Retour vers le futur au Royaume-Uni

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Don Claudio

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Avec une large majorité, la plus importante depuis Margaret Thatcher en 1987, Boris Johnson, à la tête du Parti conservateur, a les coudées franches pour entériner le Brexit, tandis que le Parti travailliste paye cher ses atermoiements sur le sujet, notamment son leader Jeremy Corbyn, rendu responsable de cette humiliation pour ce parti.

"Get Brexit done!" (finir le Brexit). Tel étant le slogan simple - voire simpliste, c'est selon - adopté par Boris Johnson et le Parti conservateur durant la campagne pour les élections générales du 12 décembre. Et le moins que l'on puisse dire est que ça a marché du feu de Dieu puisque les Tories ont obtenu 364 sièges sur 650 pour la Chambre des Communes, leur donnant une confortable majorité, alors qu'ils avaient 317 élus lors des élections de 2017 (cf lien n°1). Et la portée historique de ce triomphe, le plus net pour les Conservateurs depuis Margaret Thatcher en 1987 donne les coudées franches pour Johnson de mettre en place définitivement le Brexit pour le 31 janvier 2020, et d'en finir avec ce sujet qui a sclérosé la classe politique britannique depuis ce référendum du 23 juin 2016, où la majorité des citoyen(ne)s d'Albion ont décidé que Londres sorte de l'Union européenne. Et ce, d'autant plus que ces députés Tories sont totalement acquis à leur leader, alors que ces derniers mois, des députés conservateurs avaient quitté le parti par rapport à l'attitude de Johnson et qu'ils n'ont pas été réélus ensuite. Reste à savoir si la soupe austéritaire, libérale qui semble promise par la suite, pourrait être digérée.

Humiliation pour les travaillistes

Pour le Parti travailliste, le principal parti d'opposition, c'est une humiliation historique puisque le parti mené par Jeremy Corbyn passe de 262 à 203 députés. Le plus faible nombre d'élus travaillistes depuis 1935! Par conséquent, la question des responsabilités de cette déroute électorale se pose. Certains, notamment le député Ian Murray, seul élu travailliste en Écosse, mettent en avant le problème de l'antisémitisme au sein du parti et les charges médiatiques lancées à l'encontre de Corbyn sur ce sujet. Pour d'autres, à l'instar de John McDonnell, proche de Corbyn, l'essentiel se situe dans l'attitude du parti par rapport au Brexit.

En effet, le Labour est tiraillé depuis plus de trois ans entre l'aile gauche, dont Corbyn et McDonnell en sont issus, tenant une ligne eurosceptique et plus socialiste, voire marxiste selon ses détracteurs, et l'aile droite, nostalgique de Tony Blair, ouvertement pro-européenne et (sociale-)libérale, voulant un second référendum sur le Brexit et en vérité le remain. Et Corbyn, soucieux de l'unité du parti, n'a pas voulu défendre le Brexit par peur d'une scission avec l'aile droite, formant la majorité des députés et dirigeants travaillistes. Malgré le programme électoral pour ces élections, vu comme l'un des plus à gauche de l'histoire du parti et le renforcement du nombre de militants travaillistes ces dernières années, une bonne partie de l'électorat travailliste, essentiellement prolétaire d'ailleurs, a voté pour le Brexit et voyant comment la direction du Labour agissait, a sanctionné la tactique déployée à ce sujet, permettant aux Tories de gagner des bastions travaillistes historiques, notamment dans le Nord de l'Angleterre, autour de Newcastle, où le Labour tenait des circonscriptions depuis des décennies, voire même près d'un siècle! Toujours est-il que Corbyn n'aura pas l'intention de demeurer leader du Labour lors des prochaines élections générales, mais il quittera son poste une fois qu'un débat interne permettra de tirer les leçons de cette humiliation (cf liens n°2, n°3). Ce qui promet d'être une guerre des tranchées en perspective.

Royaume véritablement uni?

Si le Brexit est bien parti pour être (enfin) réglé, l'incertitude demeure sur l'unité du Royaume-Uni à l'avenir. Et pour cause, car les Tories ne sont pas les seuls grands vainqueurs de ces élections. Comme en 2015, les indépendantistes du Parti national écossais (Scottish national party, SNP) raflent la mise sur les circonscriptions écossaises, avec 48 sièges sur les 59 possibles. Et comme l'Écosse avait majorité voté le remain lors du référendum en 2016, le SNP compte bien en profiter pour demander, voire exiger un nouveau référendum sur l'indépendance d'Édimbourg vis-à-vis de Londres, après celui de septembre 2014 où le maintien de l'Écosse dans le Royaume-Uni s'est joué à une majorité de 55%, mais avec un grosse frayeur pour le gouvernement conservateur de David Cameron à l'époque, mais aussi pour la reine Élizabeth II.

Autre situation problématique, c'est l'Irlande du Nord. Si les unionistes du Parti unioniste démocrate, allié encombrant des Tories ces dernières années, restent la première force politique, ils sont talonnés par les républicains du Sinn Féin, pour qui le Brexit représente une occasion en or de défendre la réunification avec l'Eire, sous la bannière de la république d'Irlande. Et comme la question d'une frontière entre les deux Irlande a cristallisé les tensions entre Londres et Bruxelles, il n'est pas dit que les résultats du 12 décembre entérinent la situation du côté de Belfast.

Bref, si Johnson a de quoi se sentir pousser des ailes, qu'il fasse gaffe à l'atterrissage.

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