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L'alternative n'est pas totalement morte

Publié le par JoSeseSeko

L'alternative n'est pas totalement morte

Malgré le discrédit historique apporté par des régimes qui se réclamaient du socialisme, du communisme, au XXe siècle, cette pensée philosophique, économique, politique, retrouve une certaine raison d'exister, en ces temps de crise économique du mode production capitaliste.

Au mois de novembre dernier, on célébrait le 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin, considéré comme un symbole de la liberté retrouvée face à la dictature. Et même, la chute de l'Union des républiques socialistes et soviétiques, fin 1991, poursuivait l'impression d'une victoire complète du libéralisme, du capitalisme, sur le socialisme, le communisme. Il faut dire que cet échec du communisme, tel qu'il a été mené par ceux qui s'en réclamaient, a renforcé la fameuse phrase de Margareth Thatcher, ancienne Premier ministre britannique: "There is no alternative" (il n'y a pas d'alternative). On parlait même de la fin de l'Histoire.

Capitalisme vorace, en mode enfant capricieux

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, pensaient certains dans les années 1990 et 2000. Mais ce fut loin d'être le cas. Dans les pays en développement, on s’entre-tue et on se pille, comme entre le Rwanda et l'ex-Zaïre, ce qui fait les affaires des sociétés occidentales, dans une logique néocoloniale. Dans les pays développés, on compresse les salaires (donc l'inflation) au maximum, ainsi que les dépenses publiques, considérant que cela gêne l'entreprise privée, qui s'est inscrite dans une logique court-termiste, à vouloir tout, tout de suite.

Et encore, c'est modéré de la part des capitalistes puisqu'ils comptent sur l'État, devenu un agent économique à part entière. Mais pour les plus extrémistes d'entre eux (liés à l'extrême-droite ou la renforçant sensiblement dans son passéisme bon ton), il faut mettre l'État à ce qu'il était au XIXe siècle, à savoir la portion congrue, dont les instruments ne doivent être qu'au service de la classe dominante. Mais à force, vouloir désengager la puissance publique la rend plus vulnérable, plus endettée, et tout cet endettement public, vers qui les bénéfices reviennent? Aux membres de la classe possédante, qui est la plus à-même de prendre des titres de dette publique émis sur les marchés, ce qui réduit leur imposition nette quelque part. En fait, il y a une redistribution à l'envers avec la dette publique et les intérêts qui sont portés. Bref, le mode de production capitaliste de nos jours est tellement vorace qu'il ressemble à un enfant capricieux à qui on a offert un cadeau et qu'il en veut toujours plus, car il y a pris goût.

Groupement socialiste comme au XIXe siècle en Occident

Pourtant, il y a encore une pensée socialiste, communiste qui veille. Après deux décennies où elle s'est effondrée, notamment en Occident, les partis ou organisations qui s'en réclament ont encore de la voix. Mais ça résonne comme à la fin du XIXe siècle, où les tendances socialistes étaient éparpillées et qu'il a fallu du temps et des meneurs exceptionnels (je pense à Jean Jaurès en France, assassiné il y a un siècle de cela), pour unir des forces à l'énergie redoutable. Et ça recommence peu à peu à attirer des électeurs, à élire des militants dans diverses institutions, puis à inquiéter un tant soi peu les forces de l'ordre social. Par exemple, le Parti communiste japonais, qui naviguait avait moins de 10 élus à la chambre basse du Parlement nippon depuis le début du XXIe siècle, a réalisé une progression aux dernières élections législatives du 14 décembre dernier avec 21 députés, en voulant rassembler les esprits critiques envers le gouvernement libéral-conservateur de Shinzo Abe, qui a du mal à sortir l'empire du Soleil Levant de sa morosité actuelle. En Espagne, le parti de gauche radicale Podemos, issu du mouvement des Indignés de mai 2011, est vu comme le parti favori pour gagner les législatives de 2015 de l'autre côté des Pyrénées, tout comme la coalition grecque Syriza, qui se rapproche de plus en plus du pouvoir à Athènes.

En Allemagne, le parti Die Linke, rassemblant des anciens communistes de la RDA et des déçus du Parti social-démocrate depuis l'ère Gerhard Schröder, va gouverner l'État fédéral de Thuringe, dans une coalition rouge-rouge-verte assez inédite outre-Rhin. Ce genre de chose aurait davantage mal à se faire en France, encore plus si le Front de gauche arrivait devant le Parti socialiste et Europe-écologie-les Verts, pour former une coalition rouge-rose-verte.

L'Amérique latine, foyer de résistance socialiste?

La région du monde où la pensée socialiste est la plus en vogue est l'Amérique latine. Le grand symbole en est le Venezuela. Notamment durant les mandats d'Hugo Chávez, qui ambitionnait de préparer le "socialisme du XXIe siècle", avec des résultats tout de même probant en matière de lutte contre les inégalités dans son pays (réduction de l'économie informelle et de la pauvreté). Néanmoins, avec une dépendance au pétrole très forte et prix qui chute par ailleurs, Nicolás Maduro, le successeur de Chávez, a du mal à poursuivre et à améliorer ce qu'a initié son prédécesseur.

Mais d'autres pays symbolisent l'expression au sommet d'une alternative, comme la Bolivie d'Evo Morales, l'Uruguay de José Mujica et Tabaré Vázquez, l'Argentine de Cristina Fernández de Kirchner, le Brésil de Dilma Rousseff, le Chili de Michelle Bachelet, l'Équateur de Rafael Correa, etc, avec une démarche unitaire qui vient peu à peu, comme le démontre l'Alba, par exemple. Pourtant, c'est loin d'être sur la même ligne, avec des références social-démocrates, voire social-libérales pour certains (Rousseff au Brésil), mais pas pour d'autres.

L'internationalisme à l'état embryonnaire

Avec les exemples latino-américains cités plus haut, on se demande si le concept d'internationalisme est encore un mythe, dans la mesure où les particularismes sont poussés par des mouvements proches du socialisme. Mais ce serait bien trompeur car cette idée a encore des partisans, y compris en Afrique, où les mouvements socialistes semblent pourtant bien plus marginaux dans le continent berceau de l'Humanité. Si l'internationalisme devait être concret, il faudrait que les prolétaires occidentaux, latino-américains, concèdent à des "sacrifices", pour que leurs "camarades" africains et asiatiques (hors Japon, que je compte parmi les pays occidentaux, pour des raisons de structures économiques).

Mais je crains que ça ne sera pas demain la veille que la dynamique internationaliste prendra place au sein de la classe prolétarienne, d'où qu'elle soit dans le monde. Et les membres de la 1ère Internationale, il y a 150 ans de cela, pourraient continuer à être vus comme de généreux utopistes.

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