Quand une fusillade nourrit la suspicion de masse

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Flickr/Sylvain.R

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La fusillade commise dans la soirée du 11 décembre, dans le centre-ville de Strasbourg, faisant au moins trois morts et 12 blessés, dont huit dans un état grave. Un événement qui suscite l'émoi et le trouble, dans un contexte de tension sociale avec les gilets jaunes et certains d'entre eux alimentent des thèses complotistes envers le gouvernement, l'accusant de vouloir casser le mouvement. En tout cas, un nouveau virage sécuritaire est à anticiper.

À l'heure où j'écris ces lignes (mercredi 12 décembre), il est pour l'instant question de trois morts et 12 blessés suite à la fusillade dans le centre-ville de Strasbourg, vers 20h, mardi 11 décembre. Les témoignages pleuvent au sujet de ce moment d'une dizaine de minutes et sur le tireur, blessé par des militaires de l'opération Sentinelle patrouillant dans le secteur (cf lien n°1). Selon certaines sources, le suspect s'appellerait Chérif C., un strasbourgeois de 29 ans, fiché S depuis 2016, au passé de délinquant multirécidiviste en France, mais aussi en Allemagne et en Suisse - la frontière étant toute proche -, qu'il se serait radicalisé durant un de ses passages en prison, mais selon les Dernières nouvelles d'Alsace (cf lien n°2), cette radicalisation vers le terrorisme islamiste n'aurait pas eu lieu en Allemagne, car les autorités outre-Rhin ne relèvent pas de casier judiciaire sur ce point. D'après le Figaro (cf lien n°3), le matin de la fusillade, le suspect devait être arrêté par des gendarmes car recherché pour une affaire de braquage avec tentative d'homicide par lui et des complices, en vain. Mais les enquêteurs ont pu trouver à son domicile une grenade, une arme à feu chargée, quatre couteaux. Et pour l'instant, le suspect court toujours.

Des gilets jaunes complotistes

Aussitôt que la nouvelle de la fusillade s'est répandue, notamment sur les réseaux sociaux, les réactions pleuvent. Et tout particulièrement celles des gilets jaunes, mouvement de contestation sociale qui a pris de l'ampleur depuis le 17 novembre, au point de faire reculer le gouvernement en annulant la hausse de la taxation sur les carburants; puis de pousser le président Emmanuel Macron à utiliser de la poudre de perlimpinpin pour faire miroiter des mesures soi-disant favorables au pouvoir d'achat (hausse de 100 euros du Smic; défiscalisation et désocialisation des heures supplémentaires; annulation hausse de la CSG pour revenus à moins de 2.000 euros par mois) dans son allocution télévisuelle, lundi 10 décembre, 24h avant la fusillade.

Et la teneur des messages est vue comme complotiste, accusant le gouvernement d'avoir comploté avec cette fusillade sur Strasbourg. Et par voie de conséquence, semer la peur de l'attentat terroriste pour empêcher la manifestation nationale du 15 décembre, afin de prouver qu'ils n'ont pas été convaincus par les réponses apportées par le locataire de l'Élysée (cf lien n°4).

Discréditer les gilets jaunes

Ces propos aboutissent, quelque part, à discréditer les gilets jaunes, qui jouissent jusqu'à présent d'un soutien majoritaire au sein de la population, si on accorde crédit aux multiples sondages lancés sur eux ces dernières semaines. Et le gouvernement y voit une occasion pour tirer à boulets rouges sur les gilets jaunes, les jugeant comme "ignobles" face à la tournure de l'événement, ou appelant à l'arrêt du mouvement, comme l'indique Le Parisien, citant Nicole Belloubet, ministre de la Justice.

Mais les mass media appuient sur le champignon pour lancer des accusations sournoises à l'égard des manifestants en soutien aux gilets jaunes. Justement, le quotidien Le Parisien (cf lien n°5) affirme que les CRS normalement mobilisés pour protéger le marché de Noël de Strasbourg "ont été déplacés sur les manifs de lycéens" qui se déroulèrent le même jour, sur l'ensemble de l'hexagone. Sous-entendu: s'il y a eu cette fusillade, c'est la faute des lycéen(ne)s qui ont manifesté. De quoi encore plus marquer la déconnexion entre la presse et les citoyens, les premiers se distanciant trop au niveau social des seconds pour observer et juger, selon la journaliste Anne Nivat, interrogée par Le Média; ou bien le mépris de classe qui s'opère envers les gilets jaunes et qui est remarqué sur les réseaux sociaux.

Ensuite, le gouvernement est quand même responsable de cette situation par son incapacité à sécuriser le pays, puis en instillant des accusations de fragilisation envers les gilets jaunes. Pour preuve, dès le 20 novembre, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a brandi la menace accrue d'attentat en France à cause de la mobilisation des gilets jaunes (cf lien n°6). Puis, ces gilets jaunes, ils affichent quand même une certaine lucidité. Ils ont en mémoire qu'après les attaques du 13 novembre 2015 à Paris, l'État d'urgence fut instauré par le président François Hollande (et certains flics le demandent de nouveau ces derniers temps). Sous un motif de défense nationale, il servit d'instrument de défense sociale puisque les manifestations écologistes prévues par rapport à la COP21 qui s'était déroulée à Paris, et que les principales personnes perquisitionnées dans le cadre de l'État d'urgence ont été des militants écologistes et des syndicalistes en grande majorité. Et très rarement des personnes suspectées d'activité terroriste.

À croire que les leçons du passé ne sont pas apprises de toute façon...

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