Macron, le meilleur agent de la classe dominante

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Jerc dessinateur

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Le projet de loi de finances pour 2018, en discussion à l'Assemblée, contient notamment un rétrécissement de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) qui est sujet à controverse, tant le gouvernement laisse entendre que ça permettrait un retour des riches sur le sol français car il seraient écrasés par trop d'impôts, parait-il.

S'il fallait définir la vision de la république d'Emmanuel Macron, il faudrait utiliser la formule que lançait Henri Guillemin à l'égard de la IIIe République avant 1914: "C'est la république des riches, dirigée par les riches, et au bénéfice des riches"! Conformément à son programme, l'actuel président de la République lance ses réformes qui s'inscrivent dans un axe (social-)libéral, très amical envers les affairistes. Bref, la classe dominante y trouve son compte et il faut dire qu'elle s'est mobilisée électoralement parlant, renforçant l'idée qu'il y a un "cens caché" dans cette a-démocratie française.

L'ISF dans le viseur

Après un premier front ouvert avec une nouvelle loi travail, qui suit des standards européens devenus favorables au capital, et où l'opposition semble marquer le coup, comme la dernière manifestation, jeudi 19 octobre, rassemblant quelques milliers de manifestants, notamment à Paris, le pouvoir exécutif n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. Le projet de loi de finances 2018, le premier de l'ère Macron, entend envoyer un signal fort au niveau de la fiscalité, considéré par les économistes orthodoxes comme trop lourde en France et un handicap profond sur l'activité économique. En cause ici, l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), honni par les possédants, en raison de son assiette fiscale (biens immobiliers, actifs financiers, etc., supérieurs à 1,3 millions d'euros) et de son aspect progressif.

Si l'ISF est dans le viseur, ce n'est pas sans raison. Ses détracteurs jugent qu'il s'enferme essentiellement sur l'immobilier et dans le cas de flambée des prix de l'immobilier, ce qui est observé depuis longtemps en France, il peut être difficile d'honorer cet impôt auprès du fisc si le revenu global n'a pas suivi une trajectoire aussi croissante, comme les ménages vivant sur l'île de Ré par exemple. Autre raison invoquée, c'est que la présence de l'ISF en France est devenue quasiment unique au sein de l'Union européenne (UE). Et comme l'UE est un espace de liberté des capitaux, des marchandises et des personnes, plusieurs contribuables en profitent pour s'exiler fiscalement, invoquant la présence de l'ISF qui ne les inciterait pas à investir dans l'Hexagone. Et en plus, une "flat tax" de 30% sera mise en place sur des revenus du capital. Et le gouvernement d'Édouard Philippe s'en sert pour justifier qu'ainsi, 4,5 milliards d'euros de recettes (3,2 milliards sur l'ISF + 1,3 sur la flat tax) seront coupés dans le budget public de 2018, au nom du rapatriement des exilés fiscaux.

Moins-disant fiscal

Bref, le gouvernement tient à suivre une course au moins-disant fiscal qui est devenu depuis quelques années un sport pratiqué par tous les gouvernements dans l'UE. Or, si ça laisse entendre que les riches reviendraient en France car la pression fiscale y serait moins lourde, c'est surtout un signe d'inefficacité envers la lutte contre les inégalités et les déficits. Au niveau des comptes publics, ça plombe le déficit car selon des économistes hétérodoxes, espèce en voie de disparition, si cette réforme prévoit 4 milliards d'euros de recettes en moins, ce serait en raison d'exilés fiscaux qui coûtent 170 millions d'euros sur 10 ans. Bref, un bon foutage de gueule de la part de l'orthodoxie as usual, vu que cette dernière aime baragouiner l'anglais.

Ensuite, cette idée de réduction fiscale pour les riches laisserait entendre que ces derniers paieraient trop d'impôts et de taxes par rapport aux plus pauvres. Or, selon les économistes Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez, dans leur livre Pour une révolution fiscale daté de 2011, le taux d'imposition global des 1% les plus riches est inférieur à celui des 99% les plus pauvres, et tout particulièrement celui des 50% les plus pauvres. Ce qui signifie que le projet gouvernemental va renforcer une dégressivité fiscale déjà présente, en raison du rétrécissement de l'ISF, qui est un impôt progressif. Et de manière comparative, le poids de la Taxe sur la valeur ajoutée, très dégressive, va s'accroitre, rendant l'État et les collectivités locales plus dépendants de cette taxe.

Quoiqu'en disent des partisans de Macron, qui veulent contre-argumenter avec la baisse des cotisations sociales, la suppression de la taxe d'habitation ou la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapé.e.s, c'est un serpent qui se mord la queue car ça ne permet pas de réduire les déficits publics, qui les font hurler à longueur de journée, et finalement, l'actuel président mérite bien son surnom de "président des riches".

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