Un triangle abstention-RN-REM en France

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Capture d'écran

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Si l'abstention a été moins forte que prévu, elle n'a pas tellement servi le pouvoir actuel, qui perd son match retour face à l'extrême-droite, qui se maintient au niveau qui était le sien lors des précédentes élections européennes. La déconvenue de la droite classique confirme la recomposition politique opérée en 2017, avec une gauche peinant à survivre dans ce contexte hexagonal.

1-1, balle au centre! C'est un peu comme ça qu'on peut résumer les élections européennes dans le cadre franco-français, dimanche 26 mai, où le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, et sa tête de liste Jordan Bardella, sont sortis en tête (23,31% des voix et 23 sièges après l'application du Brexit) devant la République en marche (REM) du président Emmanuel Macron, et sa tête de liste Nathalie Loiseau (22,41% et 23 sièges après l'application du Brexit). Une revanche pour le parti d'extrême-droite par rapport au second tour de l'élection présidentielle de 2017, où Macron eut une victoire à la Pyrrhus sur Le Pen. Le tout, avec une abstention qui est, pour la première fois depuis 1994, inférieure à 50% (49,88% selon le ministère de l'Intérieur, cf lien n°1), mais qui reste l'élément le plus massif de ces élections, traditionnellement moins mobilisatrices. Cet affaiblissement de l'abstention s'est surtout ressenti dans des départements ruraux ou désindustrialisés, où le mouvement des gilets jaunes s'y est le plus exprimé. Ce qui, dans ce contexte, accrédite l'idée d'un vote sanction contre le pouvoir et qui s'est tourné à l'avantage du RN. Mais ça peut être contredit avec les outre-mers, où le RN est arrivé également en tête et où les plus forts taux d'abstention ont été enregistrés. Signe que le racisme institutionnel made in France est vivace car les descendants d'esclavagistes ont davantage intérêt à aller voter et à y trouver leur compte.

Polarisation RN-REM

Toujours est-il que ces élections, dans le cadre franco-français, confirment une polarisation RN-REM que les mass media n'ont pas cessé d'alimenter ces derniers mois. Il faut dire que c'est vendeur pour eux de présenter les élections européennes comme un match retour et ça permet de mieux aliéner les esprits, ostracisant ainsi les autres listes électorales qui se sont présentées. En premier lieu les listes des partis historiques de la Ve République que sont les Républicains (LR) et le Parti socialiste (PS). Ces européennes sont une claque monumentale pour LR, qui doit se contenter de 8,48% des voix et de 8 eurodéputés, contre 21% des voix et 20 élus en 2014. Et dire que les sondages, qui se sont bien viandés, créditaient LR d'environ 14-15% des voix. C'est dire si Laurent Wauquiez, et sa tête de liste Xavier Bellamy, vont passer des nuits blanches et que les autres ténors de la droite vont sortir les couteaux. Du côté du PS, qui s'est allié au mouvement Place publique de Raphaël Glucksmann, propulsé en tête de liste, c'est la confirmation de sa marginalisation dans l'espace politique hexagonal, même s'il peut s'estimer heureux d'avoir 6,19% des voix et 6 élus car il était question de savoir si le PS arriverait à avoir des députés européens. Au moins, c'est déjà ça, contrairement au Parti communiste (PC) qui n'aura pas d'élus, et on reviendra plus loin.

EÉLV-FI: chassé-croisé

La question de l'hégémonie à gauche s'est posée pour ces élections. Et à ce compte-là, c'est Europe écologie-les Verts (EÉLV) qui prend les rênes devant la France insoumise (FI). La liste de Yannick Jadot réussit même la surprise d'être la troisième force politique, avec 13,47% des voix et 13 députés (si application du Brexit). Mais avec du recul, ce n'est pas si étonnant que ça de voir EÉLV à un tel niveau car les élections européennes sont celles qui réussissent le mieux aux écologistes car en 2009, le parti avait réalisé 16,28% des voix et 14 eurodéputés, talonnant le PS alors encore hégémonique à gauche à cette époque. Le biais positif qu'offre les européennes aux écolos permet de relativiser les choses pour les années à venir. Et ce, d'autant plus que Jadot et nombre de ses colistiers affichent un recentrage, "favorable à la libre entreprise et l'économie de marché", sensible à cet oxymore qu'est le "capitalisme vert", quand bien même Jadot se prétend "anticapitaliste" (cf liens n°2, n°3).

En tout cas, c'est un sacré pied de nez envoyé à la FI, qui revendique l'hégémonie à gauche depuis l'élection présidentielle de 2017. Jean-Luc Mélenchon, et sa tête de liste Manon Aubry, ne recueillent que 6,31% des voix - à peine plus que l'alliance PS/PP - et 6 élus. Là aussi, comme pour LR, c'est une claque qui fait mal, renvoyant en mode boomerang les reculades du mouvement sur la question européenne, avec l'abandon du plan B tel qu'il était conçu lors de l'élection présidentielle, c'est-à-dire, un référendum sur une sortie (ou non) de la France de la zone euro et de l'Union européenne - traduction: retour au franc -. Et les départs successifs de membres de l'aile souverainiste de la FI, en fait fraternaliste prétextant une dérive "indigéniste" - oh les Calimero! -, n'a pas arrangé les choses car le mouvement, et son leader, ont voulu faire de ces élections un "référendum anti-Macron". Mais le RN en a tiré les marrons du feu vu que par exemple Andréa Kotarac, désormais ancien insoumis, avait appelé au vote pour le RN "contre Macron". Et des bisbilles avec le PC ou d'autres formations de gauche montrent combien la question de l'unité de la gauche - sempiternelle requête lancée par certain(e)s militant(e)s - n'est pas pour demain. Puis, au sujet de certain(e)s communistes, considérer que les eurosceptiques seraient totalement "xénophobes, racistes", c'est poser un amalgame contre-productif car l'euroscepticisme de gauche existe et il n'est pas inscrit dans une logique raciste, xénophobe. À bon entendeur!

Bref, il est tentant de voir ces élections européennes comme la poursuite de la recomposition de l'échiquier politique hexagonal, avec un axe RN-REM dominateur, une droite en recul et une gauche disparate et en voie d'extinction. Mais sur certains points, cela n'est pas non plus figé dans le marche et une certaine réversibilité peu s'opérer.

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