Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une presse aux multiples facettes

Publié le par JoSeseSeko

Une presse aux multiples facettes

La presse est interrogée sur son avenir, un avenir qui fournit autant d'espoirs que de catastrophes, selon les différentes branches de ce secteur économique particulier, elles-mêmes suivant différents modèles et face à une demande qui semble aller à toute vitesse.

Ce vendredi 10 juillet, le journal Politis organisa à Paris un débat au sujet de la presse, vu qu'elle y a consacré un hors-série intitulé "Où va la presse?", en kiosques depuis quelques semaines. Une question assez basique mais les éléments de réponse sont variables, pouvant aiguiser des personnes curieuses, comme moi et d'autres.

Une presse concentrée?

Quand on utilise le mot presse, on fait (indirectement) référence à la presse papier. Ce qui frappe certaines choses dans la presse d'aujourd'hui, en France comme ailleurs, c'est que les journaux intéressent des investisseurs, comme le trio Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse, possédant les journaux Le Monde et l'Obs, l'homme d'affaires Patrick Drahi qui a racheté Libération et L'Express, Bernard Arnault, qui a racheté Le Parisien, sachant qu'il possède par ailleurs le journal Les Échos, ou encore Vincent Bolloré, premier actionnaire du groupe Canal+, proprio du journal gratuit Direct Matin. C'est signe que la presse papier a encore de l'attention pour certaines personnes, de même que des journaux papier ont récemment vu le jour, tels Society, lancé par le groupe So Press de Franck Annese (So Foot, So Film, etc.), ou Le 1, lancé par Éric Fottorino, ancien directeur de publication du Monde.

Néanmoins, il y a des alternatives à la récupération de titres de presse par des gens d'affaires, dont la conception du journal peut fortement s'éloigner de sa ligne éditoriale, et pousser à des départs. La principale alternative est la mise en place de coopératives, selon l'économiste Julia Cagé, spécialisée dans l'économie des médias et faisant partie des intervenants du soir (la seule femme d'ailleurs, soit dit en passant). L'exemple le plus connu est celui d'Alternatives Économiques, qui est organisé en société coopérative depuis ses débuts (1980) montre une certaine solidité. Cependant, ces dernières années ne sont guère une réussite pour ce journal, qui a récemment lancé un appel aux dons. Autre alternative prisée, le crowfunding (financement participatif). Ce moyen de financement permet aux lecteurs de venir en aide ou de permettre le lancement d'un journal. Par exemple, les journaux Nice-Matin et Terra eco se sont maintenus à flot grâce au crowfunding, ou le futur journal en ligne Les Jours, fondé par des anciens de Libération (dont Nicolas Cori, un autre intervenant au débat), a établi une partie de son financement de départ par les personnes ayant décidé de financer ce nouveau venu de la presse web.

De multiples mutations

La presse papier est particulièrement plongée dans une crise profonde et qui "n'est pas nouvelle", comme le rappelle Mme Cagé. Souvent, il est admis de dire qu'Internet a renforcé la crise de la presse papier, mais pourtant, ce qui s'observe aussi, c'est que "le numérique compense la baisse du papier", pour citer le journaliste Cyril Petit, rédacteur en chef des éditions au Journal du Dimanche (JDD), notamment du fait que la mutation vers le numérique s'est mise en marche ces dernières années, où la presse quotidienne nationale a pris une longueur d'avance sur les autres types de presse (presse magazine, presse quotidienne régionale, etc.). Finalement, Internet, c'est à la fois le bourreau et l'ange gardien de la presse, qui fait entrer ce secteur dans une ère de "chaos créatif" pour les jeunes journalistes, selon Arnaud Mercier, autre intervenant - professeur en communication, en webjournalisme -, qui n'est pas sans rappeler l'idée de destruction créatrice, chère à l'économiste autrichien Joseph Aloïs Schumpeter.

La principale mutation de la presse (en général), est dans son rapport au temps. Avec les réseaux sociaux (Twitter, Facebook), il y a une poussée à écrire rapidement, à appuyer sur l'accélérateur, à écrire le plus possible (bâtonnage de dépêches). Ce rapport quantitativiste, allié à la recherche de la célérité, peut détériorer la qualité de l'écriture journalistique et mettre au banc la question de la ligne éditoriale. Or, pour un journal comme Politis (mais il n'est pas le seul), il y a une identité forte, une singularité à "cultiver" selon Denis Sieffert, directeur de la publication de l'hebdomadaire, sachant que Politis (comme d'autres) tend à se transformer en bi-média (papier et web). Et ce serait ainsi que le contenu journalistique retrouverait de l'importance, alors qu'actuellement, ça semble être interchangeable, surtout sur les réseaux sociaux, où l'info est bombardée massivement. Mais cela n'empêche pas l'info inscrite dans le temps long d'exister. Mr Mercier cite l'exemple de O Globo au Brésil. Ce journal produit des articles inscrits dans le temps long qui rencontre un succès auprès des lecteurs en ligne.

Internet, vecteur de démocratisation?

À travers les réseaux sociaux ou les blogs, le web a donné un espace de démocratisation plein et entier, pouvant jouer un rôle vertueux dans la vie politique. Un exemple célèbre au niveau français est celui d'Étienne Chouard et de son blog. Ce professeur d'économie et de droit avait décortiqué dans le détail le Traité constitutionnel européen soumis au référendum en 2005, afin d'indiquer pourquoi il fallait voter "Non", et les électeurs lui avaient donné raison (comme à d'autres tenants du "Non") il y a 10 ans. Le web mène à un rapport plus direct dans la vie démocratique des pays (développés ou en développement).

Néanmoins, la toile n'est pas si décentralisée. Mme Cagé souligne quant à elle que l'info en ligne n'est pas forcément démocratique, estimant que le niveau de concentration des journaux en ligne est supérieur à celui dans la presse papier. Ce qui n'est pas sans rappeler, selon moi pour le coup, une certaine schizophrénie du côté du lectorat, qui a tendance à se plaindre de la grande presse papier mais dont elle consulte davantage les sites en ligne que des sites de journaux plus alternatifs, dirons-nous.

Diversité, ça attendra

Ce débat, qui était d'un grand intérêt, a des défauts. En particulier un manque de diversité. Une seule femme parmi les participants alors que l'auditoire était plutôt moitié masculin-moitié féminin. Et surtout, pas de jeune parmi les intervenants. C'est ce qui nous a gêné, mes amis et moi-même, durant la soirée. Et ce d'autant plus que l'un des intervenants a ressorti le cliché habituel comme quoi ce serait la faute des jeunes si la presse papier se meurt à petit feu, car ils ne lisent plus de journaux papier.

Or, c'est une inexactitude que je veux illustrer par un exemple imparfait. Durant mes années universitaires, on pouvait tomber à l'accueil de la fac sur les quotidiens et du coup, je pouvais (comme d'autres étudiants) lire Le Monde, Libé, l'Équipe, Les Échos, Le Figaro, La Croix, etc. à l'université ou dans le transport. Cet exemple est imparfait dans la mesure où c'est la fac qui a payé pour distribuer en son sein ces journaux. Mais cela montre que les jeunes lisent encore la presse papier. D'ailleurs, dans le hors-série de Politis sur ce sujet, il y a des témoignages de jeunes lecteurs, français, allemands, états-uniens, qui montrent qu'ils diversifient leur mode de lecture, sans enterrer le papier. Il aurait pu être intéressant d'inviter des jeunes (journalistes ou non) à débattre auprès des autres invités pour éclaircir certains points ou tordre le cou à certaines idées reçues.

En tout cas, chers lecteurs, je vous conseille de revoir ce débat via le lien ci-dessous et en complément d'acheter et lire le hors-série "Où va la presse" de Politis.

Commenter cet article