SOS politique industrielle, j'écoute?!

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/nARCOTO

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Les révélations sur des fermetures d'usines Renault en France et du démantèlement de l'usine General Electric de Belfort montrent combien le pouvoir actuel n'est pas prêt à renoncer à une politique de laissez-faire et à un continuum dans la désindustrialisation de la France, ô combien mortifère.

"Business as usual". Ce credo résumant bien le capitalisme tient toujours, en dépit de la présence de la Covid-19, qui ne donne pas signe de disparition vu qu'elle a dépassé la barre des 100.000 nouveaux cas recensés par jour le 19 mai. Mais les capitalistes n'en ont cure et comptent faire payer la facture des semaines de confinement imposées dans tel ou tel pays. Au niveau de la France, le journal Le Canard Enchaîné révèle que Renault aurait l'intention de fermer quatre usines en France, en l'occurrence celles installées à Choisy-le-Roi; Dieppe; les Fonderies de Bretagne et Flins, même si pour cette dernière, ce ne serait pas immédiat. Et ce, pour des raisons d'austérité budgétaire vu que l'ex-régie a vu ses comptes passer dans le rouge en 2019 et que le Coronavirus a provoqué un arrêt massif de la production (cf lien n°1).

Prêt garanti à cinq milliards d'euros

Une nouvelle qui n'est pas digérable pour beaucoup d'observateurs politiques et économiques. Et ce, pour une raison importante. C'est qu'en raison des difficultés rencontrées avec la présence du virus, Renault a eu droit à cinq milliards d'euros de prêts garantis par l'État. Et voir qu'en dépit de ce montant, la marque au losange se met à envisager des fermetures d'usines en France et par la suite délocaliser la production de bagnoles, alors que le Coronavirus a montré combien cette stratégie est dangereuse pour nombre de secteurs d'activité, et tout particulièrement l'automobile, il y a de quoi exiger des comptes auprès de Renault, dont la direction navigue à vue depuis que Carlos Ghosn a dû quitter son poste après son arrestation au Japon en novembre 2018. Et même, ça donnerait des idées à exiger une renationalisation de Renault, sachant que l'État est le premier actionnaire, avec 15% du capital de l'entreprise et qu'il avait nationalisé l'entreprise à la Libération, en raison de la collaboration de Louis Renault avec les nazis. Mais ce serait quasiment mission impossible car le constructeur japonais Nissan, allié de Renault depuis 1999, n'acceptera à aucun prix ce genre de chose.

Mais en-dehors de Renault, une autre entreprise compte réduire son activité industrielle en France. C'est General Electric. La compagnie états-unienne, qui a repris l'usine Alstom de Belfort en 2015, avec la bénédiction du pouvoir de l'époque - François Hollande président et Manuel Valls Premier ministre -, avec la promesse de 1.000 emplois créés. Non seulement, il n'y a pas eu de nouveaux postes, mais des licenciements et un démantèlement continu de l'usine de Belfort, que le pouvoir actuel, avec Emmanuel Macron, ancien ministre de l'Économie au moment de la prise de l'usine Alstom de Belfort par General Electric devenu président de la République depuis 2017, laisse faire. D'ailleurs, selon Mediapart (cf lien n°2), un nouveau plan de délocalisation de l'activité industrielle a été notifié auprès du Comité social d'entreprise de l'usine le 13 mai dernier, soit deux jours après le début du déconfinement. C'est dire le sens de l'a-propos!

Un déclin continu

Ces deux cas permettent d'illustrer une tendance de long terme qu'est la désindustrialisation de la France. Il suffit de voir que la part de l'industrie dans le Produit intérieur brut en France est passée de 28,1% en 1977 à 16,9% en 2018. Soit une baisse de 11,2 points de pourcentage en 41 ans (cf graphique n°1)! Alors forcément, l'emploi industriel connaît également une chute vertigineuse dans l'hexagone, passant de 5.591.800 personnes début 1977 à 3.167.000 fin 2019, sachant que dans l'intervalle, l'automatisation, la robotisation ont pris le relais pour maintenir un fort niveau d'occupation de l'activité industrielle. Du moins, on peut le supposer ainsi (cf graphique n°2).

 
 

Maintenant, peut-on craindre ce continuum dans la désindustrialisation, sachant à la fois que l'industrie est le secteur d'activité le plus productif et le secteur d'activité historiquement important dans le développement du syndicalisme? Il est tentant de répondre par l'affirmative, tant les dirigeants des pays développés restent bornés idéologiquement dans un modèle capitaliste aliénant, qui promeut la mondialisation, la délocalisation, quitte à être pieds et poings liés comme le Coronavirus le démontre totalement. Mais ce serait oublier que la question écologique pousse à développer de nouvelles industries et à mettre en adéquation les problématiques du travail (conditions de travail, salaires, protection sociale, etc.) avec celles de l'environnement (réchauffement climatique, pollution de l'air, surexploitation des ressources, etc.). Et à ce compte-là, les syndicats y gagneraient beaucoup car ils convaincraient les jeunes générations d'exploité(e)s, soucieuses de l'équilibre à trouver entre maintien d'une activité économique et respect de la biodiversité, pour stabiliser leur vie dans le monde du travail et ces nouvelles générations donneraient une occasion aux syndicats de se renouveler, tant ils sont vus comme archaïques ou sont dénigrés dans les mass media.

Enfin, il reste que l'État se remette en question et songe de nouveau à établir une politique industrielle, avec la contrainte écologique à prendre en compte, mais aussi sanitaire, tant la mondialisation de l'activité économique conduit, in fine, à une mondialisation des risques sanitaires.

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