La Covid-19 reconnait la lutte des classes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Eli Christman

Photo: Flickr/Eli Christman

Si l'épidémie de Covid-19 fait autant mal au niveau économique, c'est qu'elle est une illustration mortifère de la forme néo-libérale du capitalisme, en place depuis 40 ans, mettant les diverses régions du monde pieds et poings liés. Une occasion pour les tenants de l'écosocialisme de formuler une alternative concrète et durable, s'ils savent la saisir.

Peut-on jurer que rien ne sera plus comme avant? En tout cas, la Covid-19, puisque l'Académie française s'est positionnée pour un emploi féminin du terme, fournit biens des réflexions sur notre rapport entre êtres humains, et au sujet de notre environnement. Tout d'abord, au niveau des données recensées par l'Université John Hopkins en ce 19 mai, 4.817.105 personnes ont été contaminées par le virus et 318.775 d'entre elles en sont mortes. Soit un taux de létalité d'environ 6,6%. Sachant que la majeure partie des cas et des morts se concentre dans les pays développés. Les cinq premiers pays comptant le plus de morts sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Italie, la France, l'Espagne. De quoi voir un orgueil occidental profondément marqué par l'impact de la pandémie, notamment au niveau des capacités sanitaires.

Confinement inégal

Mais c'est sous l'angle économique et social que le Coronavirus pourrait laisser encore plus de traces. D'une part, les plus pauvres, les exploité(e)s, mis au chômage partiel, continuant à travailler en se déplaçant en transports en commun sans avoir de totales garanties sanitaires sur leur lieu de travail ni la possibilité de télétravailler, ou se confinant dans leur lieu d'habitation plutôt exigu avec leurs enfants. L'exemple de la Seine-Saint-Denis en est le plus flagrant, avec une concentration de pauvreté vivant dans un espace restreint et où une surmortalité constatée par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) fin mars n'est pas étrangère à la présence de la Covid-19. Et rajoutons l'aspect violences policières, d'ailleurs. D'autre part, les plus riches, mais aussi une partie de la classe moyenne, ayant le luxe de pouvoir se confiner à la campagne en fuyant les grandes villes rapidement, quitte à répandre le virus sur le reste du pays. Notamment ceux qui vivent en Île-de-France et qui ont agi en mode "courage fuyons" au lancement du confinement (17 mars), quittant la région parisienne.

Ce qui permet de lancer la réflexion suivante: face au confinement, "tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d'autres" (George Orwell), mais aussi que ce virus reconnaît la lutte des classes, renforçant une étude de l'INSEE en février 2018 qui indiquait que les 5% les plus pauvres avaient une espérance de vie d'environ 10 ans de moins que les 5% les plus riches.

#Guillotine2020

D'ailleurs, les plus riches ne manquent pas une occasion de bien se mettre en valeur en appelant à respecter le confinement, la distanciation sociale ou à faire des dons. Sur ce dernier point, on voit quand même une évolution critique. Autant depuis les années 1980, quand des célébrités appelaient à des dons, à des soutiens pour différentes associations, ça produisait un certain effet. Mais là, ça marche moins et les critiques fusent. Il n'y a qu'à voir le développement du mot-clé #Guillotine2020 sur les réseaux sociaux, notamment aux États-Unis - appropriation culturelle de notre chère guillotine française. ^^ - pour reprocher l'hypocrisie de célébrités comme Pharell Williams, Jennifer Lopez, Madonna, Arnold Schwarzenegger, etc. ayant un confort matériel impossible à avoir pour le prolétariat et affichant, sans forcément le vouloir, un mépris de classe qui leur est renvoyé en mode boomerang (cf lien n°1).

Peut-on dire que la Covid-19 nous a vacciné du star-system? Ce serait bien présomptueux de l'affirmer. En tout cas, que les "stars" aient une influence amoindrie, notamment sur les réseaux sociaux, et des critiques de plus en plus fortes à leur endroit montre combien cette crise globale met en branle bien des structures économiques et sociales.

Occasion à saisir

Dès lors, l'idée de voir des alternatives sortir du bois est pour le moins intéressante à analyser. L'une d'entre elles est l'écosocialisme, qui se veut pour objectif de greffer les thématiques du socialisme (socialisation des moyens de production, autogestion, État au service des masses, redistribution plus égalitaire de la richesse produite, accès élargi et plus égalitaire aux biens et services, etc.) avec celles de l'écologie (limitation de l'utilisation des ressources planétaires, maintien de la biodiversité, développement d'une économie circulaire, d'une économie de recyclage, etc.). Un des axes de réflexion théorique peut porter sur la décroissance, à savoir une baisse de la production pour mettre à bas la logique consumériste que le capitalisme a mis en avant depuis le 20e siècle, avec la sacralisation de la croissance in fine.

Mais décroissance, dans le monde capitaliste, signifie récession. Ce dont nous vivons actuellement. Et pour l'économiste et philosophe Frédéric Lordon, la logique de décroissance prônée par certaines personnes conduit à une impasse, vu les liens entre croissance et emploi, rappelant l'exemple de la Grèce durant la décennie 2010 (cf lien n°2), reprochant du reste à ce que le terme décroissance soit utilisé à la place du terme "sortie du capitalisme". Si ça tient à rétorquer cette position, alors parler de sortie du capitalisme est facile à dire mais bien plus abstrait que décroissance. Sachant que pour ses promoteurs théoriques, la décroissance se veut être "choisie" et non "subie", comme c'est le cas dans le cadre capitaliste.

Toujours est-il que cette crise fait bouger bien des lignes en matière de pensée économique, philosophique, de rapports sociaux et qu'il serait fort dommage de ne point en profiter pour envoyer à la poubelle de l'histoire une structure économique et sociale vacillante, malade, dans la perspective de l'après-Coronavirus.

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