1ère abolition de l'esclavage en France, il y a 220 ans

Publié le par JoSeseSeko

Portrait de Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue, par Anne-Louis Girodet

Portrait de Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue, par Anne-Louis Girodet

En ce mardi 4 février 2014 (16 pluviôse an CCXXII), il est bon de revenir 220 ans en arrière et de commémorer un acte de l'Histoire révolutionnaire fortement oublié, car peu enseigné, qu'est l'abolition de l'esclavage!

Eh oui, bien avant 1848, la France avait aboli l'esclavage et ce durant la Révolution. Mais pas à n'importe quel moment, cela s'est fait quand la République était en danger mais la situation militaire venait de changer quand l'abolition s'est réalisée le 4 février 1794 ou 16 pluviôse an II.
Pour autant, il faut rappeler le contexte historique et militaire de l'époque. Depuis 1791, la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue, la plus riche des colonies françaises, prend de l'ampleur et les révoltés, menés par Toussaint Louverture, ont joint leurs forces aux espagnols et aux anglais face aux colons royalistes français (qui rejoindront le camp adverse après l'exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793), aux mulâtres puis les commissaires de la République française par la suite.

La complexité des alliances entre les différents clans plus les changements politiques en métropole font renverser la situation, mais pour autant, les esclaves révoltés restent aux côtés des ennemis de la France révolutionnaire quand les Girondins de Brissot (ancêtres de la droite libérale : UMP, Nouveau Centre, UDI, Modem, aile droite du Parti Socialiste), issus des grands ports et adeptes des idées d'Adam Smith (la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, considérée comme l'œuvre fondatrice de l'économie politique a été écrit en 1776), étaient au pouvoir. Il a fallu la crise de mai-juin 1793 et l'arrivée des Jacobins de Robespierre (ancêtres de la gauche socialiste/communiste : aile gauche du PS, Parti de Gauche, Parti Communiste) pour que Toussaint Louverture et ses troupes rejoignent les rangs de la République contre la promesse de l'abolition de l'esclavage et une égalité effective entre blancs, mulâtres (ce terme laissant à désirer) et noirs. L'abolition rendue effective le 16 pluviôse, avec aucune indemnité envers les maîtres qui étaient souvent des nobles contre-révolutionnaires, rédigée notamment par le député jacobin Jean-Baptiste Belley, ancien esclave, 1er député noir de la République, la lutte à Saint-Domingue tourne à l'avantage de la France puisque Toussaint Louverture, nommé général en 1795 (un des premiers généraux noirs de la France, après Thomas-Alexandre Dumas), chasse les espagnols et les anglais de l'île et se proclame gouverneur.

Entre-temps, Robespierre et ses camarades jacobins (dont Sain-Just) sont envoyés à la guillotine le 10 thermidor an II (28 juillet 1794) et un ancien protégé du frère de Robespierre, Napoléon Bonaparte, a pris le pouvoir le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) par un Coup d'État mettant fin à la Révolution. Le 20 mai 1802, Bonaparte, tout voltairien qu'il est, traître à la République, négrophobe par-dessus le marché, rétablit l'esclavage. Il l'a fait pour différentes raisons : d'abord, le traité d'Amiens qui permet la paix avec l'Angleterre pour la 1ère fois depuis 1792 avec en conséquence, la récupération de la Martinique occupée par Albion et donc n'a pas pu appliquer l'abolition de l'esclavage, contrairement à la Guadeloupe qui a été occupée mais reprise avec le commissaire Victor Hugues, appliquant l'abolition dans l'île; ensuite, le 1er consul souhaite se rendre agréable aux colons esclavagistes (d'anciens royalistes à rallier à sa cause) pour remettre à flot économiquement une région exsangue même si c'est une erreur humaine et sociale, et surtout, l'expédition du général Leclerc (beau-frère de Bonaparte) a maté Toussaint Louverture et envoyé le général capturé en France. Finalement, la lutte s'est empirée, menant en 1804, à l'indépendance de Saint-Domingue, devenue Haïti, la 1ère république noire avec Dessalines, le plus fidèle compagnon de route de Louverture, à sa tête.

Il est curieux de voir comment les historiens "bien-pensants" ont diabolisé Robespierre et angélisé Bonaparte alors que les faits historiques montrent le contraire, pour ces deux personnages. Mais ces historiens-là suivent la morale suivante: "il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont!"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article