Quand la Chine tousse, le monde s'enrhume

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Elperiodico

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L'extension du Coronavirus à travers le monde rend la tenue d'événements sportifs, culturels plus difficile à mener, en plus d'un ralentissement de l'activité quotidienne, qu'elle soit économique stricto sensu ou scolaire par exemple. Ce qui peut renforcer une certaine psychose collective.

Il y a deux jours, j'avais écrit un billet de blog au sujet du Coronavirus en me demandant si cette épidémie allait passer l'hiver ou non. Un peu plus de 48h plus tard, le virus affiche des évolutions contrastées. En Chine, point de départ de la pandémie, pays comptant le plus grand nombre de personnes contaminées officiellement (78.824 sur 83.867), ainsi que le plus grand nombre de mort(e)s (2.788 sur 2.867), le nombre de nouveaux cas serait décroissant selon les autorités sanitaires chinoises, laissant entendre qu'un pic a été atteint et que l'heure serait à la décrue. En-dehors de la Chine, c'est plutôt la phase d'une montée des cas recensés et des décès qui inquiète les institutions, au point que l'Organisation mondiale de la Santé a relevé l'échelle de risque du Covid-19 (nom officiel du Coronavirus) à "très élevée". En sachant qu'un premier cas a été recensé au Nigeria, premier pays d'Afrique subsaharienne concerné, ou que l'Iran compte désormais 38 morts, devenant le deuxième pays comptant le plus de trépassés par la pandémie. Globalement, le taux de létalité reste de 3,4% mais il pourrait sensiblement s'accroitre dans les prochains jours, notamment en-dehors de la Chine.

Tout annuler, tout arrêter?

Au-delà de l'aspect sanitaire, d'autres problématiques interviennent au sujet du Covid-19. En premier lieu, des problématiques économiques. J'avais déjà indiqué dans un précédent billet que l'économie n'était pas insensible au Coronavirus, avec la ville de Wuhan, épicentre de l'épidémie et ville de concentration industrielle, notamment dans l'automobile, stoppant net la production de bagnoles, la chute du tourisme vers la Chine et la baisse de la demande chinoise en matières premières, dont le pétrole, font baisser les prix. Mais avec l'évolution du virus ces derniers jours, et tout particulièrement en Italie, troisième pays comptant le plus de morts du Covid-19 (17 morts), les marchés financiers plongent, tant les investisseurs s'inquiètent désormais de la propagation de l'épidémie dans des pays occidentaux.

Alors, la question de mettre un coup d'arrêt à l'activité quotidienne se pose. Il n'y a qu'à voir comment le monde de l'éducation nationale est concerné vu que le deuxième mort du Coronavirus en France était un enseignant et que des retours de voyages scolaires en Italie sont scrutés de près par les autorités. Y compris dans un domaine pas vu comme économique, comme le sport. Le report du match de rugby Irlande-Italie, dans le cadre du Tournoi des 6 nations, prévu initialement le 7 mars, souligne la précaution extrême prise par les autorités irlandaises. De même qu'en Italie, des matchs du championnat de foot ont été reportés ou se déroulent à huit clos, ou que des épreuves cyclistes - Strade bianche; Milan-San Remo; etc. - sont mal parties pour être maintenues. Ailleurs, le Grand prix de Chine de Formule 1, prévu le 19 avril, a été reporté mais je pense qu'il sera tout simplement annulé, tant le calendrier laisse peu de places. De même que les Grand prix de Bahreïn et du Vietnam, prévus respectivement pour le 22 mars et le 5 avril sont également sur la sellette, étant donné que des cas de Coronavirus ont été recensés. En tout cas, la Fédération internationale de l'Automobile assure veiller au grain.

Relocalisation à l'horizon?

Il m'est parfois arrivé d'invoquer le proverbe "à chaque chose, malheur est bon". Et le Coronavirus donne de la profondeur à ce proverbe, notamment au niveau économique. Le poids économique de la Chine est devenu tel depuis 30 ans que l'ex-empire du Milieu, autrefois surnommé "l'atelier du monde", est devenu "le laboratoire du monde", où les grandes firmes s'y installent pour lancer leur processus de production. L'automobile étant le grand exemple, déjà cité. Mais les laboratoires pharmaceutiques également. Ce qui fait que des produits pharmaceutiques pouvant éviter ou restreindre le risque d'exposition au Coronavirus manquent à la pelle et qu'une pénurie est à l'œuvre.

Et ça montre combien la mondialisation, tant vantée par les propagandistes du capitalisme, a des tares qu'une épidémie rend tout à fait visibles et que l'interdépendance conduit à une anesthésie économique large. On n'est pas encore dans un risque de récession, mais il est clair que les instituts internationaux revoient les perspectives de l'économie mondiale à la baisse. Le Coronavirus donne un argument de poids aux défenseurs du protectionnisme, de la relocalisation, dans la mesure où ça favorise des circuits courts entre la production et la consommation et que c'est plus écologique. D'ailleurs, le ralentissement de l'activité économique chinoise a conduit à une chute des émissions de CO2 en Chine de 25% en février 2020 par rapport à février 2019! Et comme la Chine est le premier pollueur au monde, talonnée par les États-Unis, ce n'est pas du tout anodin!

D'ailleurs, ça ne peut qu'appeler à opérer une stratégie de décroissance, non pas subie, mais choisie. Mais ça, c'est une autre histoire...

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