La main tendue d'Athènes vers ses créanciers

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Reuters / Vincent Kessler

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Afin d'être en mesure d'obtenir un accord sur un nouveau prêt de la part des institutions européennes et des partenaires européens, la Grèce pourrait renoncer à une restructuration de sa dette publique, selon le quotidien espagnol El País.

L'heure H approche à grand pas! C'est en ce jeudi 9 juillet que la Grèce, par la voix de son Premier ministre, Aléxis Tsípras, doit annoncer ses intentions en matière de politique économique, en faisant en sorte qu'elles soient convaincantes aux yeux des autres pays membres de la zone euro pour trouver un accord sur un prêt, ce qui n'a pas été évident à trouver en juin dernier, provoquant le référendum du 5 juillet et la victoire du "Non", et par conséquent, une relance dans les négociations.

Prêt sur trois ans vs réformes

Fort de ce "Non" dont il était le principal partisan, Tsípras cherche à se montrer pourtant conciliant avec les pays européens, notamment l'Allemagne, qui tient une ligne dure face à la Grèce, encore plus depuis les élections de janvier dernier, ayant porté au pouvoir Syriza et son leader. Alors qu'il voulait un prêt de la part du Mécanisme européen de stabilité sur deux ans, Tsípras consentirait maintenant à ce qu'il soit sur trois ans, donc jusqu'en 2018.

En échange, il s'engagerait à opérer plusieurs réformes. En premier lieu, une réforme fiscale, élargissant le nombre de personnes soumises à l'impôt sur le revenu, telles les armateurs ou l'Église orthodoxe grecque, largement exemptés de ce prélèvement obligatoire. En outre, le Premier ministre grec pourrait faire un autre geste de bonne volonté envers les créanciers d'Athènes en réformant les retraites, en particulier sur l'allongement de la durée ainsi que sur le montant versé aux retraités grecs.

Renoncement à la restructuration de la dette

Mais selon El País, la grande concession de Tsípras auprès des partenaires européens serait le renoncement de la part d'Athènes à vouloir une restructuration de sa dette publique. Actuellement de 177% du Produit intérieur brut (PIB), elle était encore à 126% du PIB fin 2009, d'après les données d'Eurostat. Ce serait un recul assez important de la part du Premier ministre grec car la restructuration de la dette grecque était l'un des principaux axes ayant permis son élection, en début d'année.

Et pourtant, cette idée de restructuration de la dette est défendue par des économistes (les "prix Nobel d'économie" Joe Stiglitz et Paul Krugman, les économistes James K. Galbraith et Thomas Piketty par exemple), mais aussi par... le Fonds monétaire international (FMI). Christine Largarde, directrice du FMI, a déclaré au siège de l'institution basée à Washington:

  • "Une restructuration de la dette (...) est selon nous nécessaire dans le cas de la Grèce afin qu'elle ait une dette viable"

Cette déclaration paraît surprenante car Athènes n'a pas déboursé le montant qu'elle devait au FMI le 30 juin dernier (1,6 milliard d'euros), étant de facto en défaut de paiement envers cette institution internationale. Puis surtout, elle s'inscrit en opposition avec l'Allemagne. La chancelière Angela Merkel, ainsi que son ministre des Finances, Wolfgang Schaüble, ne veulent en aucun cas renégocier la dette publique grecque, dont Berlin en détient une partie. Et c'est compréhensible car la dette publique, au fond, c'est une redistribution à l'envers car ce sont les plus riches qui détiennent ces titres et perçoivent ainsi les intérêts qui vont avec.

Le scénario du Grexit

Si jamais un accord n'est pas trouvé ce jeudi, ou le dimanche 12 juillet, le scénario de la sortie de la Grèce de la zone euro (appelé "Grexit" chez les anglo-saxons, jeu de mots cynique associant Greece et exit) sera plus que jamais crédible. Il est soutenu en France par la droite (ex-UMP s'appelant mensongèrement "Les républicains"), qui considère que le Grexit permettrait à la zone euro d'être crédible.

Or, les traités européens n'ont pas l'air d'avoir prévu ce cas de figure alors qu'ils autorisent un pays membre de l'Union européenne de s'en aller s'il le souhaite. La Grèce est pourtant attachée à la zone euro. Donc, s'il y a Grexit, la zone euro sera moins crédible car elle préférera abandonner un partenaire plutôt que de se montrer solidaire. Puis selon certains économistes interrogés par le quotidien français Le Monde, un Grexit coûterait plus cher qu'un maintien de la Grèce dans la zone euro. En particulier pour les États. Enfin, c'est un mauvais signal envoyé auprès des populations européennes, déjà très critiques envers la technocratie appliquée depuis Bruxelles, et un effet domino ne serait pas à exclure car il y a une profonde envie d'en finir avec cette UE sous influence allemande (selon certains) qui impose une politique d'austérité (malgré des résistances) sur l'ensemble de la communauté économique, dont le principal résultat est que l'économie européenne n'a pas retrouvé son niveau d'avant-crise de 2008 alors que les États-Unis, pays d'où est partie cette dite crise, a dépassé son niveau de 2008 depuis quelques temps.

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