Les thermidoriens du PS

Publié le par JoSeseSeko

Les thermidoriens du PS

Jean-Christophe Cambadélis dans la peau de Joseph Fouché, Manuel Valls dans celle de Jean-Lambert Tallien, c'est ce que défendent, avec brio, deux universitaires dans un article publié dans le journal Le Monde.

Je regardais tranquillement le fil d'actualité que j'ai personnalité ce matin, et je pensais à un article que j'ai lu dans le quotidien Le Monde la veille, vendredi 10 avril, qui est une tribune de deux professeurs à l'Université Paris Est. Les auteurs définissaient le Parti socialiste actuel, comme "la gauche Canal+", une formule excellente pour le coup, mais surtout, faisaient remonter la filiation historique du président François Hollande, du Premier ministre Manuel Valls et d'autres cadres socialistes vers la réaction thermidorienne. Et des thermidoriens, il y en a à la pelle (Fouché, Paul Barras, Lazare Carnot, François-Antoine de Boissy d'Anglas, Tallien, Bertrand Barère, Jean-Marie Collot-d'Herbois, etc.).

Le sociétal au-dessus du social

Quand on parle des thermidoriens, il faut parler du 9 Thermidor an II (27 juillet 1794). Késaco, si certains d'entre vous ne le savent pas? C'est un Coup d'État fomenté par une large coalition de politiciens contre Maximilien Robespierre, Louis-Antoine de Saint-Just, et leurs amis jacobins. Certains d'entre eux, comme Barère, Collot-d'Herbois ou Carnot étaient leurs collègues au sein du Comité de Salut public, qui appliqua la politique de la Terreur, et se dédouanèrent de toute responsabilité durant cette période pour rejeter la faute sur l'Incorruptible et ses partisans. Et ce, d'autant plus que l'accent social de Robespierre et Saint-Just les effrayait au plus haut point, d'où la suppression du club des Jacobins le 22 brumaire an III (12 novembre 1794).

D'ailleurs, nombre d'actions sociales prises durant la Terreur, comme l'établissement du Maximum, la suppression de l'agiotage, la suppression des fournisseurs militaires ont été liquidés par les thermidoriens. Il aurait finalement manqué, dans cette politique antisociale de ces gens-là, le rétablissement de l'esclavage, aboli en février 1794. Mais ce sera fait plus tard (20 mai 1802), par Napoléon Bonaparte, qui prit la suite des thermidoriens en brumaire an VIII (novembre 1799). Sinon, pour masquer cette politique, les thermidoriens avaient une action anticléricale, poursuivant volontiers la pensée des "philosophes" des Lumières, notamment Voltaire, qui est leur véritable maître à penser, et il faut dire que l'Église leur facilitait la vie objectivement puisqu'elle soutenait les royalistes, qui étaient encore véhéments à cette époque. Néanmoins, ces gouvernants tenaient à ce que la religion reste prédominante car à l'époque, 80 à 90% de la population paysanne et ouvrière française était croyante à fond. Donc aliénable, manipulable, à merci, pour tenir tranquille les pauvres et qu'ils ne pensent pas à améliorer leur sort (ce que Karl Marx appela au XIXe siècle avec raison "l'opium du peuple").

Une gauche "prolophobe"

Avec ce genre de programme, il ne faut pas s'étonner que la gauche soit mise à mort. Mais Hollande, Valls, Cambadélis, comme Barras, Tallien ou Fouché en leur temps, font tout pour tenir en respect la canaille dont ils ont une peur bleue. Du temps des thermidoriens, les prolos étaient mitraillés, comme lors de l'émeute du 12 germinal an III (1er avril 1795), où les sans-culottes parisiens, criant "Du pain et la Constitution de l'an I (1793)", furent massacrés par l'armée, commandée par le général Jean-Charles Pichegru. De nos jours, ce sont les délocalisations d'entreprises qui tuent les ouvriers, les envoyant à la case "Pôle emploi", pour une durée indéterminée. L'accent sociétal du PS a pris les devants avec le mariage pour tous, qui a traîné en longueur, avec la complicité de l'opposition, à son insu bien évidement. Par conséquent, les prolos ne tiennent plus tellement à voter, rappelant que le vote est devenu un "cens caché", ou bien votent Front national.

Des intellectuels bien-pensants au pinacle

Par contre, il y a un élément que les universitaires n'ont pas évoqué dans leur tribune, c'est le positionnement d'intellectuels "de gauche", qui se disent contre le pouvoir actuel et son orientation sociale-libérale, mais qui en sont de facto ses meilleurs alliés. Prenez le "philosophe" Michel Onfray. Il se revendique libertaire, il égratigne Valls, mais en fait, c'est le meilleur esprit bien-pensant car il prend les costumes du révolté et joue ainsi ce rôle. Pour appuyer cela, je prends ses propos sur Robespierre. Il considère que c'est le pire dans la Révolution française, avec Saint-Just, et il ne cesse de le répéter, comme tous les "honnêtes gens" nous le rabâchent depuis 220 ans. D'ailleurs, c'est au sujet de Robespierre que Onfray refuse désormais de soutenir le Front de gauche car Jean-Luc Mélenchon, durant sa campagne présidentielle de 2012, a remis en avant l'Incorruptible et l'Archange de la Révolution parce qu'il estime (à juste titre) que leur action sociale est dévalorisée et qu'on les imagine - de manière mensongère -, comme des découpeurs de tête. Si Onfray était un intellectuel critique, mal-pensant, il défendrait Robespierre et Saint-Just face à une légende noire qui est servie comme histoire officielle par les thermidoriens, dont il fait partie au bout du compte.

Comme l'écrivit la philosophe Simone Weil (1909-1943) dans l'Enracinement, publié à titre posthume: "par la nature des choses, les documents émanent des puissants, des vainqueurs. Ainsi l'histoire n'est pas autre chose qu'une compilation des dépositions faites par les assassins relativement à leurs victimes et à eux-mêmes." Ou bien, dans une formule retravaillée par l'écrivain Albert Camus, un de ses amis: "L'histoire officielle consiste à croire des meurtriers sur parole."

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