Coming-out présidentiel qui peut faire des dégâts

Publié le par JoSeseSeko

Coming-out présidentiel qui peut faire des dégâts

Mardi 14 janvier, le président François Hollande a donné son grand oral à l'Élysée, devant un grand nombre de journalistes, français comme européens ou nord-américains. Alors que ces derniers espéraient pouvoir le questionner prioritairement sur sa vie privée et les photos publiées dans le magazine "people" Closer la semaine précédente, Hollande a botté en touche et les a emmené sur le terrain de l'économie. De sa part, c'est un coup très habile, et puis surtout, ça donne une occasion de voir (un peu) sa pensée économique.

Lui, qui candidat, déclarait avoir comme ennemi la finance, entendait renégocier la tendance libérale de l'Union Européenne pratique avec les différents traités signés depuis le traité de Maastricht (traité empoisonné pour l'UE depuis 1992 et sa ratification), se met à poil en indiquant son social-libéralisme, voire son libéralisme tout court, qui lui est chevillé au corps.Normal, quand on a été sensible aux idées d'un Jacques Delors, initiateur de la libéralisation de la construction européenne et acteur clé au moment de l'édification de l'euro. Pour montrer (enfin) sa nature, il aborde un train de mesures contenues dans son "Pacte de responsabilité" telles une baisse de 50 milliards d'euros des cotisations familiales payées par les entreprises, à l'horizon 2017, une diminution du nombre de régions, qui passeraient de 22 à 15, un nouveau crédit d'impôt à hauteur de 30 milliards d'euros, afin d'être plus efficace que l'actuel Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, qui souffre de certaines failles sur son allocation.

les "oppositions" en ordre dispersé

Mais en parlant ainsi, de manière assez nette, Hollande a fait d'une pierre, 3 coups politiques. Il fait en sorte que son parti, le Parti socialiste, déborde les partis centristes, le MODEM de François Bayrou et l'Union des démocrates indépendants de Jean-Louis Borloo, qui se doivent de soutenir dans ce cas le président, sinon ils seront hypocrites (comme d'habitude); le principal parti d'opposition de droite, l'Union pour un mouvement populaire, de Jean-François Copé, est du coup dans un dilemme entre le soutien à Hollande, ou un rejet hypocrite de cette politique, qui fut celle de l'ancien président Nicolas Sarkozy (UMP). Mais c'est à gauche que les dégâts pourraient être les plus importants. L'aile gauche du PS sera obligée d'avaler la couleuvre, voire un python entier, ou bien se barrer si elle ne veut pas se faire broyer par ce python qu'a lancé Hollande avec son discours. Les écologistes perdront des électeurs pour gagner des places et des revenus. Ensuite, le Front de Gauche se retrouvera en guerre de tranchées interne intensifiée, entre la logique du Parti communiste, de Pierre Laurent, cherchant à maintenir des élus à la place d'une cohérence politique, et le Parti de Gauche, de Jean-Luc Mélenchon et Martine Billard, adoptant la stratégie inverse, mais avec une prédominance du coprésident du parti qui fait grincer des dents. Qui du Nouveau parti anticapitaliste, de Lutte ouvrière ou du Front national saura capitaliser électoralement les déceptions? Tout porte à croire que le parti d'extrême-droite se montrera le plus habile. Même chez les économistes, comme Paul Krugman, ça doit être dur à digérer, renforçant un sentiment de complot à ses yeux; puis un Emmanuel Todd qui considérait Hollande comme un "Roosevelt révolutionnaire", il devra avaler la grosse couleuvre.

Hollande, héritier de Mitterrand?

Avec ce discours, Hollande est désormais considéré comme le nouveau Schröder, ce qui n'est pas sans rappeler les dangers qu'une telle référence peut apporter à son parti. Vu son discours et comme j'ai évoqué la filiation avec Delors, qui semble plus importante, au niveau politique et économique, que la filiation entre Delors et sa propre fille, Martine Aubry, il est bon de noter que le discours de Hollande résonne comme le "tournant de la rigueur" de 1983, durant le premier mandat de François Mitterrand. Même s'ils se ressemblent beaucoup, Hollande n'est pas proche de Mitterrand, au moins sur un point. La question de la vie privée. Là où Hollande se fait griller, à un tel point que les journaleux espéraient des détails sur cette histoire avec la comédienne Julie Gayet (pas moche du tout, soit dit en passant), en même pas 2 ans de mandat, Mitterrand a caché sa fille Mazarine Pingeot jusqu'aux derniers mois de son dernier mandat. Il doit se retourner dans sa tombe à ce propos.

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