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Une photo n'a pas fait changer (hélas) une politique

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AFP

Photo: AFP

La photo du cadavre d'Aylan Kurdi, un enfant Syrien âgé de trois ans, faisant la une dans la presse occidentale, incite les dirigeants européens à réagir au sujet des réfugiés. Mais le problème ne sera pas réglé, en raison des contradiction de ces dits pays, à l'origine de cette vague migratoire.

"Une image vaut mille mots". Cette phrase, attribuée au philosophe Chinois Confucius, revient en boucle suite à la diffusion de la photo ci-dessus chez certains esprits. Bien qu'elle soit explicite, cela reste court. Il faut la compléter par autre chose: "La plus grande partie de nos concitoyens est réduite par l’indigence, suprême degré d’abaissement où l’homme uniquement occupé de survivre est incapable de réfléchir aux causes de sa misère et aux droits que la nature lui a donné." Ce tract de Maximilien Robespierre datant de 1788, à la veille des États généraux, trouve un certain écho par rapport à l'actualité sur les réfugiés - que les mass media appellent "migrants" - étant donné qu'ils cherchent à survivre avant de se demander pourquoi cette situation misérable et qui serait coupable.

Une photo pour la conscience...

La photo ci-dessus est celle qui a fait le tour du monde (sauf en France, exception culturelle oblige! ^^), jeudi 3 septembre, prise sur une plage de Bodrum en Turquie, démontrant le corps sans vie d'un enfant, Aylan Kurdi, fuyant avec sa famille la ville de Kobané, en Syrie, pour l'Occident, en particulier le Canada, via la Grèce et les autres pays de l'Union européenne. Elle résume combien les réfugiés sont prêts à s'exposer à la mort sur les rives de la Méditerranée, qui devient au fil des mois un cimetière maritime de sinistre ampleur, où des familles fuient la guerre, la misère, sans pouvoir réfléchir sur les causes, mais dans le mince espoir de repartir sur des bases saines, au prix d'un exil qui est surtout un déchirement pour ces personnes attachées à leur terre, mais dont les conditions de vie devenaient impossibles à supporter.

Le mérite de cette photo, quand bien même elle joue sur l'émotion, c'est qu'elle oblige à une réaction des dirigeants européens et à une prise de conscience pour une opinion publique européenne qui se montrerait de plus en plus hostile aux immigrés. L'exemple le plus frappant vient d'Allemagne, avec des familles qui accueillent des réfugiés passés par la Hongrie ou les supporters des différents clubs de Bundesliga inscrivant dans les stades le weekend du 29 août le message suivant: "refugees welcome" (bienvenue aux réfugiés).

... qui ne changera rien (hélas)

Problème, les personnes qui croient que la simple vue de cette photo permettrait d'envisager des solutions au problème de la migration vers l'Occident auraient droit à la palme d'or de la naïveté politique, de l'inconscience enfermée dans un "humanisme pour les nuls" et d'une ignorance complète de l'histoire. Depuis que la photographie a été inventée (XIXe siècle), elle a vite réalisé le rôle de témoin de l'horreur, sans pouvoir empêcher la frénésie de la violence, de l'inhumanité.

Vous allez penser que je suis fataliste, chers lecteurs, mais "celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" (Karl Marx). En voici plusieurs preuves: les photographies de Mathew Brady, considéré comme le premier photo-reporter de guerre, durant la Guerre de Sécession, notamment les photos de cadavres de soldats unionistes ou confédérés à Antietam (septembre 1862) ou à Gettysburg (juillet 1863) par exemple, n'ont pas empêché cette guerre civile de continuer jusqu'en avril 1865. De même que les photos de poilus morts ou complètement exténués à Verdun, à la Somme n'ont pas fait stopper la guerre de 14-18, ni l'esprit de revanche allemand en 39-45. Les photos et même vidéos des survivants d'Hiroshima et Nagasaki exposés aux radiations nucléaires en août 1945 n'ont pas fait sourciller les États-uniens et d'autres (Russes, Britanniques, Français, etc.) dans leurs recherches sur la bombe atomique. Ou encore la photo d'une vietnamienne exposée au napalm n'a pas suffi pour faire cesser la guerre du Viêt Nam.

Hypocrisie cynique des leaders européens

Toujours est-il que les réactions des dirigeants européens font preuve d'un cynisme sans vergogne. Et bien sûr, la France n'y échappe pas, que ce soit par le Premier ministre Manuel Valls ou la garde des Sceaux Christiane Taubira:

 

Une telle récupération d'un enfant mort est juste écœurante. Mais cela n'est rien par rapport au statut quo qui se profile. Quoique je me trompe car la Hongrie de l'ultraconservateur Viktor Orban fait la fermeture de ses frontières un axe majeur au sujet de la migration, en dépit de l'idée de "quotas", lancée par la chancelière Allemande Angela Merkel et le président Français François Hollande. Et une Nadine Morano croit en la solution militaire, or c'est ça qui a foutu le bordel actuel.

Tout ça, ça concerne l'aval, mais en amont, qu'en est-il? Rien. Pourquoi? Parce que parmi les "causes de la misère" des réfugiés, figure la politique néocoloniale de l'Occident. Et quand j'entends un Philippe Douste-Blazy sur une émission télé dire que c'est d'abord la corruption dans les pays d'origine qui pousse les gens au départ, c'est vouloir masquer la responsabilité des pays développés. Certains diront, gavés de catéchisme bien-pensant, que les anciennes colonies, en Afrique ou au Moyen-Orient, sont des États indépendants et qu'il y a pourtant de la croissance. Mais c'est qu'ils oublient ou ne cherchent pas à comprendre quelque chose d'important: ces dites indépendances sont fictives, et que les structures économiques et sociales ne sont pas la propriété d'entreprises privées locales ou de gouvernements locaux, mais des firmes multinationales occidentales plus quelques firmes émergentes commes les sociétés Chinoises. À partir de là, ça pousse structurellement à l'émigration, qui est quand même celle des meilleurs membres du corps social local (fuite des cerveaux). Mais en plus, les pays développés ont eu la fâcheuse habitude ces 10 dernières années à vouloir se battre dans des pays (Libye, Syrie) où les dirigeants étaient des larbins devenus témoins gênants des méfaits du néocolonialisme occidental et qu'ils servaient de tampons face à une immigration qui va en croissant. Et comme ces dits dirigeants sont soit morts, soit mis en difficulté en raison des sautes d'humeurs des pays développés, le retour de bâton pour ces derniers est terrible car ils ne peuvent plus se dédouaner sur la question migratoire. Le proverbe "qui sème le vent récolte la tempête" trouve tout son sens.

Pour terminer ce billet très sombre sur une note d'espoir, je citerai volontiers cette phrase du philosophe et homme politique Italien Antonio Gramsci: "Je suis pessimiste par l'intelligence mais optimiste par la volonté". Et j'ai cette volonté, naïve sans doute, de croire que l'opinion publique européenne, notamment française, a pris conscience que réfugiés ou non, nous sommes des êtres humains logés sur un même bateau et qu'il n'y a pas 36 solutions: on vit ensemble, on meurt ensemble!

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