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Ne pas dire "vive la France" = blasphème pour le chauvinisme raciste

Publié le par JoSeseSeko

Capture d'écran

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Suite à une question provocatrice de la part des animateurs de l'émission "les Grandes gueules" sur RMC, Danièle Obono, députée de la France insoumise, n'a pas répondu immédiatement à l'injonction de dire "vive la France", provoquant ainsi un tollé dans les heures qui ont suivi. Or, pour la députée afro-descendante, dire "vive la France", ce serait omettre des pages obscures de l'histoire de France, que les Français blancs ignorent ou ne veulent pas en entendre parler car ce serait du passé.

Voilà une polémique comme les médias et les réseaux sociaux adorent en parler. Mercredi 21 juin, Danièle Obono, élue députée de la France insoumise dans la 17e circonscription de Paris le 18 juin dernier, a hésité à répondre à une question sur l'émission "les Grandes gueules" sur RMC. Mais peut-on parler d'une question? L'un des animateurs lui demandait si elle dirait "vive la France" au sein de l'hémicycle, vu qu'elle sera une représentante de la République française. Mais vu la tonalité de la question, ça ressemblait plus à une injonction, d'autant plus qu'il y a quelques années, Obono avait signé une pétition pour défendre le groupe Zone d'expression populaire dont la chanson "Nique la France" avait fait polémique en 2011, au point qu'il y eut un procès que le groupe de rap a gagné face à une association d'extrême-droite. Du coup, son silence a irrité une GG dont le nom lui va comme un gant (Blanc) qui a rappelé cette histoire, estimant que pour la députée, il serait plus facile de dire "Nique la France" que "vive la France".

Un nouveau blasphème

Du coup, le défouloir qu'offre les réseaux sociaux permet d'y aller envers Obono, d'autant plus que c'est une afro-descendante née à Libreville, au Gabon, donc fruit d'une histoire (néo)coloniale qui n'est toujours pas comprise, mais on y reviendra plus loin. En tout cas, bon nombre de personnes sur les réseaux sociaux sont également allées au soutien de la députée. Voici un collector des insultes et des soutiens sur Twitter par exemple:

Une nouvelle phase d'hystérie envers des Français non-blancs est donc amorcée, et maintenant, il faudrait obligatoirement dire "vive la France" car dans le cas contraire, ce serait du blasphème. un peu comme il fallait afficher le drapeau tricolore chez soi après les attaques du 13 novembre 2015. Bref, cette polémique est symbolique d'un racisme ordinaire qui s'est banalisé oklm en France, sans compter sa dimension institutionnelle car il est coutume de dire que les médias sont le 4e pouvoir, et par conséquent une institution de la République française. Après tout, sommerait-on à des députés blancs de dire "vive la France", même s'ils font pire, avec des détournements d'argent public? Que nenni! Donc, sommer Obono de prononcer cette phrase alors que d'autres y échapperaient, c'est de la malhonnêteté intellectuelle (cf liens n°1 et 2).

Un passé encore présent

Une fois encore, un regard sur le passé s'impose pour voir combien ce genre de polémique revient à travers un inconscient vivace, celui du complexe de supériorité des blancs sur les non-blancs. Ça s'étale sur plusieurs siècles, avec l'esclavage négrier et la colonisation. Sur l'esclavage négrier, d'aucuns tenteront de relativiser en raison de la traite faite par les Arabes durant le Moyen-Âge et que ce système était encore bien antérieur, incitant ainsi les afro-descendants à arrêter de se victimiser en permanence. Mais c'est nier la spécificité de l'esclavage négrier occidental car il a été constitutif de l'élaboration du capitalisme, étant donné que les plantations servaient de prototypes des usines modernes, avec une division du travail poussée à l'extrême pour rentabiliser cette structure économique (cf lien n°3). Quand bien même la France dut s'y prendre à deux fois pour abolir l'esclavage - rétablissement en 1802 par Napoleone Buonaparte (pardon, Napoléon Bonaparte) -, les traces de l'esclavage subsistent dans les départements d'Outre-Mer avec l'économie à 80-90% aux mains des descendants des colons du XVIIe siècle, surnommés les Békés, et où le commerce de l'exclusif se maintient quelque part, avec des produits locaux devant passer dans la métropole avant d'être vendus sur le territoire, bien plus cher. C'est un des motifs de la grève en Guyane, en mars-avril dernier.

La colonisation n'est guère une période plus reluisante, sachant qu'elle fut financée au niveau public (envoi de troupes armées) pour des intérêts privés d'exploitation du sol, du sous-sol et de la main-d'œuvre. Mais comme l'information était loin d'être massive sur ce sujet à l'époque, ça permit à la classe dominante d'empêcher toute union du prolétariat blanc et du prolétariat non-blanc dans une perspective internationaliste, en atténuant peu à peu le premier et en continuant d'écraser le second. Avec en outre une aide précieuse qu'est celle du stalinisme, qui développe le fraternalisme au sein du mouvement communiste, ce que dénonça Aimé Césaire en 1956. Et comme pour l'esclavage, les traces de la colonisation subsistent avec la Françafrique, le Franc CFA, ou encore la présence de firmes françaises (et occidentales) exploitant les richesses minières du continent africain comme l'uranium avec Areva ou le pétrole avec Total.

Vu ce tableau historique, il est difficile de dire "vive la France" sans être obligé d'être critique envers elle! Reste à savoir si la critique permet de construire un meilleur rapport à la citoyenneté ou pas.

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