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Appel tardif du PS pour les réfugiés

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Jacques Demarthon/AFP

Photo: Jacques Demarthon/AFP

En dépit de la volonté désormais affichée par les cadres du Parti socialiste, se tournant vers la société civile, le principal camp de la majorité présidentielle glisse des aveux d'un manque d'initiative de sa part, source de soupçon de récupération des morts de la Méditerranée.

Il y avait du monde au Cirque d'Hiver à Paris, mardi 8 septembre, que ce soit des cadres du Parti socialiste (PS), avec une arrivée en retard et en fanfare de Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale et tête de liste socialiste pour la région Île-de-France pour les élections de décembre prochain, ou des artistes (Virginie Ledoyen, Jane Birkin). À l'invitation de membres du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) de mon département, je suis allé voir le meeting qu'organisa le PS en faveur des réfugiés, en me demandant s'il y aurait des choses intéressantes à dire sur le fond de l'histoire. Et finalement, cela m'a bien intéressé, sous bien des aspects, y compris sous un angle critique.

Déclarations humanistes

Commençons déjà par le côté classique du meeting. Des déclarations qui font appel à l'humanisme, dont le PS s'en veut l'un des héritiers, en accueillant des réfugiés, au nom de la "solidarité". "Un rendez-vous avec la dignité, nos valeurs" déclare Anne Hidalgo, maire de Paris. Cette dernière rappelant, dans une logique de bon sens (à destination de la droite et de l'extrême droite) que les exilés actuels ne quittent pas leur pays "de gaieté de cœur".

Puis, bien sûr, les cadres du PS ne se sont pas gênés de rappeler qu'ils ont lancé un réseau de villes solidaires, à l'initiative du premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, et de l'ancien maire de Toulouse (Haute-Garonne), Pierre Cohen, contrairement au Front national qui indique que les maires issus de ses rangs n'accueilleraient aucun exilé, et de ne pas chercher à faire des distinctions entre les réfugiés, comme du côté de l'ex-UMP, où le maire de Roanne a déclaré que seulement les "réfugiés chrétiens" seraient les bienvenus dans sa commune. Comme si un seul "opium du peuple" serait dangereux mais pas les autres! Quelle bonne blague!

Passage aux aveux

Au fil des témoignages de réfugiés, dont une syrienne (Diana), fille de militants communistes syriens - ce qui est assez cocasse de la part du PS -, il faut rajouter le fait que "les immigrés ont aidé à l'enrichissement de la France", selon la députée-maire de Denain (Nord), Anne-Lise Dufour-Tonini. Ce qui est assez vrai, avec notamment l'immigration espagnole, portugaise ou italienne durant le XXe siècle, surtout durant l'après-guerre, entretenant une dynamique économique largement positive, prouvant l'attrait de la France auprès d'autres peuples. Cela reste le cas aujourd'hui pour plusieurs syriens, en parlant de "raffinement du français" (renvoi à un certain élitisme de la langue de Molière), et au-delà, avoir une "Europe à la hauteur des espoirs qu'elle incarne dans le monde", selon Laura Slimani, présidente du MJS.

Mais il y a quand même des aveux qui ont l'air de n'avoir pas été repris par la presse, et qui sont pourtant importants. Celui d'Hidalgo par exemple. Le premier édile de la capitale française avoue que "la position d'Angela Merkel a fait bouger l'Europe." Ce qui signifie combien l'Allemagne domine l'Union européenne dans tous les domaines, et que la France, sous la présidence de François Hollande tout comme sous Nicolas Sarkozy, est au second plan, en suiveur mais pas à l'initiative. Et même, ça fournit du grain à moudre pour l'extrême-droite avec des phrases assez maladroites. François Pupponi, maire de Sarcelles (Val-d'Oise), déclare à la tribune:

  • "Entre ceux qui frôlent la mort et ceux qui ont un besoin légitime de logement, le choix politique est fait et nous l'assumons!"

Il vaut mieux l'assumer, en effet, mais il aurait été judicieux d'indiquer que l'urgence de la situation fait que faire balader les réfugiés à tout de champ n'est pas une solution viable. En tout cas, ce genre de propos est loin de pouvoir rassurer celles et ceux qui ont l'image d'une invasion, telle que la propagande conservatrice et nationaliste la propage ces derniers temps

"Honte au PS!"

Mais la palme de l'hypocrisie macabre revient au premier secrétaire, Cambadélis. Lui, que j'ai dépeint comme un thermidorien (mais il n'est pas le seul), commença son discours en mode Hollande candidat en 2012. C'est-à-dire par l'anaphore. Mais au lieu de "Moi président", c'est: "Ils marchent". Par la suite, il se lança dans un oxymore hideux en parlant d'"horribles et magnifiques photos", au sujet d'Aylan Kurdi, l'enfant symbole du drame des réfugiés depuis près d'une semaine. Le député de Paris appela ensuite à "mettre fin à ces guerres", à faire des "actions contre les passeurs", en écho à Hidalgo, qui appela à "combattre les causes" de l'arrivée des réfugiés. Cela est de la pure hypocrisie car vouloir stopper les guerres, en particulier en Syrie, et combattre les causes, c'est pousser à voir au bout du compte, ce sont les pays développés, dont la France, qui ont poussé à cette tragédie par leur néocolonialisme forcené et dont il ne peuvent pas s'en séparer, car ces gouvernements sont au service de la classe possédante, à qui ce système sanguinaire et des alliés de circonstance (les passeurs + l'organisation "État islamique") génère des revenus juteux.

Il n'empêche, ce meeting ne s'est pas déroulé sur un long fleuve tranquille. Quelques personnes, issues de la société civile, ont pointé du doigt les incohérences du PS, notamment à Paris, à travers le slogan suivant:

  • "500 migrants sous le pont d'Austerlitz, que fait le Parti socialiste?"

Je ne pouvais pas être sourd car elles étaient juste au-dessus de moi et des membres du MJS qui m'ont invité. Un moment quelque burlesque mais court, vu que ces personnes ont été sorties manu militari du Cirque d'Hiver. En tout cas, je rejoins bien leur cri final: "Honte au PS!" Ce PS qui joue sur les sentiments, se contente d'agir dans l'urgence et à la surface, mais ne veut pas remettre en cause l'ordre établi (impérialiste) car il y a trouvé son compte, depuis les années 80 et les deux septennats de François Mitterrand.

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