Le télétravail, une fausse bonne idée pour le salariat?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Philippe P

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Pour plusieurs millions de salariés, le télétravail s'est développé avec la crise sanitaire. S'il semble vanté de bien des vertus, des vices se sont faits remarquer au fil des mois, ce qui implique de nouveaux enjeux dans le rapport salarial et des défis pour un mouvement syndical quelque peu inaudible sur le sujet.

Dans le contexte, lié à la crise sanitaire et les dégâts économiques qu'elle génère, notamment sous l'angle d'une montée du chômage dans des secteurs mis à l'arrêt depuis plusieurs mois - hôtellerie, restauration, culture, etc. -, il y a un phénomène qui a pris de l'essor sur l'année écoulée, c'est le télétravail. C'est-à-dire travailler depuis chez soi (en général). Il faut dire que le gouvernement a beaucoup insisté sur le télétravail pour que l'activité économique perdure quelque peu en 2020 et sur les premiers mois de l'année 2021, pour endiguer la présence du Coronavirus et de ses variants dans l'Hexagone. Ce qui semble être efficace vu qu'entre 31 et 41% des salariés actifs occupés ont télétravaillé ces derniers mois, notamment ces dernières semaines avec le confinement saison 3 lancé mi-mars (cf liens n°1, n°2).

Avantages théoriques...

Face à ce développement sur fond de nécessité de maintien de l'activité face à une crise sanitaire qui a muté en crise économique, il est bon de s'interroger sur les avantages et les inconvénients de ce genre de dispositif. Théoriquement, recourir au télétravail procure de multiples avantages. Du côté des entreprises, un accroissement de la production; des économies d'échelle sur les locaux; une implication plus grande des salariés sous l'angle de la qualité de vie; une baisse de l'absentéisme. Du côté des salariés, un temps d'économisé car pas de transport à faire entre le travail et le domicile; une meilleure gestion du temps de travail; une meilleure productivité; une plus grande autonomie dans la gestion des tâches. Du moins, c'est ce que clame le gouvernement (cf lien n°3).

Et dans des secteurs, notamment ceux compris dans le tertiaire, comme la banque, les médias, l'administration, la logistique, etc. cela semble peu gênant de pratiquer le télétravail, que l'on soit chez soi ou parfaitement ailleurs. Reste à savoir si la réouverture des bars-restaurants, prévue en théorie pour la mi-mai, va atténuer la proportion de salariés en télétravail. En tout cas, la ministre du Travail, Élisabeth Borne, se prépare à un retour "progressif" de salariés dans leurs bureaux en s'alignant sur la réouverture de la restauration (cf lien n°4).

... Inconvénients pratiques

Mais bien entendu, le télétravail n'est pas la solution miracle car il souffre de plusieurs inconvénients, notamment pour les salariés. Il s'agit d'un flicage à distance accru, dans la mesure où la direction va juger que les salariés auront davantage de temps à consacrer à l'entreprise. Il s'agit d'un transfert de certains frais fixes (électricité, impression) de l'entreprise vers les salariés sans avoir à augmenter le salaire de ces derniers. Ce qui pose la question du remboursement par l'entreprise et ce n'est pas une obligation en soi - merci les ordonnances Macron! -. Puis le télétravail entraîne une dégradation de la santé physique et/ou psychique, comme le relate Le Figaro, avec prise de poids, perte d'interactions sociales, etc (cf lien n°5).

De quoi rendre relatif l'intérêt porté au télétravail. Et ce d'autant plus que bien des secteurs comme le bâtiment, l'alimentaire ou l'industrie manufacturière ne peuvent clairement pas s'organiser en mode télétravail. Ce qui s'observa lors du premier confinement, au printemps 2020, où tout le monde n'était pas logé à la même enseigne, visibilisant les exploités produisant ou faisant circuler des biens "nécessaires", ou le personnel hospitalier mobilisé contre le Coronavirus, ainsi que les cheminots devant transporter nombre de celles et ceux travaillant dans ces secteurs non télétravaillés. Et toute cette masse laborieuse n'a pas tellement vu une amélioration de ses conditions matérielles d'existence sur l'année écoulée, en dépit des efforts consentis.

Un angle mort syndical?

À travers la réduction des interactions sociales dans l'entreprise, le télétravail atomise la relation entre salariés et direction. De quoi se demander si les syndicats peuvent tirer leur épingle du jeu pour défendre les salariés, voire syndiquer plusieurs d'entre eux. Toujours est-il que la majorité des syndicats - excepté la Confédération générale du travail - s'est mise d'accord avec le patronat, fin novembre 2020, pour réguler l'utilisation du télétravail, la durée de télétravail en cohérence avec les horaires de travail en vigueur, la question des frais que l'entreprise prendrait en charge et par quel procédé (indemnité forfaitaire), le nombre de jours en télétravail, la question de la santé en mode télétravail, etc (cf lien n°6).

Quelque part, le télétravail est un élément supplémentaire de l'individualisation du monde du travail ces dernières décennies, symbolisé par l'entreprise Uber et l'ubérisation, où la notion de contrat de travail devient marginale, et tout particulièrement le contrat à durée indéterminée, le fameux CDI, qui devient de plus en plus une légende urbaine au fil du temps qui passe. Et la crise sanitaire actuelle est (hélas) bien partie pour aggraver cette problématique de fond à laquelle les syndicats sont bien en peine à pouvoir contre-attaquer, en dépit de quelques victoires comme un coursier de Deliveroo obtenant gain de cause pour requalifier en contrat de travail leur lien de subordination auprès de la plateforme en 2020 par exemple.

C'est dire qu'il y a du pain sous la planche!

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