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Le coup de balai de Corbyn contre les blairistes

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Stefan Rousseau

Photo: Stefan Rousseau

Jeremy Corbyn, symbole de l'aile gauche du Parti travailliste, a été élu chef du parti d'opposition dès le premier tour. Une victoire retentissante face aux candidats revendiquant l'héritage droitiste de Tony Blair depuis le milieu des années 1990.

Un vent de renouveau souffle pour une gauche aux abois depuis la volte-face d'Alexis Tsípras en Grèce. Et une fois n'est pas coutume, il provient du Royaume-Uni! En ce samedi 12 septembre pluvieux sur l'Ouest de la France, y compris dans la région parisienne où j'habite et en pleine fête de l'Humanité (vous comprenez pourquoi je publie seulement le 13, chers lecteurs), voici un rayon de soleil annoncé, avec l'élection de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste. Ce député, membre de l'aile gauche du parti, a gagné dès le premier tour, avec 59,5% des voix des militants travaillistes.

Bascule à gauche

Le moins que l'on puisse, c'est que cette élection redistribue les cartes dans la vie politique britannique. Pour la première fois depuis plus de 20 ans, le Labour va établir une orientation politique à gauche, marquant l'échec patent de la droitisation du parti, malgré les périodes gouvernements de Tony Blair (1997-2007) et Gordon Brown (2007-2010), sachant que le parti avait initié la vague social-libérale sur le reste de l'Europe, avec un Parti social-démocrate allemand tellement imprégné qu'il en devint plus exigent que les conservateurs au sujet de la Grèce en juillet dernier par exemple, ou un Parti socialiste qui faisait mine de revendiquer le socialisme mais dont l'aile gauche est invitée à se barrer.

C'est un retour du balancier et l'élection de Corbyn, terrassant les autres candidats, représentant le New Labour, montre combien l'aile droite du parti travailliste, pâle copie des conservateurs, s'est lourdement trompée dans son analyse sur la déculottée du parti lors des élections législatives du 7 mai dernier, avec pour symbole, l'Écosse qui vota pour les indépendantistes du Parti national écossais (SNP) alors que c'était auparavant un bastion travailliste. Et Corbyn, dont les idées se tournent sur un combat contre la politique d'austérité dans son pays et dans le reste de l'Europe, ainsi qu'une réorientation de la politique économique (nationalisations, refonte de la fiscalité) en faveur de la classe prolétarienne car malgré un taux de chômage faible, le Royaume-Uni génère une pauvreté accrue dans sa population, n'est pas compétitif et devient de moins en moins productif, un comble!

Entre salutation et rage

Toujours est-il que cette victoire de Corbyn suscite de nombreuses réactions, y compris pour les non-britanniques. Du côté de la gauche radicale, c'est vivement salué, que ce soit par Pablo Iglesias, fondateur du parti espagnol Podemos, Nicola Sturgeon, meneuse du SNP, ou Gerry Addams, leader du parti irlandais et nord-irlandais Sinn Féin, pour qui cet événement pourrait fournir une dynamique positive. En France, Clémentine Autain, dirigeante d'Ensemble!, troisième composante principale du Front de gauche (derrière le Parti communiste et le Parti de gauche) et Éric Coquerel, numéro 1 du Parti de gauche, ont glissé un mot au sujet de cette élection, tandis que Pierre Laurent, secrétaire national du PC a préféré s'en réjouir lors du JT de 13h de Claire Chazal sur TF1.

 

D'un autre côté, plusieurs éditorialistes ne se sont pas cachés dans leur aigreur suite à la connaissance des résultats, comme François Lenglet dans Le Point, parlant de "faux-monneyeur" dans son éditorial du 12 septembre, ou des experts britanniques interrogés par le quotidien Le Monde estimant que Corbyn ferait le jeu des Tories de David Cameron, actuel Premier ministre. Cela était déjà bien étayée dans la grande presse durant la campagne interne (cf lien ci-dessous). Toujours est-il que Corbyn s'est fait un nom et qu'il ne laisse pas indifférent, dans son pays comme ailleurs. Mais le plus dur commence pour le meneur de l'opposition, vu les menaces de défection de l'aile droite du parti et la rage de Blair, pour qui la victoire de Corbyn résonne comme l'Apocalypse.

Good luck, Mr Corbyn!

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