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L'impunité policière envers les minorités se paie un jour

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Benjamin CREMEL/AFP

Photo: Benjamin CREMEL/AFP

Avec les multiples manifestations et rassemblements consécutifs à la mort d'un Chinois, il y a une semaine, l'image de la France en ressort écornée dans l'ex-empire du Milieu, qui entend sanctionner à sa manière le racisme institutionnel de la police française. Et bon nombre de dirigeants africains devraient suivre ça de près.

Le 26 mars dernier, Liu Shaoyao, un ressortissant chinois de 56 ans vivant en France avec sa famille depuis plusieurs années - ses quatre enfants étant nés en France -, est retrouvé mort dans son appartement du 19e arrondissement de Paris, suite à une intervention de la police. La version des forces de l'ordre est que le défunt menaçait la vie d'un policier de la Brigade anti-criminalité, opérant sur les lieux, et qu'il s'agirait de légitime défense. Une version contestée par la famille de la victime, notamment les quatre enfants, qui étaient retenus dans une pièce avoisinante lors du décès de leur père.

Des clichés brisés

Depuis une semaine, les manifestations et rassemblements en hommage à cette victime de violence policière se multiplient, notamment à Paris, à proximité du commissariat du 19e arrondissement, avec des manifestants issus de la diaspora chinoise qui souhaitent la vérité et la justice pour Liu Shaoyao, n'hésitent pas à traiter les policiers d'assassins et pour certains jeunes, affichent une volonté d'en découdre, organisés comme les milieux autonomes qui se sont exprimés lors des manifestations contre la loi travail au printemps 2016.

Ce qui brise volontiers un cliché très présent en France à l'égard de la communauté chinoise - et de la communauté asiatique en général -. À savoir celui où les Chinois seraient des personnes humbles, baissant la tête, ne cherchant pas à manifester et ne montrant pas une vive hostilité à l'égard du pouvoir, des forces de l'ordre. Et du coup, ça se permet de faire des moqueries racistes envers cette communauté car ce serait sans conséquence. Que nenni! Non seulement la diaspora chinoise remue, mais elle remontée envers la police. Le tweet suivant, durant le rassemblement place de la République, dimanche 2 avril, illustre cette situation:

Et comme ce sont des personnes qui manifestent, pour beaucoup, pour la première fois, elles envoient des bouteilles en plastique, des pots de fleurs, des fleurs envers les flics, sauf quelques autonomes chinois qui projettent des bouteilles en verre. Et comme ce sont des manifestants inexpérimentés dans ce genre de situation, ils détallent comme des lapins à la moindre (petite) charge des CRS. Mais l'idée que la diaspora chinoise manifeste comme le font des Français d'origine maghrébine ou d'Afrique subsaharienne, ça surprend les mass media et le dénigrement tend à s'opérer. En premier lieu, la version de la famille face à la version policière, en dépit de l'enquête de l'IGPN, qui peut, comme dans le cadre de l'affaire Théo Luhaka, minorer la gravité du fait.

Tension diplomatique et économique

Mais les choses semblent prendre une autre tournure, pour une raison bien simple. C'est que la mort de Liu Shaoyao a fait du bruit en Chine et que Pékin entend bien ne pas laisser ce crime impuni. Et de par son influence économique (2e puissance mondiale, juste derrière les États-Unis), l'ex-empire du Milieu compte faire pression sur la France pour régler cette histoire au plus vite car plus l'impression d'impunité est présente dans les esprits, plus la tension diplomatique sera forte entre Paris et Pékin. Une tension diplomatique doublée d'une tension économique, avec un appel des autorités chinoises à la méfiance en allant en France, ainsi qu'une vague anti-française croissante en Chine. Des signaux pour réduire le nombre de touristes chinois dans l'Hexagone. Une nouvelle épée de Damoclès pour un secteur frappé de plein fouet par les attentats de 2015, ayant à peine pu combler les pertes l'an dernier en raison des manifs contre la loi travail - parait-il - et malgré l'organisation de l'Euro 2016 en France. En tout cas, ça tombe à moins d'un mois de l'élection présidentielle française, déjà fort tendue et fort imprévisible.

Exemple à suivre?

La réaction de la part de la Chine montre combien les diasporas des pays africains et maghrébins sont déconsidérées par leur pays d'origine. Un des exemples les plus pathétiques est la République Démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), avec le viol de Théo Luhaka en février dernier. Vu que Luhaka est d'origine congo-zaïroise par ses parents, le pouvoir central à Kinshasa aurait pu également demander des comptes et faire pression sur Paris pour éclaircir cette histoire. Mais il n'en est rien car le pays le plus peuplé de la francophonie, comme d'autres pays d'Afrique francophone, affiche une dépendance politique, économique - dans une moindre mesure -, à l'égard des pays occidentaux, dont la France, plus les problèmes de politique intérieure inhérents à ces pays francophones. On pourrait ajouter la corruption, mais ce phénomène est présent partout dans le monde, y compris en Chine, qu'il ne peut pas être significatif dans l'absence de revendication de justice. Par voie de conséquence, les diasporas présentes en France se montrent moins actives et sont inaudibles dans l'espace public, illustrant une indifférence générale. Or, "l'indifférence, c'est la haine doublée du mensonge" (Ernst Hello).

Toujours est-il que les réactions de la diaspora chinoise, ainsi que des autorités centrales, devraient faire réfléchir certains afro-descendants et ressortissants d'Afrique francophone à l'avenir, pour suivre cet exemple.

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