Donald Trump mis au ban par Twitter et non par la justice

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Prince Arthur

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La suspension définitive du compte Twitter de Donald Trump par la direction du réseau social, suite aux débordements de partisans suprémacistes du président états-unien battu dans le Capitole, semble donner lieu à de la réjouissance mais il y a de quoi s'inquiéter d'une justice menée par le secteur privé.

Les images de débordements des suprémacistes blancs, pro-Trump, mercredi 6 janvier, au Capitole de Washington, en pleine délibération des voix des grands électeurs au sujet de l'élection présidentielle du 3 novembre dernier, ont fait le tour du monde, illustrant la transformation des États-Unis en une république bananière dont la gestion de la crise sanitaire n'est guère reluisante, comme dans d'autres pays occidentaux du reste. Et vu l'hyper présence de Donald Trump sur les réseaux sociaux, et tout particulièrement sur Twitter, ce dernier a décidé de fermer définitivement le compte personnel du président en exercice, par crainte de nouvelles incitations à de la violence en provenance de sa part (cf lien n°1).

Isolement de Trump

Une décision pour le moins en décalage car depuis les événements du 6 janvier, Trump se retrouve de plus en plus isolé au sein d'un parti républicain fragilisé, vu qu'il a perdu le Sénat à la suite d'élections sénatoriales en Géorgie, le 5 janvier dernier. En tout cas, plusieurs élus républicains en viennent même à demander une procédure de destitution de Trump depuis le 7 janvier (cf lien n°2). Face à ce retour de bâton qu'il a lui-même provoqué, Trump avoue qu'il est "scandalisé" par ce qu'il s'est passé au Capitole de la part de certains de ses partisans et admet, mollement, sa défaite en tenant à organiser une transition "sans accrocs" mais en déclarant ne pas vouloir assister à la cérémonie d'investiture de Joe Biden, son futur successeur (cf lien n°3). Si le ridicule ne tue pas, il fout quand même la honte internationale.

Privatisation de la justice

Et si certains d'entre vous, chers lecteurs/chères lectrices, se réjouissent de la décision de Twitter de censurer Trump, qui a constamment promu les suprémacistes blancs, qui l'ont grandement soutenu lors de l'élection présidentielle de 2016 et durant l'ensemble de son mandat, c'est que vous avez une vision court-termiste des choses. Pourquoi écris-je cela? Parce que ça va encore plus radicaliser les partisans de Trump, les pousser à exprimer leur rage sur les réseaux sociaux ou dans la rue. Et dans ce dernier cas, en étant probablement armés, vu la relation profonde et institutionnelle des états-uniens avec les armes à feu et que les images du Capitole pourraient passer pour de la rigolade si la radicalisation des pro-Trump est effective. À surveiller d'ici le 20 janvier, date d'investiture de Biden.

Ensuite, parce que c'est laisser faire une entreprise privée, comme l'est Twitter, se poser en juge à la place d'une cour de justice, qui est une institution publique. In fine, c'est applaudir une privatisation de la justice, pouvant censurer tous azimuts tout ce qui ne rentre pas dans le cadre néolibéral. Et cela a déjà eu lieu, à travers des publications censurées par Facebook de la part de comptes de syndicats ou de personnalités de gauche en France au moment des manifestations contre le dépeçage des retraites par exemple.

Enfin, il est bon de se souvenir de la proposition de loi Avia, relative à la haine en ligne, retoquée par le Conseil constitutionnel courant 2020 (cf lien n°4). Cette dernière, si elle renforçait l'aspect policier et répressif en matière d'expression sur les réseaux sociaux, elle renforçait également ces derniers, donc des entreprises privées, en les incitant à faire enlever tout contenu en moins de 24h en cas de signalement, à la place de la justice. En clair, une privatisation source de censure. Et le cas Trump, visant cette fois-ci une personnalité d'extrême-droite, a de quoi inquiéter à terme car n'importe qui peut être censuré par une entreprise privée sans pouvoir prouver son innocence. Et ce serait alors une preuve d'une défaite supplémentaire pour nos libertés individuelles et collectives, et pour la démocratie, aux États-Unis, en France ou ailleurs.

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