Penser l'après-Coronavirus

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/CLAUDIA DEA

Photo: Flickr/CLAUDIA DEA

La crise globale, provoquée par la présence du Coronavirus, pousse au confinement global de la planète et quand celui-ci sera terminé, bien des choses devront être mises sur la table. À moins que ça ne pousse à du renversement soit d'une séquence du capitalisme, soit du capitalisme lui-même.

"À chaque chose, malheur est bon". Ce proverbe pour le moins cynique sied à la situation actuelle, où le Coronavirus continue sa trajectoire exponentielle - 740.157 cas recensés et 35.097 morts, soit un taux de létalité d'environ 4,7% -, cette pandémie nous invite à prendre le temps de réfléchir sur ce qu'elle traduit de notre monde capitaliste, de sa santé pour le moins fragile et contagieuse mais aussi de son pouvoir aliénant - malade dans le confort de sa maladie - tant il traduit des rapports de force entre différentes régions du monde et d'éventuelles évolutions futures, une fois que le Covid-19 aura fini de répondre présent, permettant l'arrêt des mesures de confinement, rendues nécessaires tant la maladie a pris au dépourvu les différentes autorités.

Occident vs Orient: on refait le match!

Comme chacun sait, ce virus est d'abord apparu en Chine, dans la ville industrielle de Wuhan, capitale de la province du Hubei. Et depuis environ trois mois, la ville est mise en quarantaine totale. Mais ces derniers jours, signe que la situation semble s'être améliorée dans le premier épicentre de la pandémie, des habitant(e)s de Wuhan sont parti(e)s chercher les urnes funéraires de leurs proches dans les crématoriums de la ville. Or, il fallu plusieurs heures d'attente pour les récupérer et certaines personnes pensent qu'il y aurait 40.000 urnes funéraires dans Wuhan. Soit environ 13 fois plus que le nombre de morts officiellement recensés dans toute la Chine - environ 3.300 - dont 2.500 dans la ville de Wuhan, selon un article de France Inter et un article de Time (cf liens n°1, n°2). De quoi suspecter les autorités chinoises d'avoir sciemment masqué le nombre de morts du Coronavirus dans leur pays et de continuer d'agir de la sorte.

Dans les pays occidentaux (Europe+Amérique du Nord), l'attitude méprisante envers la Chine et les autres pays asiatiques faisant face, les premiers, au Covid-19, a mis en lumière un racisme anti-asiatique institutionnel et laissé entendre que ça n'aurait pas d'incidences économiques, de même que ça ne viendrait pas dans leurs contrées. Mais depuis fin février, l'atmosphère est devenue catastrophique, où le virus frappe l'Occident dans son orgueil et dans sa chair, avec l'Italie comme deuxième épicentre mondial de la pandémie et désormais les États-Unis en troisième épicentre. Et là encore, il y a de quoi se demander si la politique de sous-calcul des cas et des décès, reprochée à la Chine, ne s'applique pas également dans les pays "développés". Après tout, en France, par exemple, le nombre de morts du Coronavirus est recensé seulement au niveau des hôpitaux. Ce qui signifie que des personnes mortes du Covid-19 à leur domicile ou dans les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ne sont pas comptabilisées comme telles. De même que l'Hexagone ne fait pas dans le test de dépistage massif, minorant ainsi le nombre de cas de porteurs du virus.

Bref, comme en temps de guerre, la première victime d'une pandémie est "la vérité".

Relocalisation, un projet?

Cette crise sanitaire globale s'est transformée en crise économique, où il est désormais certain que 2020 sera une année de récession, pour plusieurs raisons: la première, c'est que la Chine est la deuxième puissance économique mondiale et que le virus s'est lancé dans une ville industrielle, notamment dans l'automobile et la santé. Ce qui a bloqué la chaine de production globale puisque Pékin fait office soit "d'atelier du monde", soit de "laboratoire du monde". La deuxième, c'est que l'Occident étant touché à son tour, l'industrie de pointe, le tourisme, et la consommation de masse se retrouvent bloqués, ou du moins fortement freinés, en raison des mesures de confinement, elles-mêmes conséquences d'une impréparation des pouvoirs publics à cette situation qu'ils observaient de leurs yeux, peut-être en tergiversant. Enfin, une troisième raison est que la logique du capitalisme depuis 40 ans est de pousser à la délocalisation et à la mondialisation, au nom de la théorie des avantages comparatifs, chère à l'économiste David Ricardo, reprise par les économistes Eli Heckscher, Bertil Ohlin et Paul Samuelson, où la question de produire à bas coût est centrale dans cette théorie. Or, cette dernière raison fait que nombre de biens se sont retrouvés produits en Chine, notamment les masques chirurgicaux, les solutions hydroalcooliques, ou encore nombre de médicaments. Et avec cet arrêt de l'activité économique en Chine, des commandes de masques ou autres produits pour la santé manquent cruellement en France comme ailleurs en Occident.

Cela que ne peut que remettre en avant l'idée d'une relocalisation d'une partie, voire de la majorité de ces biens à produire, au nom de la souveraineté sanitaire, et ainsi être le moins dépendant possible de l'extérieur. Quitte à ce que cette relocalisation soit liée à une politique de nationalisation, comme ce qui est demandé auprès de l'usine Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme), produisant des bouteilles d'oxygène utilisées pour les hôpitaux, ou ce qui aurait pu être fait auprès de l'usine Honeywell de Plaintel (Côtes-d'Armor), au lieu de la laisser déposer le bilan en 2018 (cf lien n°3). Mais cela suppose un État stratège, soucieux de l'intérêt général. Or, depuis 40 ans, l'État est en mode serviteur du capital, comme il le fut avant la période des 30 glorieuses, qui fait office d'exception dans l'histoire du capitalisme d'ailleurs. Et en France, comme en Italie, comme en Espagne, comme partout ailleurs En Europe et en Amérique du Nord, l'obsession d'une politique d'austérité et d'une privatisation générale de l'économie conduit à organiser des secteurs à flux tendu, comme la santé, avec fermetures de lits ou d'hôpitaux en pagaille, manquant grandement en ce moment. En outre, c'est une occasion de montrer combien l'Union européenne, telle qu'elle s'est construite depuis trois décennies, mériterait de ne pas être sauvée tant elle pousse les acteurs de terrain (médecins), à devoir faire le tri entre les personnes pouvant être sauvées ou pas (cf lien n°4).

Mais cela suppose encore de vouloir rester dans le cadre du capitalisme. Or, le capitalisme est un mode de production malade et qui rend malade tout ce qui l'entoure. Plusieurs médecins spécialisés dans les virus, les épidémies, les maladies infectieuses, soulignent le risque de nouvelles pandémies en raison de la déforestation, elle-même liée à l'activité humaine - notamment l'élevage -, poussant à un dérèglement climatique global. Et ce dit dérèglement pousse vers une nouvelle déforestation à travers des incendies, comme ceux qui ont ravagé l'Australie en janvier dernier - ne l'oublions pas! -, ou à rendre les espèces animales plus dévastatrices dans leurs dégâts, à l'instar de l'invasion de criquets en Afrique de l'Est depuis fin janvier. D'ailleurs, l'Afrique est actuellement moins touchée par le Coronavirus, mais elle suit une trajectoire ascendante pour le moins inquiétante, en raison du manque de structures hospitalières, la rendant ainsi très dépendante des autres régions du monde, notamment l'Europe (colonialisme et néocolonialisme oblige) et l'Asie (accords Chinafrique) par exemple. Par conséquent, la question de la relocalisation, de la souveraineté sanitaire, se pose de manière plus criante pour l'Afrique et ce n'est pas en voulant faire du libre-échange à l'européenne que l'objectif de souveraineté sanitaire sera atteint.

C'est dire si des pistes sont à creuser dans le temps, qui sera bien plus long que pour trouver un vaccin contre le Coronavirus.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article