Un an après l'attaque du Hamas faisant plus de 1.200 morts, le pouvoir israélien bombarde tous azimuts, en Palestine et désormais au Liban, tenant à prolonger la guerre, l'étendre sur le Moyen-Orient, signe d'une indifférence au sort des otages du Hamas et forçant l'Occident à être à sa rescousse, en dépit de sa barbarie visuelle.
"À chaque chose, malheur est bon". C'est ce qui prime dans l'esprit de Benjamin Netanyahu depuis un an, quand le Hamas lança son offensive en Israël le 7 octobre 2023 faisant plus de 1.200 morts. Une attaque symbolisant soit l'échec des services de renseignement israéliens, pourtant réputés comme parmi les plus efficaces au monde, soit un aveuglement du pouvoir israélien face aux alertes émises par les services de renseignements, car d'une part, Netanyahu faisait face à des manifestations contre la réforme judiciaire que son gouvernement proposait, alors qu'il était menacé d'une procédure judiciaire pour corruption; et d'autre part, le Hamas est l'allié objectif du pouvoir israélien car sa présence, notamment dans la bande de Gaza, permet d'éviter au Fatah d'être puissant et d'empêcher in fine la création d'un État palestinien.
40.000 ou 186.000 morts?
Résultat, un bombardement quotidien de la bande de Gaza s'opère depuis un an, avec un bilan minimal de 40.000 morts et de 10.000 disparus. Ces chiffres, en provenance des autorités de Gaza, donc du Hamas, sont régulièrement critiqués dans la grande presse, qui relaie la propagande israélienne sans sourciller soit dit en passant. Mais ce bilan pourrait être bien pire, en réalité. La revue médicale The Lancet avait publié un article début juillet estimant que ce bilan pourrait monter à 186.000 morts, voire davantage, dans la bande de Gaza depuis le 8 octobre 2023. Il faut dire que les destructions menées par l'armée israélienne prennent des proportions supérieures aux bombardements des Alliés sur des villes comme Dresde, Cologne ou Hambourg à la fin de la Seconde guerre mondiale. Et par conséquent, nombre de Palestinien(ne)s demeurent sous les décombres, tout particulièrement des enfants, qui sont particulièrement exposés à se prendre une bombe israélienne au-dessus de leur tête. Mais aussi des otages qui peuvent être ainsi tués par ceux qui sont sensés les sauver des griffes du Hamas.
En plus de ces chiffres, qui donnent le tournis pour bien des esprits sensibles à la situation au Moyen-Orient - mais indifférents aux millions de morts dans l'Est du Congo-Zaïre, martyrisé depuis plusieurs décennies -, les images d'exactions de soldats de Tsahal d'une part, et des conditions de survie des gazaouis d'autre part, sur les réseaux sociaux, offrent une contradiction totale avec les discours relayés par la grande presse. Encore faut-il que les réseaux sociaux, aux mains d'affairistes tels Mark Zuckerberg (Facebook) ou Elon Musk (X, ex-Twitter), ne se mettent pas à censurer via leurs algorithmes. Donc, vigilance.
Moyen-Orient en feu
Et comme il fait l'objet de procédures internationales pour crimes contre l'humanité, voire génocide, le gouvernement israélien met un contre-feu en... mettant le feu dans le reste du Moyen-Orient. Et tout particulièrement le Liban en bombardant les zones sous le contrôle du Hezbollah, milice soutenue par l'Iran, semant des milliers de morts civils pour tuer quelques dirigeants de ce mouvement, ces dernières semaines. Cette montée dans l'escalade sanguinaire, vue comme une provocation envers l'Iran pour pousser ce dernier à répliquer et attaquer directement Israël, peut marcher vu que le régime iranien a porté sa réplique dans la nuit du 1er au 2 octobre (cf lien n°1). Autant se poser la question, est-ce que les deux pays ont intérêt à se faire la guerre? Si on est résolument pacifiste, et fort naïf au demeurant, non car on sait que ce seront les civils qui en paieront le prix le plus fort. Mais si on est lucide, et par conséquent pessimiste, chacun des deux régimes a intérêt à faire cette guerre, pour des raisons de politique intérieure. Comme évoqué ci-haut, Netanyahu risque de se retrouver face à la justice pour des histoires de corruption, ainsi que pour sa gestion du 7 octobre 2023 et son incapacité à ramener tous les otages vivants, en cas de fin de la guerre. Côté iranien, le régime des mollahs, secoué depuis deux ans par des manifestations consécutives à la mort de Masha Amini après un contrôle de la police des mœurs, pourrait y voir une occasion en or de souder la population contre l'ennemi extérieur.
Cessez-le-feu
Et ce n'est pas étonnant de voir Netanyahu mobiliser l'Occident à sa cause dans cette perspective. Néanmoins, les opinions publiques occidentales sont fracturées depuis un an, ce qui rend les positions des dirigeants critiquables, de tous côtés. Il n'y a qu'à voir comment Emmanuel Macron a suscité l'ire du pouvoir israélien quand il a déclaré s'opposer à la livraison d'armes en Israël (cf liens n°2, n°3). Mais même au sein du camp présidentiel, on se met en désaccord comme le fait la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, qui reste dans la lignée du "soutien inconditionnel à l'État d'Israël" (cf lien n°4), quitte à ce que ce dernier soit vu comme un État génocidaire. Mais bon, est-ce si étonnant de voir une France soutenir des génocidaires dans son histoire contemporaine? Telle est la question.
En tout cas, il faudra bien qu'il y ait un cessez-le-feu. Et si ce n'est pas la politique qui l'organise, vu que l'Occident reste, malgré tout, au soutien d'Israël, au nom du poids de la responsabilité occidentale dans la Shoah, rendant toute critique du pouvoir israélien assimilable à de l'antisémitisme - SOS instrumentalisation, j'écoute?! -; l'économie s'en chargera à la place. Si certains observateurs parlent d'une résilience économique israélienne, tous constatent une dégradation des conditions économiques en Israël avec une aggravation du déficit public car d'une part, coupes budgétaires dans l'éducation, la santé, etc; d'autre part, refus de hausser les impôts sur le capital ou le revenu des plus riches, dans la lignée des politiques libérales observables ailleurs quand la droite et l'extrême-droite collaborent au pouvoir - coucou la France! - (cf lien n°5). Et donc, un scénario de récession se fait grossissant de jour en jour, notamment au niveau du produit intérieur brut par habitant, qui a chuté de 3% au premier trimestre 2024 (cf lien n°6). D'où une chute significative des importations, tant la demande intérieure, ponctionnée par l'envoi d'hommes et de femmes dans Tsahal, se contracte (cf lien n°7).
En vérité, plus la guerre s'allonge, plus l'économie israélienne aggravera sa récession. Et les affairistes israéliens;, à un moment donné, exigeront un cessez-le-feu auprès du gouvernement, qui est leur serviteur. En conclusion, la clé pour arriver à un cessez-le-feu viendra de l'isolement économique d'Israël. Il n'y a pas d'alternative!
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