Pour tenter de ramener le déficit public à 5% de la richesse produite en 2025, le gouvernement envisage un grand coup de canif sur les finances publiques. Ce qui ne peut que renforcer le scénario d'une récession l'an prochain et in fine accroître un déficit public sensé être réduit.
"Ils n'ont rien oublié, rien appris". Cette phrase de Napoleone Buonaparte - pardon, Napoléon Bonaparte -, évoquant le retour des Bourbons au pouvoir pendant son exil à l'île d'Elbe, sied à la situation présente concernant le programme économique du gouvernement de Michel Barnier. Après le discours de politique général du Premier ministre du 1er octobre, soulignant la "gravité" de la situation des finances publiques, les premières ébauches du Projet de loi de finances de 2025, devant être présenté au Parlement le 10 octobre prochain, mettent en avant un budget déficitaire devant être amené à 5% du produit intérieur brut (PIB). Soit trouver 60 milliards d'euros pour être à ce niveau de déficit public (cf lien n°1), au lieu de dépasser les 6% du PIB comme l'alertait le ministre du Budget Laurent Saint-Martin la semaine dernière.
Coupe claire
Si on veut être un peu plus précis, ces 60 milliards d'euros recherchés par le gouvernement vont être répartis comme suit: 40 milliards d'euros de coupes budgétaires d'un côté, 20 milliards d'euros de hausses d'impôts de l'autre. Sur ce dernier point, c'est une sorte de gage qui veut être faite auprès de l'opposition de gauche, rassemblée dans la coalition nouveau front populaire, qui programmait des hausses d'impôts visant les plus riches (bourgeoisie) et les grandes firmes. Mais, comme le souligne le ministre de l'Économie Antoine Armand, cette hausse ciblée est surtout "temporaire", histoire de calmer les esprits (cf liens n°2, n°3).
Mais l'essentiel est bien de couper au niveau budgétaire. Ces 40 milliards d'euros, il faudra les traduire. Des non-remplacements de départs en retraite, des fermetures de services publics (écoles, hôpitaux, etc.), des fins de contrat pour des agents publics qui ne sont pas fonctionnaires, des réductions d'investissements publics dans les infrastructures, etc. Cette logique de réduction des finances publiques est une matrice de la pensée économique orthodoxe (libérale), laissant imaginer que le secteur public pèserait plus de la moitié du PIB français et qu'il cause la montée de la dette publique ces dernières décennies. Et comme je l'avais déjà écrit il y a peu de temps, le secteur public représente en fait un peu plus d'un cinquième de l'activité économique en France et que la tendance est à la baisse, tandis que la dette publique suivait une trajectoire inverse, soulignant qu'il y a une déconnexion entre emploi public et dette publique, comme le disent les économistes hétérodoxes (keynésiens, post-keynésiens, marxistes, etc.) depuis plusieurs années.
Vent de récession
Mais en outre, à vouloir couper dans les budgets, le gouvernement alimente une tendance à la récession, qui est déjà palpable dans plusieurs secteurs d'activité. Et tout particulièrement le secteur automobile qui paie un contexte macro-économique incertain, notamment chez les constructeurs allemands qui indiquent des plans de fermetures d'usines (cf lien n°4). Faut-il y voir un effet de long terme du contrecoup des sanctions économiques à l'égard de la Russie depuis 2022 sur les structures économiques outre-Rhin? Ce n'est pas du tout à exclure tant Berlin était bien content de se fournir en gaz du côté de Moscou et que le gouvernement allemand s'est mis la corde au cou, ce qui n'est pas sans conséquences politiques d'ailleurs - montée de l'extrême-droite allemande -. Et comme l'Allemagne est le premier partenaire économique de la France, celle-ci va vite se retrouver exposée à ce vent de récession.
Puis ce plan d'austérité est comparable à ce que connut la Grèce au début de la décennie 2010. Souvenons-nous des multiples plans d'austérité imposés aux Grecs. Non seulement, ils n'ont pas réduit le déficit public, mais ils l'ont aggravé, et par ricochet, accru la dette publique car ces coupes budgétaires ont alimenté la récession constante en Grèce à ce moment-là. Au point que des économistes hétérodoxes soulignent, au vu de ce qui se profile en France, que si la croissance a vu son retour en Grèce, le niveau de PIB grec en 2023 retrouvait son niveau de... 2001. Autrement dit, deux décennies perdues pour des plans d'austérité établis en cinq ans (2010-2015)!
Décidément, les gouvernants, suivant stupidement une idéologie périmée (libéralisme ou néo-libéralisme), recyclent les crises du capitalisme.
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Le gouvernement a besoin de 60 milliards d'euros pour boucler son budget 2025
Dans le projet de loi de finances qui sera présenté la semaine prochaine, le gouvernement prévoit 40 milliards d'euros de coupes dans les dépenses et 20 milliards d'euros de hausses d'impôts.
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