Un pouvoir borné idéologiquement et dangereux humainement

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Présidence de la République

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L'adoption des ordonnances fléchissant le code du travail, en période de confinement, montre combien le pouvoir, sous prétexte de protéger les citoyen(ne)s face au Coronavirus, les expose encore plus, les réprime encore plus, dans une impunité qui coûtera cher une fois le confinement terminé et que la désaliénation sera opérée.

"C'est à la fin du bal qu'on paye les musiciens" dit le proverbe. Dans le cas où le bal correspond au confinement lié à la présence du Coronavirus et que les musiciens sont le pouvoir exécutif, il pourrait être question de ne pas les payer, mais plutôt de leur préparer l'addition qu'ils doivent régler auprès des citoyen(ne)s mis(es) en danger par leur incompétence notoire car il est commun de dire que "gouverner, c'est prévoir". Or, en France, comme dans d'autres pays occidentaux, ça a regardé avec mépris, voire racisme anti-asiatique, le développement du Coronavirus en Asie, notamment en Chine, avant de s'en inquiéter une fois le virus implanté et en expansion, révélant au passage, pour qui en doutait encore, le dépeçage de l'hôpital public que les promesses d'investissement faites par Emmanuel Macron le 25 mars résonnent de manière pathétique.

Mise en danger

Ce qui est frappant de voir, c'est combien le pouvoir actuel ne s'éloigne pas tant que ça de son idéologie libérale bornée, forcenée et pourtant dangereuse, au service d'un mode de production (capitalisme) qui est malade et qui rend malade tout ce qui l'entoure. Prenons les ordonnances sur le droit du travail officialisées le 25 mars (cf lien n°1). Celles-ci, prévues pour durer jusqu'au 31 décembre 2020, pressurent les salarié(e)s en allongeant la durée hebdomadaire du travail à 48 heures, voire 60 heures dans certaines activités, avec une réduction des heures de repos hebdomadaire. Puis réduisent leurs droits une imposition des congés payés ou des réductions de temps de travail par les entreprises. Ces "dérogations" concernent notamment les transports, les télécoms, l'agroalimentaire, l'énergie, la logistique ou encore la santé. C'est-à-dire des secteurs qui tournent à plein régime actuellement car essentiels pour lutter contre le Covid-19 mais ça expose encore plus ces salarié(e)s du fait que leur temps de travail va être allongé, avec un risque de fatigue accru, fragilisant leur santé de fait. Et si on rajoute la problématique des masques qui manquent, c'est une mise en danger de la vie d'autrui qu'organise le pouvoir, rendant service aux firmes. D'ailleurs l'entreprise Free, de Xavier Niel, y voit son avantage en imposant des heures supplémentaires à ses salarié(e)s, tout en refusant les arrêts de travail . Du coup, l'économiste hétérodoxe Thomas Porcher fait bien de souligner combien cette période est propice "pour faire passer les pires lois" possibles (cf lien n°2).

État stratège aux abonnés absents

Vu combien la crise sanitaire, transformée en crise économique, révèle l'absence de stratégie industrielle au sein de l'État, soumis à rendre service au capital et donc à la classe sociale détentrice du dit capital, il serait bon de rectifier le tir en agissant là où c'est encore possible pour réduire à la fois le risque de propagation de la pandémie et la durée du confinement. Ce qui implique la mobilisation des cliniques privées ou du secteur de la santé animale ou des nationalisations stratégiques d'entreprises en difficulté. Et ce d'autant plus que le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Geoffroy Roux de Bézieux, s'est étonnement déclaré favorable à des nationalisations dans les circonstances actuelles (cf lien n°3).

Est-ce que les autres parties prenantes de la santé sont mobilisées par l'État? Il y a de quoi en douter. Un exemple sidérant nous vient d'Indre-et-Loire et de trois départements limitrophes, où des laboratoires vétérinaires capables de réaliser 1.000 tests Covid-19 par jour peuvent être utilisés, mais l'État refuse au nom d'un "argument juridique" (cf lien n°4). Et pourtant, on sait bien que la France réalise beaucoup moins de tests de dépistage du virus que ses voisins, notamment l'Allemagne qui, après tergiversation, mène une politique de dépistage de masse pour mieux lutter contre la pandémie. Ensuite, le gouvernement semble afficher une volonté de nationaliser des entreprises en difficulté. Il s'avère que l'une d'entre elles, Luxfer, fabrique des bouteilles d'oxygène. Ce dont les hôpitaux en manquent cruellement pour traiter des patient(e)s du Coronavirus. Or, cette société a délocalisé son activité et l'usine de Gerzat (Puy-de-Dôme) a dû fermer fin 2019, alors qu'il y avait 136 salariés. Ceux-ci réclament, comme nombre d'élus d'opposition, une nationalisation qui est purement logique vu que c'est une industrie de pointe qui rend service au secteur de la santé (cf lien n°5). Mais le gouvernement tergiverse, signe que l'utilisation du terme nationalisation de sa part est plus dans l'idée de vouloir socialiser les pertes et de privatiser les profits. Ce qui fait qu'on peut mieux comprendre pourquoi le président du Medef défend les nationalisations.

Confinement selon la classe sociale

Depuis le 17 mars, nous sommes sensés être en confinement partout en France, avec des dérogations possibles si on présente une attestation. D'ailleurs, ce confinement a été renforcé en raison des infractions recensées par la police et la gendarmerie. En réalité, ce confinement est une nouvelle expression de la lutte des classes car qui est visé par les amendes de la part des forces de l'ordre social? Les prolétaires. Ce sont eux qui sont dans le collimateur, encore plus s'ils ont des origines extra-européennes et même s'ils vont faire des courses pour acheter des biens alimentaires. Par contre, des bourgeois qui vont faire leur jogging ou fuir Paris et sa banlieue - 1,2 million de franciliens ont quitté la région du 13 au 20 mars selon Le Monde -, ils n'ont pas été contrôlés, ou bien moins fortement par les forces de l'ordre social. D'ailleurs, Roux de Bézieux, déjà cité à plusieurs reprises dans ce billet, multiplie les allers-retours Paris-Le Croisic sans ne ça ne pose aucun problème à qui que ce soit.

Donc, si on demande de l'éthique au citoyen lambda, et d'être libre dans la contrainte, en suivant une logique hégélienne, idéaliste (cf lien n°6), c'est faire fi du fait que la liberté est fonction du capital que l'on possède et qu'elle s'applique dans ce sens, si on accorde de l'importance à une logique marxiste, matérialiste.

Comme m'a dit une amie au téléphone: "Qu'ils fassent gaffe car une fois le confinement terminé, ils auront affaire à des lions".

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