Un héros en appelle à notre mémoire

Publié le par JoSeseSeko

Un héros en appelle à notre mémoire

En ce 17 janvier, c'est un jour de commémoration dans le Congo-Zaïre puisqu'il s'agit de la date de l'assassinat de Patrice Lumumba, dans une brousse de la province du Katanga, sécessionniste en 1961 (année de la mort de Lumumba), avec la complicité de la Belgique, de la France et des États-Unis. Mais qui fut Patrice Lumumba?

Lumumba fut un leader indépendantiste congolais né en 1925 dans la province du Kasaï-Oriental, dans l'actuelle République Démocratique du Congo, à l'époque une colonie belge depuis la captation sanguinaire de Léopold II, roi de la Belgique, en 1885. En raison de l'absence de politique d'éducation par la Belgique, ce furent des écoles religieuses qui fournirent un minimum d'éducation aux colonisés (mais bien sûr, tout dans le conventionnel, rien de subversif, alliance Église-Capital oblige). Cela n'empêcha pas Lumumba, autodidacte, de s'intéresser à l'histoire, et notamment la Révolution française qui l'inspira beaucoup et qu'il connaissait par cœur (et finalement, il connaîtra un destin un peu semblable à celui de Maximilien Robespierre, plus tragique que celui du révolutionnaire français). Il fut parmi les rares congolais à avoir la possibilité d'être "immatriculé" dans les années 1950, pouvant développer ainsi un relationnel plus important auprès de notables congolais et belges. D'autant plus qu'il travailla un temps dans une société minière, cette expérience lui permettant d'appuyer son travail de journaliste sur les questions économiques, politiques, sociales et de la place stratégique de l'ex-Congo belge dans le monde d'après-guerre. Jusqu'à 1958, Lumumba fut considéré comme un libéral, favorable aux réformes qui commençaient à se mettre en place dans la colonie, vers une autonomie progressive. Mais l'exposition universelle de Bruxelles cette année-là changea la donne. Lumumba fut parmi les congolais invités à cet événement, et fut écœuré du paternalisme affiché par la puissance coloniale, et notamment par le roi Baudoin. À son retour, il fonda avec quelques amis le Mouvement national congolais (MNC), prenant un ton définitivement indépendantiste et panafricain puisqu'il représenta son parti à la conférence panafricaine d'Accra, organisée par le leader ghanéen Kwane Nkrumah. En 1959, il fut arrêté suite à une manifestation indépendantiste réprimée par les autorités belges, et condamné en janvier 1960 à 6 mois de prison. Cette peine ne s'est jamais réalisée en raison des négociations menées en même temps à Bruxelles entre le gouvernement belge et des indépendantistes congolais, auxquels Lumumba était convié (d'ailleurs, un journaliste congolais en profite pour se faire remarquer par le leader charismatique et d'être pris sous son aile. Son nom? Joseph-Désiré Mobutu). À la surprise générale, l'indépendance est décrétée pour le 30 juin 1960. Du coup, des élections générales durent être vite organisées, afin de préparer un futur gouvernement et une future présidence. En mars, Joseph Kasavubu devint président et le MNC remporte les élections législatives (malgré des divisions entre l'aile Lumumba et l'aile Kalonji), permettant à son leader d'être le premier premier ministre de l'histoire du Congo indépendant. Pour symboliser son esprit ouvert, son gouvernement fut composé par plusieurs mouvements indépendantistes, notamment le Parti solidaire africain de Pierre Mulele, nommé ministre de l'éducation.

Vint alors le 30 juin 1960. Le roi Baudoin se rendit à Léopoldville (actuelle Kinshasa), afin de "passer le témoin". Après un discours plat, creux du président Kasavubu, celui du premier ministre Lumumba restera dans les mémoires car ce fut un discours anti-impérialiste, anti-capitaliste (marquage d'un glissement à gauche, non communiste cependant), panafricain, rabaissant le paternalisme belge à son niveau initial (bêtise) et annonciateur de réformes pour lutter contre les inégalités dans ce pays, établir la paix, la justice et la prospérité pour tous les citoyens congolais, quelque soit leur classe sociale. Le roi belge n'a pas digéré ce discours, ni certains notables en accointances avec l'ancienne puissance coloniale, notamment le gouverneur du Katanga, Moïse Tshombé. Dès juillet 1960, la rébellion s'organise, appuyée par des militaires belges. Devant la crainte de la guerre civile et voulant éteindre la sécession katangaise, le premier ministre appela l'ONU à l'aide, en vain. Du coup, il se tourna vers l'URSS, ce qui fit bondir les USA (les richesses minières du Congo aux mains des soviétiques en pleine guerre froide, c'est inconcevable pour eux, en plus de la théorie des dominos) mais aussi la France de De Gaulle (la Françafrique ne compte pas laisser cette brebis gâleuse s'échapper de leur entonnoir). C'est d'ailleurs à ce moment que Mobutu, devenu entre-temps secrétaire d'État auprès du premier ministre, se transforma en Judas de Lumumba, offrant ses services à la CIA, aux belges. Après trois mois de gouvernement, Lumumba et certains de ses partisans furent mis en résidence surveillée par Mobutu, dont il parvinrent à s'échapper pour atteindre un gouvernement de rébellion, mené par Antoine Gizenga, à Stanleyville (actuelle Kisangani). Mais Lumumba fut rattrapé en décembre, emmené à Léopoldville et à la date du 17 janvier 1961, fut livré aux rebelles katangais de Tshombé.

Toujours est-il que la déclassification des archives de la CIA, des services secrets belges, en plus de commissions d'enquête montrent que plus d'un demi-siècle après, la vérité met du temps à arriver mais elle est implacable envers la Belgique et les USA, ainsi que pour Tshombé (présent sur les lieux) et Mobutu (le grand bénéficiaire). Patrice Lumumba, ce fut un espoir de liberté, d'égalité, de fraternité (il symbolise bien la devise de la France), de justice, d'espérance qui fut arraché à ce pays, au continent africain et au monde. La phrase finale pour cet article-hommage est de Lumumba, avec de multiples citations qui illustrent la dignité de ce grand homme de gauche, exemplaire pour moi.

"Un jour, l'histoire aura son mot à dire, mais ce ne sera pas l'histoire qu'on enseigne
à l'ONU, à Washington, Paris ou Bruxelles, mais l'histoire qu'on enseignera dans
les pays libérés du colonialisme et de ses marionnettes. L'Afrique écrira
sa propre histoire. Une histoire faite de gloire et de dignité."

"En Afrique, tous ceux qui sont progressistes, tous ceux qui sont pour le peuple et contre les impérialistes, ce sont des communistes, ce sont des agents de Moscou!!! Mais tout ce qui est en faveur des impérialistes, celui qui va chercher chaque fois l'argent, le mettre en poche pour lui et sa famille, c'est un homme exemplaire, les impérialistes le loueront, le béniront. Voilà la vérité, mes amis."

"Les impérialistes disent qu'ils sont contre le communisme, qu'ils sont contre l'Union soviétique et quand nous leur demandons une aide, ils nous la refusent et préfèrent la donner à Tshombé et à tous ceux qui réalisent leurs manœuvres Tous ces discours dans lesquels on me taxe de communiste, où l'on prétend que j'aurais l'intention de faire du Congo une Union soviétique, sont en réalité écrits par les Belges et les Français."

"On nous avait appris à chanter les louanges de Dieu pour nous faire oublier que nous étions des hommes."

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