Coalition démocratique unitaire et le Bloc de gauche restent constants (4 eurodéputés à eux deux).

Pour cette partie de l'échiquier politique, qui se veut porteuse de transformation sociale et d'internationalisme, est-ce qu'elle arrivera à se remettre en question sur son positionnement par rapport à l'UE? En effet, depuis plusieurs années, ça tient à faire dans l'idée de "transformer l'UE de l'intérieur". Cette ligne, qu'on peut nommer alter-européiste, a du plomb dans l'aile en raison de l'expérience Syriza, prouvant que l'euro et l'austérité font bon ménage et que toute politique de gauche est impossible dans le cadre européen actuel. Et le problème, c'est que ça tient à rénover et comme le chantait IAM "c'est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture".

Voilà ce qu'on peut retenir de ces élections.

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