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Un Portugal champion de manière rigoureuse

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Francisco Leong/AFP

Photo: Francisco Leong/AFP

La victoire du Portugal face à la France, en finale de l'Euro 2016, laisse le goût d'un froid réalisme, voire d'un hold-up, de la part des coéquipiers de Cristiano Ronaldo. Elle conclut en tout cas un Euro qui se montre contrasté par rapport aux promesses affichées.

Pour gagner au football, c'est relativement simple. Il faut être décisif dans les deux surfaces de réparation, i.e avoir un attaquant redoutable devant le but adverse et un gardien qui fait office d'ultime rempart infranchissable. À défaut d'avoir rempli la première condition, le Portugal a parfaitement répondu au deuxième critère, avec le gardien Rui Patricio, qui a écœuré les attaquants français, lors de la finale au stade de France, dimanche 10 juillet, en attendant que l'attaque portugaise trouve la faille, avec Éder, durant la deuxième mi-temps de la prolongation. Seul un but a suffi pour doucher les espoirs des coéquipiers d'Antoine Griezmann, pourtant bien dominateurs durant la rencontre.

Portugal 2016 < Grèce 2004

Jouer de manière ennuyeuse, moche, diront certains observateurs avisés du ballon rond, peut mener à un réalisme chirurgical et impardonnable pour les adversaires ayant croisé la route du Portugal, qui gagne son premier titre international. Cette manière de gagner a poussé à faire l'analogie avec la Grèce de 2004, devenant championne d'Europe en finale aux dépens... du Portugal, alors pays hôte de la compétition. Une certaine revanche pour Ronaldo, qui n'avait pas gagné sur ses terres à l'époque, face à une équipe grecque qui montrait une solidité, une solidarité à toute épreuve, avec un fond de jeu faible, basé sur une défense de fer.

Néanmoins, des divergences existent entre le Portugal 2016 et la Grèce 2004, renforçant l'exploit des joueurs grecs. Les qualités individuelles étaient bien plus faibles en Grèce qu'au Portugal et pourtant, les Grecs ont réussi à gagner la plupart de leurs matchs, dont la finale, dans le temps réglementaire, tandis que le Portugal n'a jamais triomphé sur 90 minutes lors de cet Euro 2016 - sauf lors de la demi-finale contre le Pays de Galles -, devant s'arracher en prolongation ou aux tirs au but pour y arriver. Néanmoins, le Portugal a le mérite de former un groupe qui ne lâche rien, pouvant faire le dos rond et lancer une pique décisive.

Fins de série

L'un des aspects les plus surprenants de cet Euro fut l'application de fins de série sur plusieurs matchs. En l'occurrence, l'Allemagne qui parvient, pour la première fois en compétition officielle , d'éliminer l'Italie dans un match comme un quart de finale - même si ce fut après une longue séance de tirs au but -; la France qui bat son voisin d'outre-Rhin en demi-finale, mettant fin à 58 ans de disette pour les bleus face à la mannschaft; enfin, le Portugal met également fin à plusieurs décennies de défaites face à la France, durant cette finale.

Célébrations contrastées

Bien entendu, la victoire du Portugal fait énormément plaisir à ses citoyens, qui se donnent un moment de joie après plusieurs vagues d'austérité appliquées depuis 2011 et que le gouvernement de gauche, issu des élections d'octobre 2015, doit faire face aux injonctions de la Commission européenne. Mais c'est les Français d'origine portugaise (environ 1,5 millions) qui sont également en joie, sans que l'extrême-droite française, ou des éditorialistes ayant pignon sur rue, ne les taxe de communautarisme. Peut-être parce qu'ils sont européens, "blancs", ce dont certains font bien de remarquer sur les réseaux sociaux.

On verra bien si durant la prochaine Coupe du monde de football en Russie, si la France se qualifie, il y aurait des accusations de communautarisme au cas où la France se ferait battre par l'Algérie, le Cameroun, la Côte d'Ivoire ou une autre de ses anciennes colonies, avec des Français originaires de ces pays.

La victoire du Portugal a une portée politique, saluée par des bords extrêmes. Sur l'extrême-gauche "non blanche", où l'antiracisme politique est une pierre angulaire, la défaite française est un soulagement car elle craignait que le pouvoir exécutif en fasse une récupération pour continuer une politique volontiers répressive, que cette partie de l'extrême-gauche définit comme "racisme institutionnel". En outre, ça n'oublie pas le traitement réservé à Karim Benzema, dont le rôle dans une histoire de mœurs l'a empêché d'être sélectionné, malgré la présomption d'innocence. Dans le même temps, l'extrême-droite suprémaciste blanche a félicité le Portugal, avec le directeur de Radio Courtoisie qui s'était fendu du tweet suivant (supprimé depuis):

  • "Ce soir, c'est la victoire de la race blanche"

Preuve en est de son imbécilité congénitale puisque le buteur portugais, Éder, est un Afro-descendant. Tout comme ses coéquipiers Renato Sanches, Nani, Danilo, William Carvalho ou João Mário.

D'ailleurs, cette négrophobie s'est bien manifestée sur les réseaux sociaux, en particulier à l'encontre du buteur de la finale. En voici un exemple gratiné.

Pas de récupération politique

En vérité, le grand perdant dans cette finale est François Hollande. Le président de la République, plus impopulaire que jamais, comptait bien sur une victoire des bleus, à l'instar de Jacques Chirac en 1998, pour redorer son blason, à l'approche de l'élection présidentielle de 2017. Le destin en a décidé autrement.

Et ce, à l'heure où le contexte social reste tendu, avec l'opposition au projet de loi travail, un peu mise en sommeil par l'Euro 2016, mais qui reste présente. Le recours à l'article 49.3 par le Premier ministre Manuel Valls en ulcère plus d'un, d'autant plus qu'aucune motion de censure n'a été déposée à l'Assemblée nationale, mercredi 6 juillet. En bref, tout est prêt pour que le Parti socialiste au pouvoir se prenne une branlée historique en 2017, sanctionné par les citoyens qui l'accusent - à juste titre - de pratiquer la politique du pire.

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