Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mélenchon a le vent en poupe

Publié le par JoSeseSeko

Photo: Anne-Christine Poujoulat/AFP

Photo: Anne-Christine Poujoulat/AFP

La dynamique en faveur de Jean-Luc Mélenchon rend de plus en plus crédible l'idée de sa présence au second tour, ou du moins, d'être troisième à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle. Le fruit d'une stratégie de rassemblement qui connait encore quelques écueils.

S'il y a un des 11 candidats officiels à l'élection présidentielle qui semble surfer sur une bonne vague, c'est bien Jean-Luc Mélenchon. Depuis la fin mars, le candidat de la France insoumise verrait des intentions de vote s'accroître autour de lui, notamment aux détriment de Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste lâché par les apparatchiks qui font la cour à Emmanuel Macron, candidat du mouvement En marche. Mais cette dynamique est surtout manifeste depuis les deux débats télévisuels, où il a su tirer son épingle du jeu avec son talent oratoire incomparable au sein de la classe politique française actuelle, même s'il s'est fait voler la vedette par Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste, lors du débat du mardi 4 avril.

Convaincre les abstentionnistes

La stratégie de Mélenchon est simple. C'est convaincre les électeurs en la faisabilité de son projet, et ce, quelque soit le profil. D'un côté, des électeurs traditionnellement socialistes, qui sont déboussolés de l'attitude de leur parti à l'égard de Hamon et tentés par un vote pour la France insoumise. D'ailleurs, le candidat PS envisagerait d'appeler à voter Mélenchon en cas d'échec au premier tour. De l'autre, les abstentionnistes, qui sont bien plus politisés que ce que les experts invités dans les mass media veulent bien faire croire pour ainsi incriminer leur comportement, mais qui se disent que le vote a un "cens caché" de nos jours.

Et ça marche! Les meetings du candidat à travers la France, comme celui sur le Vieux-Port de Marseille, dimanche 9 avril, attirent les foules; même quand il s'agit d'un hologramme comme ce fut le cas à Paris, le 5 février dernier. Ses passages télévisuels sont massivement suivis par les téléspectateurs. Son influence sur les réseaux sociaux s'est accrue, avec plus d'un million de followers sur Twitter et environ 850.000 personnes aimant sa page Facebook. Mais surtout, la chaîne Youtube du candidat, devenue depuis plusieurs mois la chaine politique la plus importante de France, voire du monde - plus de 275.000 abonnés, plus que le nombre d'abonnés des chaines Youtube d'Hillary Clinton et de Donald Trump réunies -, lui permet de faire véhiculer ses idées auprès des jeunes, qui sont parmi ceux qui s'abstiennent le plus de voter aux élections, le tout en adoptant des codes propres aux youtubeurs (incitations à s'abonner, à mettre des pouces bleus, présentation, ergonomie, liens en description de la vidéo, etc.). Signe qu'il s'adapte parfaitement aux nouvelles technologies, bien que certains observateurs veuillent rappeler son âge de 65 ans, faisant de lui l'un des plus anciens candidats à la présidentielle.

Prise en compte

Du coup, face à cette dynamique, qui fait que même des anarchistes laisseraient de côté leur principe de refus de voter pour aller glisser un bulletin Mélenchon dans l'urne, la prise en compte de Mélenchon s'opère. Dans les mass media tout d'abord, où depuis le weekend du 8 avril, le candidat de la FI serait troisième, dépassant de peu François Fillon, même si les sondages sont bien à prendre avec des pincettes. Et l'idée d'un scénario avec Mélenchon au second tour est de plus en plus simulée, notamment face à Marine Le Pen, candidate du Front national. Et dans cette optique, Mélenchon en sortirait vainqueur (cf lien n°1). Mais les médias ne sont pas les seuls à accorder une importance nouvelle à Mélenchon. Les marchés financiers en font de même, considérant qu'il y a un "risque Mélenchon", tout comme le "risque Le Pen" (cf lien n°2). Si la conséquence immédiate est un creusement de l'écart de taux d'intérêt à 10 ans des bons du Trésor français par rapport aux obligations publiques allemandes, ce serait causé par les mesures fiscales et le discours eurosceptique du candidat de la FI selon plusieurs experts financiers interrogés par le quotidien économique Les Échos. C'est un moyen de faire pression sur une éventuelle explosion de la dette publique française, qui génère une redistribution à l'envers par nature, et de vouloir empêcher le programme de la France insoumise, comme ce fut le cas pour Alexís Tsipras et son parti Syriza en 2015.

Zones d'ombre

La question qui se pose actuellement est la suivante: est-ce que Mélenchon peut concrétiser cette dynamique dans l'isoloir, grâce au programme de la FI, intitulé "l'Avenir en commun"? A priori oui, car ce programme électoral comporte une philosophie socialiste, écosocialiste même, avec une volonté de planification écologique afin de répartir vers le renouvelable la production d'électricité en France par exemple. Ou encore la volonté d'un passage à une VIe République, avec un renforcement du pouvoir législatif par rapport au pouvoir exécutif, préparée par une Constituante partiellement tirée au sort. Ce qui peut potentiellement attirer des citoyens qui défendent ce mode de désignation, issu de l'Antiquité grecque à Athènes, vu comme un exemple de démocratie.

Mais des zones d'ombre restent posées. Le fameux "plan A-plan B" semble séduisant sur le papier, mais ce plan B, qui inclut une sortie française de l'euro, de l'Union européenne, n'est activable que si les partenaires européens ne donneraient pas d'autres choix pour la France. En outre, l'idée du "plan A-plan B" est de vouloir "sauver l'Europe", comme l'indique Jacques Généreux, un des principaux conseillers économiques de Mélenchon, dans un débat face à Thomas Piketty, principal conseiller de Hamon, organisé par le journal Politis le 17 mars dernier. Ce qui peut pousser certains électeurs à vouloir suivre d'autres candidats, notamment François Asselineau, qui a fait du Frexit son cheval de bataille dans cette campagne présidentielle. Quant à la grève en Guyane, Mélenchon y exprime un intérêt lié à un chauvinisme qui irrite plus d'un dans la gauche radicale, affirmant que "la Guyane, c'est la France". Un peu comme un de ses maitres à penser, François Mitterrand, qui affirmait que "l'Algérie, c'est la France" quand il était ministre de l'Intérieur, en 1954. Et si on rajoute son envie de vouloir une "police républicaine" gommée de ses éléments racistes, il prend le risque de s'aliéner le prolétariat non-blanc vivant dans les banlieues, qui subit par habitude le racisme institutionnel de cette institution, et qui se demande si une justice existe vraiment quand il s'agit d'évoquer les violences policières ou les contrôles au faciès. Bref, un certain fraternalisme que dénonçait en son temps Aimé Césaire et qu'il faut avoir à l'esprit, pour ne pas se sentir floué après cette période électorale.

Commenter cet article