Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

JoSeseSeko

JoSeseSeko

"Il ne faut jamais prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont." Cette phrase résume une recherche de vérité, de développer de l'information sur une variété de sujets, notamment l'économie, la politique et l'histoire. Et ce, dans plusieurs pays du monde.


Réviser la Constitution, mais pourquoi faire, monsieur Tshisekedi?

Publié par JoSeseSeko sur 18 Novembre 2024, 11:16am

Catégories : #Politique, #Afrique, #Congo-Zaïre, #Tshisekedi, #Économie

Photo: Flickr/AfDB Group

Photo: Flickr/AfDB Group

L'idée de procéder à une révision de la Constitution de 2006, formulée par le président Félix Tshisekedi et ses partisans, peine à masquer une volonté de maintien au pouvoir, sachant que l'actuel chef de l'État opère son deuxième (et dernier) mandat présidentiel. Quitte à vouloir mettre sous le tapis une mauvaise gestion de la guerre larvée à l'Est du pays.

Une fois arrivé au pouvoir, vous vous y accrochez tel un skieur à son tire-fesses. C'est ce qu'on peut penser à l'endroit de Félix Tshisekedi, qui en est à son deuxième mandat présidentiel en République démocratique du Congo et que ce mandat, devant être le dernier selon la Constitution en place depuis 2006, se terminera début 2029, après l'élection présidentielle prévue fin 2028. Du moins, s'il n'y a pas de révision de la Constitution d'ici là. Or, c'est le sujet que met sur la table le locataire du Palais de la Nation - équivalent congolais du Palais de l'Élysée - depuis la fin octobre et un déplacement à Kisangani, grande ville du Nord du pays le plus peuplé de la francophonie, et répétant à l'envie ensuite que cette révision constitutionnelle par référendum pour 2025 aurait pour but de réaffirmer la souveraineté congolaise, remise en cause dans l'article 217 de la Constitution, où il est question d'abandon "partiel de souveraineté en vue de promouvoir l'unité africaine", et non pas une tentation d'aller vers un troisième mandat présidentiel (cf lien n°1).

Une tentation africaine

L'opposition souligne une interprétation mensongère de l'article 217 et pointe en fait la volonté présidentielle de faire sauter la limitation à deux mandats présidentiels, formulée dans l'article 70 de la Constitution. Ce qui, dans le cadre constitutionnel, est interdit car l'article 220 souligne que le nombre et la durée des mandats du président de la République "ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle". Par conséquent, la tension monte dans la société congo-zaïroise sur ce sujet, avec comme souvent l'Église catholique qui joue un rôle politique important, s'opposant également à cette révision constitutionnelle, posant notamment la question budgétaire car organiser un référendum, des élections, coûte de l'argent. Ce qui n'est pas négligeable pour un pays comme le Congo-Zaïre (cf liens n°2, n°3).

Toujours est-il que cette tentation du troisième mandat n'est pas une nouveauté en RDC. Joseph Kabila l'a clairement eue en se maintenant au pouvoir après 2016, devant marquer la fin de son deuxième mandat, violant ainsi la Constitution de 2006. Ce qu'un... Félix Tshisekedi, suivant alors son père Étienne Tshisekedi, ne manquait pas de souligner à l'époque. Et puis, dans des pays d'Afrique francophone, cette tentation s'est traduite soit par un Coup d'État institutionnel, permettant au président alors en place de pouvoir briguer un troisième mandat - pensez Togo -, soit par un Coup d'État militaire pour éviter une telle situation, mais ainsi laisser faire l'armée au pouvoir - pensez Guinée -. C'est dire combien la "démocratisation" en Afrique francophone, selon la définition qui en est donnée en Occident, n'est guère solide.

Diversion

Pourtant, l'idée d'une révision constitutionnelle n'est pas forcément mauvaise en soi. La Constitution de 2006, qui affiche des similitudes avec la Constitution française de 1958, quand bien même le Congo-Zaïre fut colonisé par la Belgique, a de quoi être critiquable sur certains points. Par exemple, l'article 10 fait que la bi-nationalité est interdite car "la nationalité congolaise est une et exclusive". Du moins, en théorie car il existe des exceptions comme les diplomates ou les sportifs pouvant avoir une autre nationalité que la nationalité congolaise, surtout s'ils naquirent en-dehors de la RDC. Cela est absurde. Il suffirait d'une loi votée au Parlement pour changer l'article 10 et ainsi permettre la bi-nationalité pour nombre de personnes issues de la diaspora congo-zaïroise - ce qui est mon cas, personnellement -, afin qu'elles puissent s'impliquer dans la vie politique du pays. D'ailleurs, en 2011, peu avant l'élection présidentielle tenue cette année-là, le pouvoir, alors sous la coupe de Kabila, fit bien voter une loi modifiant l'article 71, indiquant désormais que "le président de la République est élu à la majorité simple des suffrages exprimés", alors que dans la rédaction initiale de la Constitution, le président était élu à la majorité absolue, soit au premier tour, soit au second tour.

Il est bon de se dire que c'est une stratégie de diversion qui est opérée par Tshisekedi et ses partisans pour éviter d'être critiqué sur son inefficacité à mettre fin à la guerre larvée qui sévit encore dans les provinces orientales du Nord et Sud-Kivu, frontalières avec le Rwanda et l'Ouganda, conséquence de long terme du génocide des Tutsi en 1994, ou encore une absence de refonte de l'armée congo-zaïroise, qui massacre des civils sans vergogne. Sans oublier la corruption, qui demeure patente avec l'exemple d'un des alliés de Tshisekedi, Vital Kamerhe, un temps condamné pour corruption, détournement de fonds publics, avant d'être acquitté en 2023. Puis, une absence de véritable politique de reprise en main économique, notamment sur les minerais - coltan, cobalt, étain, cuivre, zinc, bauxite, etc. -, qui ne cessent d'attirer la convoitise des puissances occidentales et non-occidentales - coucou la Chine ou la Russie -, faisant du Congo-Zaïre un pays martyr du capitalisme.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents