Un déconfinement bancal

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Jacques Tavernier

Photo: Flickr/Jacques Tavernier

Les fuites sur le calendrier du déconfinement saison 3 alimentent les discussions sur les réseaux sociaux ce 29 avril, sachant que le Coronavirus reste à un niveau relativement important en France comme ailleurs en Occident, en comparaison cinglante avec d'autres pays développés qui ont mieux endigué la pandémie.

Putain deux mois! C'est ce qui peut venir à l'esprit vu les annonces sur le calendrier fixé par Emmanuel Macron pour le déconfinement en France, et tout particulièrement la fin du couvre-feu, prévue pour le 30 juin prochain. D'ici là, il sera maintenu à 19h jusqu'au 19 mai, pour être décalé à 21h puis à 23h à partir du 9 juin. Entre temps, fin des attestations de déplacement en journée à partir du 3 mai, tout comme la fin de l'interdiction des déplacements inter-régionaux, une réouverture de commerces, de restaurants (tables de six places maximum), de salles de spectacles ou de sports (1.000 places en plein air) prévue pour le 19 mai, puis une réouverture de salons, foires d'expositions et d'accueil de touristes avec un pass sanitaire (cf lien n°1). Sur ce dernier point, cela signifie de mettre en place ce que les instances européennes ont proposé et fait voter en mars dernier, rendant la vaccination obligatoire de fait, et l'idée d'un passeport vaccinal, changé en pass sanitaire, pour certaines activités, c'est une logique similaire à celle du passeport intérieur imposé aux noirs durant le régime d'apartheid en Afrique du Sud, et que la classe politique défend sournoisement depuis quelques mois. Mais il faut croire que ça n'émeut personne et que certains militants anti-apartheid dans les années 70-80 ont perdu de la mémoire!

Scénario fragile

Si, pour une fois, un cap semble être dégagé au sujet d'un couvre-feu délétère qui est en place depuis le 15 octobre 2020, le scénario concocté depuis l'Élysée reste fragile. En premier lieu, la pression hospitalière qui reste démesurée, même si ça commence (enfin) à baisser, tout comme un début du nombre de personnes en réanimation, après environ trois mois et demi de hausse continue (cf graphique). En tout cas, le couvre-feu n'a pas démontré d'efficacité probante pour endiguer la contamination.

Ensuite, la vaccination a encore à accélérer pour compenser un départ pour le moins poussif - en même temps, la France est le pays du diesel! - car malgré le fait que plus de 20% de la population a été vaccinée, il n'en demeure pas moins que le taux de vaccination en France reste plus faible qu'en Italie, au Portugal, au Danemark, en Suède, en Autriche, en Espagne, en Belgique, en Allemagne, en Finlande ou encore en Hongrie (cf lien n°2). En outre, la vaccination, déjà sujette à questionnement à travers des révélations d'effets secondaires (thromboses), peut être encore plus gravement remise en question si les vaccins actuellement mis en circulation se révèlent inefficaces face aux variants dits brésilien ou sud-africain, dont la proportion augmente peu à peu en France, suscitant la crainte de plusieurs scientifiques (cf lien n°3). Une crainte déjà perceptible dès janvier, au moment où le variant anglais était en expansion dans l'Hexagone. Et les récentes mesures de suspension de vols pour des personnes en provenance du Brésil et d'autres pays d'Amérique du Sud semble arriver bien trop tardivement (cf lien n°4).

"Stop and go" vs "Zéro Covid"

Tout cela doit nous permettre d'interroger sur la stratégie prise par la France et par d'autres pays occidentaux, caractérisé par du "stop and go", en opposition avec celle prise par d'autres pays développés (Corée du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande) appliquant une stratégie dite "zéro Covid". Or, le journal suisse Le Temps souligne une étude pluridisciplinaire (médecine, économie, sociologie, etc.) publiée dans la revue de recherche médicale The Lancet, dans laquelle les auteurs ont comparé les stratégies prises par les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur la dernière année combien les tenants de la stratégie "zéro covid" s'en sont largement mieux sortis que ceux pratiquant le "stop and go", sur le plan sanitaire, sur le plan économique et sur le plan des libertés individuelles et collectives (cf lien n°5).

Sanitairement parlant, les pays "zéro covid" ont permis de limiter au maximum la progression du virus en menant des mesures drastiques ponctuelles et localisées au moindre cas recensé, tant le risque de contamination est relativement important. Ce qui fait que des événements culturels, sportifs, peuvent se faire avec du monde agglutiné dans une salle ou un stade par exemple, là où en Europe ou en Amérique du Nord, le huis clos reste la norme, quand il ne s'agit pas purement et simplement de fermeture. Sans oublier la surcharge pour le secteur hospitalier, évoquée ci-haut au niveau français. Au niveau économique, le "stop and go" a conduit à une récession record depuis l'après-guerre, pire que celle suivant la crise financière de 2008-2009 tandis que le "zéro covid" a permis une meilleure situation économique car tournée sur le long terme et l'investissement, et non sur le court terme et une sur-épargne.

Enfin, sur le plan des libertés individuelles et collectives, si la stratégie "zéro covid" est dans un premier temps plus contraignante, la stratégie du "stop and go" se révèle être plus liberticide au fil du temps. On peut le mesurer à travers la France vu que ces derniers mois, des lois liberticides comme la loi Sécurité globale ou le projet de loi séparatisme, avec un amendement contre la non-mixité rajouté début avril, ont été votées en quelques mois, histoire de droitiser, d'aliéner encore plus les esprits avec efficacité, illustrant la morale des politicien(ne)s: "Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont".

Bref, vive la start-up nation!

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