Un Zimbabwe faussement indépendant

Publié le par JoSeseSeko

Un Zimbabwe faussement indépendant

Le Zimbabwe fut l'avant-dernier État africain à obtenir de haute lutte son indépendance face à l'empire britannique, le 18 avril 1980, il y a donc 35 ans. Ce pays demeure l'un des plus pauvres du continent, avec un homme au pouvoir depuis ses débuts, Robert Mugabe.

Ce vendredi 18 avril est un jour de fête pour le Zimbabwe. Jour de souvenir aussi vu qu'il correspond au jour où les indépendantistes, menés par Robert Mugabe, obtinrent l'indépendance ce qui s'appelait durant la période coloniale britannique la Rhodésie du Sud. Et quand on se penche sur l'histoire de ce pays, un homme sort au-dessus du lot, c'est Mugabe.

Un homme de pouvoir...

Dans un premier temps, Mugabe avait fondé dans les années 1960 le Zimbabwe African National Union (ZANU), un parti qui se voulait marxiste-léniniste, du moins d'après ce qu'affirme son fondateur, qui en dirige la branche armée (ZANLA), pour lutter pour l'indépendance de son pays, alors colonie anglaise sous régime semblable en tous points à celui de l'apartheid en Afrique du Sud, qu'il combattra également une fois la souveraineté zimbabwéenne acquise, avec un soutien massif à l'ANC, le principal mouvement anti-apartheid dans ce pays. Néanmoins, il n'était que Premier ministre en 1980. Il succéda au président Canaan Banana le 31 décembre 1987, élargissant les pouvoirs de la fonction présidentielle.

À partir de là, il muselle l'opposition politique pendant un certain temps, quitte à faire un vide vertigineux autour de lui, sauf auprès de sa famille, qui occupe des postes clés au sein de la ZANU-PF désormais. Au niveau extérieur, deux faits d'armes: d'abord, l'envoi de troupes dans l'ex-Zaïre en 1998, auprès du président Laurent-Désiré Kabila, au moment où ce dernier, ayant viré Joseph-Désiré Mobutu dit Mobutu Sese Seko le 17 mai 1997, se fait attaquer par ses anciens alliés rwandais et ougandais qui se rendirent compte que Kabila n'allait pas se comporter comme le laquais qu'ils espéraient qu'il soit. Le Zimbabwe reçut en échange, le financement des troupes à la charge de la RDC, des avantages sur le diamant et le cuivre, d'après la page Wikipédia consacrée à Mugabe, se sourçant sur le site d'information Wikileaks. Deuxième fait extérieur, c'est sa nomination en tant que président de l'Union africaine (UA) depuis le 30 janvier 2015. Ce qui fait de lui un personnage incontournable sur le continent "berceau de l'humanité" et un porte-voix auprès des autres continents et instances internationales.

... qui y tient

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à 91 ans, Mugabe tient au pouvoir. Mais il y tient d'une manière telle qu'il faudrait le comparer à un skieur accroché à son tire-fesses. Beaucoup de leaders internationaux, plus quelques opposants zimbabwéens, le considèrent comme un despote qui tripatouille les urnes pour se pérenniser au sommet de l'État. Au niveau intérieur, il mena une réforme agraire envers les blancs, qui contrôlaient alors 80% des terres, s'inscrivant dans un cadre de pensée socialiste (à sa sauce), en voulant rendre justice aux noirs dépossédés par la colonisation. Mais il la mena, avec son gouvernement, par la force, et le résultat, ce fut une décrue de la production agricole, rendant le Zimbabwe dépendant de l'aide internationale. "Un cavalier parti d'un si bon pas" dirait l'autre.

D'ailleurs, au niveau économique, on ne peut pas dire qu'il ait été efficace, loin s'en faut. Le graphique suivant montre que le PIB par habitant (en dollars constants de 2005) au Zimbabwe s'est dégradé en 35 ans.

Et pourtant, il n'a pas connu d'embargo de la part de pays occidentaux comme Cuba avec les États-Unis. D'ailleurs, l'île caribéenne qui se revendique du socialisme par ses dirigeants (les frères Castro) a vu son PIB par cubain croître malgré l'embargo. Donc, la politique intérieure est bien en cause du côté d'Harare.

Un anticolonialiste pour rire

Avec son mandat à la tête de l'UA, Mugabe répète à qui veut bien l'entendre que les problèmes de l'Afrique, qui noue avec une croissance forte depuis plusieurs années, sont liés aux pays occidentaux et à leur politique néocoloniale. Il l'a redit récemment, durant une visite en Afrique du Sud, une première pour lui depuis 20 ans, c'est-à-dire, durant la présidence de Nelson Mandela. Ce discours anticolonialiste est séduisant, et a du sens quand on remarque notamment dans l'Afrique francophone combien les dirigeants sont liés avec la France.

Mais il masque (difficilement, pour des esprits critiques) une incapacité à renverser la table. Il a fait une réforme agraire mais l'agriculture ne pèse guère (12% du PIB selon la Banque Mondiale en 2013 contre 21,8% en 1996). S'est-il attaqué à une réforme de la gouvernance des autres secteurs économiques (industrie, services), ultradominés par les blancs? Ça n'a pas l'air d'être le cas! Du coup, sa posture anticolonialiste et panafricaine est un numéro de matamore guère suivi de faits allant dans ce sens, de manière sérieuse. D'ailleurs, s'il était vraiment sérieux, il n'aurait pas duré 35 ans au pouvoir tranquillement. Il aurait été assassiné très rapidement, comme le furent Patrice Lumumba et Thomas Sankara en leur temps, ou aurait passé tellement d'années en prison qu'il en deviendrait un homme plus conciliant avec les blancs, et donc un traitre auprès de certains noirs extrémistes, à l'image de Mandela. Au bout du compte, Mugabe est un larbin au service des occidentaux, leur meilleur allié objectif puisqu'il prend les costumes de l'anticolonialiste caricatural.

Publié dans Afrique, Zimbabwe, Mugabe, Économie

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