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L'AKP mis en minorité

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters/ Murad Sezer

Photo: Reuters/ Murad Sezer

Bien qu'il ait 259 députés, le parti conservateur AKP du président Recep Tayyip Erdogan, n'a plus de majorité pour la première fois depuis 2002. La gauche radicale turque (HDP) entre en force au Parlement.

Voilà une surprise dont voulait bien se passer Erdogan. L'ancien Premier ministre turc, depuis président de la République, vient de connaître une victoire à la Pyrrhus aux élections législatives. Une première depuis 2002, année où son parti, le Parti pour la justice et le développement (Adalet ve Kalkınma Partisi - AKP, droite), gagna pour la première fois les élections législatives, avec une majorité absolue.

Réforme constitutionnelle à oublier

La première des conséquences pour le président Erdogan est l'impossibilité d'envisager une réforme constitutionnelle. En effet, le président souhaite depuis plusieurs années transformer la République turque, qui fonctionne actuellement avec un Parlement puissant, avec une nouvelle Constitution qui renforcerait le pouvoir exécutif, en particulier celui du président. Un peu à l'instar des États-Unis et de la France par exemple.

Pour cela, il lui fallait la majorité des 2/3 du Parlement (367 sièges sur 550), ce qui est loin d'être le cas, vu que l'AKP élirait 259 députés, et qu'il reste quand même la première force politique du pays, avec 41% des votes pour lui. Mais qui n'est pas De Gaulle qui veut! En tout cas, c'est loin d'être une défaite pour Erdogan, contrairement à ce que titrent certains journaux français, trompant ainsi les lecteurs et renforçant la schizophrénie ambiante autour de la presse. Ça aurait été une défaite si les partis de gauche turcs étaient passés devant le parti islamo-conservateur.

La gauche radicale turque présente

D'ailleurs, la gauche turque, qui n'est pas la grande gagnante de ces législatives, s'est tout de même considérablement renforcée au Parlement. Le Parti républicain du peuple (Cumhuriyet Halk Partisi - CHP, centre-gauche), ancien parti unique fondé par Mustafa Kemal, le fondateur de la République turque en 1923, fait pourtant grise mine car il a perdu 3 sièges, passant de 135 à 132 députés.

Mais la gauche radicale fait une entrée en force dans la Grande Assemblée nationale turque avec le Parti démocratique des peuples (Halkların Demokratik Partisi - HDP), considéré par plusieurs observateurs politiques comme le "SYRIZA turc". Ce parti a récolté plus de 12% des voix et 79 députés, bien au-dessus des 10% nécessaires pour avoir des députés, notamment dans l'Est du pays car le HDP est estimé comme le parti pro-kurde, et l'électorat kurde (20% de la population turque) s'est massivement mobilisé pour envoyer des députés de gauche radicale, envoyant un message clair à Erdogan sur sa politique à l'égard des kurdes, au sein de la Turquie ou en-dehors.

Cherche allié désespérément

Vu les résultats des urnes, un gouvernement de coalition s'impose. Différents schémas sont à prévoir.

  1. L'AKP s'allie avec le Parti d'action nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi - MHP) et ses 81 députés, formant ainsi une majorité de 339 parlementaires. C'est le scénario le plus plausible puisqu'il s'agirait d'une alliance entre les partis les plus à droite de l'échiquier politique turc présent au Parlement.
  2. Une grande coalition entre le CHP, le MHP et le HDP qui permettrait une majorité de 292 députés. C'est déjà plus resserré et cela semble être un scénario de science-fiction, avec des nationalistes, des sociaux-démocrates et des socialistes travaillant ensemble. Mais il se trouve que le MHP serait attaché à la laïcité, en commun avec le CHP et le HDP, par rapport à un AKP qui aimerait rendre caduque ce positionnement neutre de l'État envers la religion.

Bref, l'heure des tractations a sonné.

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