Quand la direction de l'OM se comporte en pompier-pyromane

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Twitter

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La manifestation puis l'intrusion de quelques dizaines de supporters de l'Olympique de Marseille dans le centre d'entraînement du club, samedi 30 janvier, a fait vertement réagir une direction qui ne fait pas dans l'atténuation des tensions en cours et tend à radicaliser bien des esprits.

"L'OM sur un volcan" titrait le journal l'Équipe, samedi 30 janvier. Cela sied bien à la situation car dans la journée, environ 400 supporters olympiens sont venus devant le centre d'entraînement Robert Louis-Dreyfus, anciennement appelé la Commanderie, manifester leur mécontentement devant la mauvaise dynamique de l'OM ces dernières semaines (trois défaites consécutives en championnat plus une défaite au trophée des champions face au Paris Saint-Germain). Quelques dizaines d'entre eux réussirent à entrer dans le bâtiment, balançant divers projectiles, dont l'un blessa dans le dos le défenseur Alvaro Gonzalez, présent sur la passerelle et qui, avec le capitaine Steve Mandanda, le milieu Valentin Rongier, l'entraîneur André Villas-Boas et le directeur sportif Pablo Longoria, cherchait à calmer les esprits. En-dehors de cette blessure, des vitres ont été brisées et quelques arbres calcinés.

"Horde sauvage"

Face à ces dégradations, le club a réagi par divers communiqués (cf liens n°1, n°2) ou par divers médias, condamnant totalement cette intrusion de supporters qui a eu pour conséquence première de faire reporter le match de Ligue 1 contre le Stade rennais, initialement prévu à 21h, ce jour-là. Et le président du club, Jacques-Henri Eyraud, enfonça le clou sur l'antenne de Canal+ dans la soirée, parlant d'une "horde sauvage". Ce qui n'est pas sans rappeler l'expression "foule haineuse" utilisée par Emmanuel Macron à l'égard des Gilets jaunes fin 2018. En outre, un tel propos de la part de Eyraud rajoute une couche dans la détestation qu'il connaît à Marseille, car en fin décembre 2020, plusieurs articles de presse ont rapporté l'hostilité qu'a l'actuel président du club envers la présence de marseillais au sein de l'OM.

Mais le communiqué de l'actionnaire majoritaire, Frank McCourt, n'est guère mieux pour apaiser des nerfs à vif. En effet, l'affairiste états-unien n'a pas hésité à faire une comparaison entre ce qui s'est passé à Marseille et l'intrusion de militants suprémacistes pro-Trump au Capitole, le 6 janvier dernier, considérant que ces deux événements suivent "une logique comparable : quelques sources alimentent un brasier fait d'opinions, d'invectives et de menaces qui sont amplifiées par les réseaux sociaux créant les conditions qui mènent à la violence et au chaos". S'il connaissait les supporters olympiens, réputés pour leur activisme antiraciste et ancré à gauche, l'homme d'affaires yankee ne se serait pas livré à une si insultante et stupide comparaison.

Prise de pouvoir ou soumission

Si la forme d'opposition à la direction déplaît à nombre de supporters olympiens, refusant de soutenir leurs camarades ayant agi de la sorte à la Commanderie, sachant que c'était bien plus violent il y a 20 ans de cela, le fond reste pleinement le même. Une direction qui affiche son mépris envers les supporters pris seulement pour des consommateurs, un manque de résultats qui font éloigner les objectifs fixés pour la saison en cours, un contexte sanitaire qui fait que les supporters ne peuvent plus exprimer leur colère ou leur encouragement au stade et si vous ajoutez que l'entraîneur compte bel et bien quitter le banc de touche à la fin de la saison, marquée par un parcours catastrophique en Ligue des champions (cinq défaites, une victoire), vous avez un cocktail explosif et rejeter la faute sur les supporters est signe d'un manque abyssal d'intelligence (cf lien n°3).

En tout cas, des manœuvres s'opèrent pour un changement dans l'effectif du club après la saison 2020-2021, avec des contrats de joueurs comme celui de Florian Thauvin allant à leur terme, sans prolongation. Annoncent-ils une vente de l'OM, comme cela est attendu, voire espéré par nombre de supporters depuis plusieurs mois? Autant le dire, auprès de mes camarades supporters olympiens: si vous espérez une amélioration parce qu'il y aurait un changement d'affairiste, c'est que vous tenez à rester au milieu du gué, à suivre encore une logique court-termiste, à rester cocus, voire sado-masos. Pis, si jamais ce serait un fonds saoudien qui reprendrait l'OM, vous serez alors aussi aliénés, aussi soumis que ne le sont les supporters parisiens depuis que le Qatar, via un fonds souverain, détient le PSG depuis 2011, avec l'épée de Damoclès de la dissolution forcée des groupes ultras, vu que la préfecture laisse imaginer cette hypothèse. La seule alternative crédible, si vous affirmez que "l'OM, c'est nous", c'est de rassembler en mode socios, comme le propose le collectif Massilia Socios Club depuis 2016, et ainsi avoir le pouvoir au sein du club, d'en être pleinement responsable et de contrôler démocratiquement la gouvernance de l'OM pour le pérenniser, le stabiliser sur le long terme.

Soyez, pour une fois, conséquents jusqu'au bout, camarades supporters de l'OM!

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