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Une gauche majoritaire qui ne va pas gouverner au Portugal?

Publié le par JoSeseSeko

Photo: AP/Armando Franca

Photo: AP/Armando Franca

Les élections au Portugal donnent la coalition gouvernementale austéritaire en tête, mais celle-ci perd la majorité absolue qu'elle avait en 2011. La gauche portugaise, majoritaire mais divisée, sera-t-elle en mesure de gouverner ou bien le Parti socialiste portugais formera-t-il une grande coalition avec la droite?

Les résultats de l'élection législative au Portugal, dimanche 4 octobre, démontrent une complexité pour la composition du futur gouvernement. En effet, la coalition "Portugal à frente" (Portugal, en avant), regroupant les sociaux-démocrates (en fait, les libéraux du PPD/PSD) du Premier ministre Pedro Passos Coelho et les conservateurs (CDS-PP), sort en tête, avec 38,3% des voix. Bien qu'il manque 4 sièges à pourvoir, la coalition gouvernementale aura au maximum 108 sièges sur les 230 de l'Assemblée de la République.

Une défaite relative de l'austérité

Vu comme ça, cela semble être une défaite de l'austérité puisque la coalition gouvernementale au pouvoir avait suivi les injonctions des partenaires européens, à savoir une politique de coupes budgétaires drastiques et une libéralisations tous azimuts. Et quelques jours auparavant, ça pensait que les résultats électoraux ne seraient guère inquiétants pour les tenants de l'orthodoxie économique en Europe, notamment anglo-saxons, qui incluaient le Portugal parmi les PIGS (Portugal, Ireland, Greece, Spain), ces pays avec une lourde dette publique à faire épurer par une thérapie de choc.

Quand même, c'est un revers de moindre ampleur que la Grèce, au début de l'année, avant que Syriza et le Premier ministre Alexis Tsípras ne rentrent dans le rang, mais un revers. En 2011, le PPS/PSD et le CDS-PP totalisaient 50,4% des voix et 129 sièges sur 230. 4 ans plus tard, 12 points de voix de perdus et au mieux 21 sièges en moins. Cela n'est pas à prendre à la légère pour les tenants de l'austérité!

Une gauche disparate

Au vu des résultats officiels, c'est la gauche portugaise qui est majoritaire. Si on combine les voix et les sièges réservés au Parti socialiste portugais (PS), à la coalition démocratique unitaire (CDU) qui regroupe le Parti communiste portugais (PCP) et les Verts (PEV) - un exemple à suivre pour le Front de gauche et Europe écologie-les Verts en France peut-être? - ainsi que la formation d'extrême gauche le Bloc de gauche (BE) et un petit parti, le Parti pour les animaux (PAN), cet ensemble obtient 52,3% des voix et 122 députés minimum. Ça confirme combien la gauche est majoritaire au Portugal.

Mais, ces différentes formations voudront-elles se mettre d'accord pour former un gouvernement? Pas sûr. Le PS, malgré un discours contre l'austérité tenu jusqu'au tournant du mémorandum accepté par la Grèce, pourrait mal se voir former un gouvernement avec les communistes et écologistes d'une part, puis l'extrême gauche d'autre part. Ces deux blocs pouvant être réservés sur l'euro, et il y a de quoi. En outre, le PS voulait dépasser à lui seul la coalition et a échoué sur ce point, bien qu'il ait gagné 12 sièges par rapport à 2011. Mais c'est la gauche du PS qui a également gagné du terrain. La CDU a réussi à élire un député de plus issu de ses rangs en 4 ans, mais surtout, le BE est devenu la troisième force politique à l'Assemblée de la République, avec désormais 19 députés, contre 8 en 2011. En tout cas, cette nouvelle portugaise va donner du baume au cœur à une gauche radicale qui en a bien besoin, notamment en Espagne puisque Podemos et Izquierda unida (gauche unie) comptent bien convaincre des électeurs pour les législatives de novembre-décembre prochain.

Une opinion qui boude

Mais le grand vainqueur, dimanche soir, a été l'abstention. En effet, l'abstention s'est élevée à un peu plus de 43%, alors qu'en 2011, elle était à un peu plus de 41%. C'est signe que les électeurs boudent les urnes, s'estiment ne pas écoutés par les élus et que le vote tend de plus en plus, partout en Europe, à être un "cens caché". En outre, nombre de jeunes portugais qui ont fait des études, ont émigré à l'étranger. Principalement dans les anciennes colonies portugaises (Brésil, Angola).

Puis, c'est le résultat de la politique d'austérité, car si ça semble faire croire que la croissance repart et que le chômage se résorbe, les inégalités se sont creusés dans le pays sur les quatre dernières années, d'où une volonté de ne pas vouloir voter ou d'indiquer un vote pour la gauche radicale (CDU ou BE), qui est à un niveau record pour elle.

Quel gouvernement?

Maintenant, la question qui se pose est la suivante: quel gouvernement sera à la tête du Portugal? Les résultats montrent pour le moins une division des électeurs portugais et plusieurs scénarios sont à envisager:

  1. Une coalition de gauche au pouvoir, à dominante PS. C'est le plus logique car l'ensemble de la gauche portugaise est majoritaire. Néanmoins, cela suscite une ligne contre l'austérité et voir-même contre l'euro actuel, et ça n'est pas dit que le PS le souhaite. Pourtant, ça pourrait faire un allié utile pour la Grèce de Tsípras, qui en manquait cruellement.
  2. Une grande coalition entre le centre-droit, la droite et le PS. Pour le coup, ça ferait 189 députés minimum. Mais le PS irait-il dans le gouvernement, ou se contenterait seulement de le soutenir à l'Assemblée? Ce serait un sacré retournement de veste en raison du discours anti-austérité tenu durant une bonne partie de la campagne électorale. Enfin, après tout, rien n'est impossible.
  3. Un gouvernement minoritaire. En fait, ce serait la coalition gouvernementale austéritaire qui resterait telle quelle au pouvoir, quitte à être mise en minorité par l'Assemblée. Ça arrangerait bien les affaires des pays membres de l'Union européenne tels l'Allemagne, la Suède, la Finlande, etc.

Bref, ça pourrait être un casse-tête, la formation du futur gouvernement portugais.

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