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L'opportunisme français durant la Guerre de Sécession

Publié le par JoSeseSeko

L'opportunisme français durant la Guerre de Sécession

À l'heure où les États-Unis ressassent, pas forcément de manière officielle, la fin de la Guerre de Sécession, il est bon de rappeler que ce conflit ne laissa pas indifférent les puissances européennes, comptant ainsi profiter du manque de vigilance des Yankees sur le reste du continent américain.

Il y a 150 ans, la Guerre de Sécession se termina par la capitulation du généralissime confédéré Robert Lee à Appomattox, entérinant pour de bon l'abolition de l'esclavage que défendait le président Abraham Lincoln depuis son élection en 1860, et considérée officiellement comme le casus belli qui a mené au plus grand massacre d'États-uniens (620.000 morts). Néanmoins, derrière cette bataille morale se cachait une bataille économique et idéologique. Les bourgeois industriels du Nord voulaient s'accaparer les plantations et le reste des richesses de ceux du Sud, puis Lincoln défendait une ligne économique protectionniste alors que les sudistes étaient des libres-échangistes convaincus.

Une sensibilité sudiste en France

Toujours est-il que les pays européens, qui étaient déjà des partenaires commerciaux de premier plan pour les États-Unis en ce temps-là, sans vouloir les entuber avec un traité de libre-échange comme il est entrain d'être négocié en ce moment, suivaient les événements avec inquiétude puisque le blocus des ports rebelles par la marine yankee, les empêchait d'exporter et ils ne pouvaient plus importer du coton, si nécessaire pour l'industrie textile à Manchester où à Lille par exemple. Du coup, un penchant pour Dixieland s'affiche discrètement. On prête à l’empereur Napoléon III la phrase suivante : « Si le Nord est victorieux, j’en serais heureux mais si c’est le Sud qui l’emporte, j’en serais enchanté. » Sous-entendu, le Sud doit tenir car il serait plus profitable de commercer avec Jefferson Davis et les notables confédérés favorables au libre-échange, plutôt que de voir la victoire de Lincoln, le protectionniste. Mais il ne faut pas que ce soit officiel car ce serait défendre Richmond, qui est composée d'esclavagistes, de négrophobes - même si c'est habituel de ce côté-là en France, avec Napoléon Ier qui rétablit l'esclavage en 1802 quand Robespierre, Saint-Just et les autres Jacobins l'avaient aboli en 1794 -, puis ce serait refroidir les relations diplomatiques avec Washington, au cas où l'Union gagnerait, ce qui fut le cas.

Par ailleurs, plusieurs milliers de français combattirent dans les deux camps, mais davantage dans les troupes sudistes, pour une raison simple. La Confédération compta dans ses rangs la Louisiane, une ancienne colonie française, alors majoritairement peuplée de francophones installés depuis le 18ème siècle, d’anciens colons Acadiens déportés par les Anglais avant la guerre de Sept ans et depuis appelés les Cadiens (ou Cajuns en anglais), ou des esclavagistes réfugiés de Saint-Domingue une fois que l’île devint indépendante sous le nom d’Haïti, en 1804. Mais avec la défaite, la population francophone devint minoritaire, à tel point que jusque dans les années 1960, le français fut interdit d’enseignement en Louisiane. Depuis, avec le CODOFIL, le français retrouve peu à peu sa place dans l’État de Louisiane, notamment dans l’enseignement.

Violation de la "doctrine Monroe"

Mais surtout, la France de Napoléon III profita de la guerre civile entre « Billy Yank » et « Johnny Reb » pour mener une guerre impérialiste au Mexique, avec l’expédition du maréchal François Bazaine, violant ainsi la doctrine Monroe. Cette doctrine, pratiquée par le président États-unien James Monroe au début du XIXe siècle, peut se résumer ainsi : « Je ne me mêle pas des histoires européennes si les européens ne touchent pas au continent américain, qui est ma chasse gardée. » Évidemment, c'est gênant pour les politiciens et les hommes d'affaires du "vieux continent", qui entendent bien influencer sur le continent, et concurrencer les États-Unis en mettant des hommes dociles à l'Europe au pouvoir. Cette expédition au Mexique commença fin 1861, en plein début de la guerre civile entre l'Union et Dixieland.

Ça tournait à l'avantage des français, avec les sièges victorieux de Puebla et d'Oaxaca, l'Empire mexicain fut proclamé, avec Maximilien de Habsbourg à sa tête, les partisans du président Benito Juárez refoulés presque jusqu'à la frontière états-unienne (la ville de Ciduad Juárez fut ainsi baptisée vu qu'elle servit de base arrière pour les résistants républicains) mais comme la guerre de Sécession se termina, les USA fournirent du matériel et certains soldats luttèrent aux côtés de Benito Juárez et des républicains mexicains contre les français, renversant ainsi la situation et poussant Bazaine et ses troupes à retourner en Europe fin 1866-début 1867. Et ce, d'autant plus que la Prusse montait en puissance, inquiétant Napoléon III.

Petite anecdote: le général nordiste Philip Sheridan fut parmi les observateurs internationaux de la guerre franco-prussienne de 1870 jusqu'au début de la Commune de Paris (mars-mai 1871). Il ne cacha pas son plaisir de voir les français humiliés par les prussiens, vu le comportement des premiers au Mexique. En conclusion, entre Paris et Washington, c'est "je t'aime, moi non plus".

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