Le passe qui n'a de sanitaire que le nom

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Rue 89 Strasbourg

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La mise en application du passe sanitaire pour les 12-17 ans entre en vigueur, ce 30 septembre. L'occasion de discuter sur l'efficacité du dispositif dans la lutte contre le Coronavirus et de sa dérive liberticide consubstantielle, d'autant plus que le pouvoir songe le prolonger jusqu'à l'été 2022.

Depuis le discours d'Emmanuel Macron du 12 juillet, annonçant l'extension du passe sanitaire à la majeure partie des lieux d'interaction sociale, y compris dans les entreprises, avec une vaccination obligatoire pour certains fonctionnaires (personnel hospitalier) mais pas pour d'autres (policiers, gendarmes), ce dispositif de contrôle des masses a fait couler beaucoup d'encre, voire motiver des dizaines de milliers citoyen(ne)s à manifester chaque samedi depuis le 17 juillet. Mais surtout, il a bien fracturé la gauche française entre une partie grandement favorable, estimant que c'est juste temporaire et laissant ainsi faire le pouvoir, et invectivant l'autre partie qui y est largement opposée, pour des questions de libertés collectives, de chantage au travail, de discrimination, voire d'apartheid, quitte à être accusée de connivence avec l'extrême-droite qui a pris la rue à ce sujet.

Outil efficace?

Ce qui a justifié l'extension du passe sanitaire pour les lieux culturels (cinémas, théâtres, musées, etc.), les bars-restaurants, les grands magasins, les enceintes sportives, les hôpitaux, etc. c'est que la situation épidémique était devenue alarmante en France d'une part, et d'autre part, une vaccination trop lente pour pouvoir atteindre l'objectif de 50 millions de Français(es) ayant au moins une dose vaccinale fin août.

Quand on regarde au niveau de la situation épidémique, la tendance générale est à la baisse depuis plus d'un mois, que ce soit dans le nombre de cas recensés, d'hospitalisations, de mobilisation des soins critiques et de décès. De quoi se dire que le passe sanitaire aurait contribué à améliorer la situation sanitaire pour le moins tendue au début de l'été dans l'Hexagone (cf graphique).

Mais si on regarde du côté de la vaccination, il a fallu attendre le 16 septembre pour que l'objectif des 50 millions de primo-vaccinés soit atteint (cf lien n°1). Soit deux semaines au-delà de la date butoir espérée par le pouvoir. Ce qui est bien un échec! Mais un échec masqué par le fait que la France est le second pays de l'Union européenne ayant le plus fourni de première dose à sa population en valeur absolue - le premier étant l'Allemagne -, et le neuvième en proportion de la taille de la population - derrière le Portugal, Malte, l'Espagne, le Danemark, l'Irlande, l'Italie, les Pays-Bas et la Finlande - (cf lien n°2).

Du provisoire qui dure

Ce qui fit que le Conseil constitutionnel accepta l'élargissement du passe sanitaire, c'est qu'il soit prévu pour une durée limitée, à savoir jusqu'au 15 novembre. Mais qu'en sera-t-il si jamais le gouvernement compte prolonger le passe sanitaire jusqu'à l'été 2022, comme l'a annoncé Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, mercredi 29 septembre (cf lien n°3)? Les sages vont-ils se coucher (une fois encore) ou sonner la fin de la récrée où le pouvoir se permet tout et (surtout) n'importe quoi? En tout cas, cette annonce donne du poids à la partie de la gauche qui se montre critique depuis le début de l'extension du passe sanitaire tandis que l'autre partie, pro-passe sanitaire, est de plus en plus cocue et se voile la face. Et au-delà même de la prolongation du passe sanitaire, la question de l'incorporation du passe sanitaire dans le droit commun rappelle un dangereux précédent qu'est l'État d'urgence vu que certains outils de ce dispositif (perquisition administrative, contrôle des déplacements, assignation à résidence) sont rentrés dans le droit commun par les partisans d'Emmanuel Macron à l'été 2017.

En outre, des failles subsistent avec le passe sanitaire en matière de préservation des données individuelles. La fuite du passe sanitaire de Macron (cf lien n°4), indiquant ses données personnelles, notamment sa date de vaccination, datée du 13 juillet - lendemain de son allocution par ailleurs, confirmant ce qu'avait révélé le site Mediapart sur la vaccination du président -, sert d'illustration sur le risque que n'importe qui peut avoir des données médicales sur n'importe quelle autre personne. De même que des fuites de plus d'un million de résultats de tests PCR n'incite pas à faire confiance aux pouvoirs publics sur la gestion et la sécurité des données médicales (cf lien n°5).

Comptes à rendre

Enfin, le pouvoir a des comptes à rendre sur sa gestion foireuse de la crise sanitaire. Si l'ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn est actuellement en procès à ce sujet, elle ne doit pas servir de bouc-émissaire car des personnes comme Macron ou l'ancien Premier ministre Édouard Philippe méritent d'être envoyées en procès. Car cette crise sanitaire illustre le dépeçage de l'hôpital public en place depuis le début du siècle et que Macron et sa clique continuent d'appliquer, j'y reviendrai.

Ce dépeçage est manifeste à travers les capacités de soins critiques. Selon les données du ministère de la Santé, le nombre de lits de soins critiques était de 82 lits en Martinique, 91 lits en Guadeloupe et 4.018 lits pour l'Île-de-France en 2019. Si on rapporte avec la population de ces régions selon les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques datant de 2018 (368.783 habitants en Martinique, 387.629 pour la Guadeloupe, 12.213.447 pour l'Île-de-France), ça nous donne:

  • 1 lit pour 4.497 habitants en Martinique
  • 1 lit pour 4.260 habitants en Guadeloupe
  • 1 lit pour 3.040 habitants en Île-de-France

Et si on affine sur les seuls lits de réanimation (29 en Martinique, 33 en Guadeloupe, 1.125 en Île-de-France), ça nous donne:

  • 1 lit pour 12.717 habitants en Martinique
  • 1 lit pour 11.746 habitants en Guadeloupe
  • 1 lit pour 9.970 habitants en Île-de-France

De quoi comprendre que dans les outre-mer, les personnels hospitaliers ont été très vite submergés, saturés, au point d'organiser des navettes aériennes pour que des malades puissent être sauvés. Et enfin, quand il est confirmé que plusieurs milliers de lits hospitaliers ont été enlevés durant l'année 2020 en France, en pleine pandémie, on ne peut qu'avoir aucune confiance envers le pouvoir actuel (cf lien n°6). Et si cela pouvait inciter à voter pour une alternative (socialiste, au sens intellectuel du terme) au moment de l'élection présidentielle et des élections législatives de 2022, ce sera déjà ça de gagné.

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